À Hérat, principale ville de l’ouest de l’Afghanistan, l’influence de l’Iran voisin, accusé de soutenir la minorité chiite, contribue à alimenter les tensions avec la communauté sunnite.
Dans cette ville de 250 000 habitants, une des plus anciennes et des plus prospères d’Afghanistan longtemps sous domination perse, les femmes préfèrent souvent porter le tchador à la burqa, les marchés sont inondés de produits iraniens, et des mosquées financées par Téhéran. Écoles privées, routes et hôpitaux, « l’Iran a en effet versé des millions de dollars pour plusieurs projets importants dans la région et à Kaboul », explique le gouverneur de la province d’Hérat, sayyed Hussein Anwari. « Mais il n’y a rien qui permette de penser que les Iraniens sont derrière les violences ici comme certains l’affirment », ajoute cet Hazara chiite qui est loin de faire l’unanimité dans cette région longtemps sous la coupe de l’ancien « seigneur de guerre » tadjik Ismail Khan, aujourd’hui ministre de l’Énergie.
Des affrontements interconfessionnels avaient éclaté il y a un an à Hérat, faisant cinq morts lors de la procession chiite de la Achoura. « Après 23 ans de guerre, les tensions ethniques sont ici un problème plus important » que les activités des talibans, admet le chef de la police provinciale, Shafiq Fazli. Les conflits entre groupes criminels et anciens chefs de guerre seraient également à l’origine de violences.
Rafiq Shahir, à la tête de la Choura (assemblée) locale, affirme que le « soutien de Téhéran aux Hazaras chiites, de plus en plus nombreux à Hérat, favorise l’émergence des talibans ». « Les sunnites sont très mécontents de cette situation », dit-il. « Les Iraniens n’ont pas intérêt à voir les Américains réussir en Afghanistan et pour les Américains, il est préférable d’avoir en Afghanistan un conflit entre sunnites et chiites comme en Irak plutôt que de voir ces groupes s’unir pour affronter les troupes étrangères », estime cet homme. Il rappelle que l’Afghanistan a toujours été au centre d’un « grand jeu » entre puissances régionales : Iran, Russie, Pakistan, Inde et États-Unis, qui cherchent au mieux à défendre leurs intérêts, au pire à régler des comptes sur le champ de bataille afghan.
Le régime des talibans (1996-2001), violemment antichiite, avait été soutenu par le Pakistan et l’Arabie saoudite, deux alliés des États-Unis, alors que l’Alliance du Nord, l’opposition armée qui regroupait notamment des commandants tadjiks, Hazaras et ouzbeks avait reçu l’appui de l’Iran, de la Russie et de l’Inde. Aujourd’hui, même si tous les regards se tournent vers Islamabad, accusé par Kaboul de soutenir les talibans, les Iraniens seraient loin de rester les bras croisés en Afghanistan, un pays qui compte environ 20 % de chiites et où, comme en Irak, leur « ennemi » américain est engagé dans une difficile mission.
L’Iran a bénéficié, selon la presse britannique, d’informations sensibles transmises par l’interprète du commandant en chef de la force de l’OTAN en Afghanistan, le général David Richards. L’homme, Britannique d’origine iranienne, est actuellement détenu à Londres dans l’attente de son procès. Influent auprès de la communauté sunnite à Hérat, le mollah Farouq Hosseini croit dur comme fer que « les Iraniens et leurs alliés chiites veulent détruire le sunnisme par leur propagande dans les médias ». « Nous combattrons tous ceux qui veulent détruire notre foi », avertit ce jeune homme.
Sylvie BRIAND (AFP)
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Dans cette ville de 250 000 habitants, une des plus anciennes et des plus prospères d’Afghanistan longtemps sous domination perse, les femmes préfèrent souvent porter le tchador à la burqa, les marchés sont inondés de produits iraniens, et des mosquées financées par Téhéran. Écoles privées, routes et hôpitaux, « l’Iran a en effet versé des millions de dollars pour plusieurs projets importants dans la région et à Kaboul », explique le gouverneur de la province d’Hérat, sayyed Hussein Anwari. « Mais il n’y a rien qui permette de penser que les Iraniens sont derrière les violences ici comme certains l’affirment...