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Actualités - Opinion

ÉCLAIRAGE Le donnant-donnant tribunal/gouvernement en bonne voie ? Ziyad MAKHOUL

Journée chargée, très chargée, que celle d’hier. Chargée en certitudes, mais aussi en signaux, tout aussi importants. Une journée pas vraiment particulière, mais qui risque de donner le la, une note que les prochaines 24 heures, au moins, confirmeront ou infirmeront. Un : au-delà du succès éclatant de sa tournée arabe, clôturée hier à Amman, Fouad Siniora a asséné une retentissante leçon de libanitude, beaucoup plus aisément que ce que feu Rafic Hariri avait fait une fois, en direct de Ryad ou de Djeddah, quand il avait affirmé, à l’adresse de Bachar el-Assad, qu’un Premier ministre du Liban ne reçoit d’ordres de personne. Hier, Fouad Siniora, dépassant de loin sa personne, a dit à l’Iran que, comme pour tous les pays du monde, tout se fait avec le Liban uniquement par le biais du gouvernement. En gros : ahlan wa sahlan n’importe quand, mais encourager les États dans l’État, ça suffit. Ali Larijani, qui a assuré avant-hier que Téhéran ne joue pas aux échecs avec Washington à Beyrouth et qu’il existe un problème interne au Liban que son pays souhaite, avec les Saoudiens, aider à régler, a dû recevoir le message cinq sur cinq. Deux : il existe désormais, sans qu’elle ne dise nécessairement son nom, inconsciente peut-être encore, une quasi-unanimité à propos de l’urgence de Paris III, et, donc, il faut l’espérer, sur le nécessaire plan de réformes qui doit précéder cette conférence et en assurer le succès. Du moins, dans le principe – ce sera ensuite aux économistes et autres experts des deux camps de débattre, de batailler, dans le meilleur intérêt du pays, naturellement. Preuve de ce consensus : la réaction de Nabih Berry hier au cours de son entretien avec Bernard Émié, et ce merci qu’il a demandé à l’ambassadeur de France de véhiculer à Jacques Chirac ne sont qu’une nouvelle, une jolie preuve. Trois : il se confirme de jour en jour, un peu plus chaque jour, que l’absence de dialogue entre Ryad et Damas, contrairement aux effusions de contacts saoudo-iraniens, risque de poser un sérieux problème à… Nabih Berry. Et à la fusion divine, qui sera sans doute contenue en coulisses, entre Amal et le Hezbollah. Depuis quelques jours, le Hezbollah est calme, Amal monte le (très alarmiste) ton, à l’instar du ministre démissionnaire de la Santé, Mohammad Khalifé. À noter également la verte réponse du (berryiste) vice-président du Conseil supérieur chiite au Hezb : « Il faut soutenir la Finul », a dit hier, mine de rien, cheikh Abdel Amir Kabalan… Démenti timide du Hezb… Quatre : la nouvelle centrale d’hier, rapportée par l’agence al-Markaziya, confirmée à L’Orient-Le Jour par une source parlementaire de la majorité : une équipe de juristes, sous la houlette du ministre de la Justice, Charles Rizk (injoignable hier), a commencé à apporter des amendements – on ne sait pas de quelle nature – au projet du tribunal international. Une équipe de juristes hezbollahie fait de même de son côté, poursuit l’agence en question, de telle sorte qu’il y ait in fine un regroupement d’amendements qui satisferont tout le monde, et qui seront transmis à l’ambassadeur russe auprès de l’ONU (la Russie assure la présidence tournante du Conseil de sécurité) afin qu’il les propose aux Quinze. Ainsi s’accomplirait la première coétape qui permettrait sinon de sortir pour un petit moment de la crise, du moins d’opérer l’un de ces nécessaires et urgents replâtrages qu’évoquait il y a quelques jours un pilier de la majorité à L’Orient-Le Jour. Cinq : en soirée, le Hezbollah dément. « L’agence al-Markaziya a publié une information à propos du rôle joué par une équipe du Hezbollah dans l’envoi d’amendements à propos des statuts du tribunal international au délégué russe auprès de l’ONU. Le Hezbollah dément cette information et tout ce qui a été dit, en gros comme en détail. » Soit. Généralement, un démenti confirme toujours davantage la bonne santé d’une info. Sauf ce scoop dévoilé par l’agence libanaise, hautement et indiscutablement intéressant sur le plan journalistique, intervient à un moment ultradélicat des négociations en dents de scie, un moment où le secret, l’hyperdiscrétion limite paranoïaque, est la clé du succès de ces tractations. Il n’empêche, à la relecture du communiqué, le Hezb ne nie pas avoir proposé des amendements aux statuts du tribunal, mais dément, du moins littéralement, avoir envoyé ces amendements à l’ambassadeur russe… C’est un démenti somme toute timide. Bref, les jours qui viennent répondront à cela. Ou les heures : dans une très attendue interview-somme qu’il accordera ce soir à la chaîne al-Manar, officiellement pour commenter la démission de Dan Haloutz, Hassan Nasrallah pourrait, éventuellement, éclaircir tout cela. Et beaucoup d’autres choses, à commencer par le plan d’escalade de l’opposition, censé, selon le patron du PSNS, débuter lundi – samedi même, à en croire Omar Karamé. Six : un éventuel amendement des statuts du tribunal accepté par tous ne peut intervenir que si un accord aboutit sur la formule gouvernementale. C’est donnant-donnant. Ainsi, selon des sources bien informées, un consensus aurait été trouvé sur la formule Moussa – 19+10+1 – avec des garanties saoudiennes sur un engagement du ministre-roi à ne pas démissionner juste pour faire chuter le gouvernement. Seul hic, mais que les Libanais connaissent bien : on s’entretue en ce moment sur la répartition des portefeuilles ; la majorité insistant, c’est de bonne guerre, pour conserver les ministères sensibles. Cette information, dans tous les cas, ne fait que confirmer l’info véhiculée par al-Markaziya. En somme, tout va bien dans le meilleur des mondes ? Pas du tout – les prochains jours, c’est banal, seront déterminants. Il y a juste cette prise de conscience chez les décideurs comme chez les empêcheurs de tourner en rond ; une certitude, celle que l’implosion libanaise, son irakisation si l’on veut appeler un chat un chat, n’a jamais été aussi proche. Et qu’il ne serait pas seulement dommage, mais dommageable pour pratiquement toute la région, que cela se produise. Reste à savoir si le fait que l’improbable tandem Ryad-Téhéran ait pris les choses en main, une bonne nouvelle en soi, a de quoi gonfler l’ego, la fierté des Libanais.
Journée chargée, très chargée, que celle d’hier. Chargée en certitudes, mais aussi en signaux, tout aussi importants. Une journée pas vraiment particulière, mais qui risque de donner le la, une note que les prochaines 24 heures, au moins, confirmeront ou infirmeront.
Un : au-delà du succès éclatant de sa tournée arabe, clôturée hier à Amman, Fouad Siniora a asséné une retentissante leçon de libanitude, beaucoup plus aisément que ce que feu Rafic Hariri avait fait une fois, en direct de Ryad ou de Djeddah, quand il avait affirmé, à l’adresse de Bachar el-Assad, qu’un Premier ministre du Liban ne reçoit d’ordres de personne. Hier, Fouad Siniora, dépassant de loin sa personne, a dit à l’Iran que, comme pour tous les pays du monde, tout se fait avec le Liban uniquement par le biais du gouvernement. En gros :...