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Actualités - Opinion

Le Moyen-Orient à l’ombre des gibets

Par Dominique CHEVALLIER Professeur émérite à la Sorbonne Quand je revois en rêve des amis disparus, des gens qui sont morts, ils ont changé de tête. Le Moyen-Orient du XXIe siècle prend-il de nouvelles formes territoriales au sein de frontières encore hypothétiques ? Les États du Moyen-Orient créés au XXe siècle sont-ils déjà en cours de démantèlement ? L’invasion américaine de l’Irak en 2003 n’a que précipité, ou mieux éclairé, un mouvement qui agit depuis longtemps. Tous les grands appels unitaires du XXe siècle ont dépassé les frontières des États; ils ont transcendé les frontières fixées après la Première Guerre mondiale et après la Seconde. Les différentes formes du nationalisme arabe – hachémite, baassiste, nassérien…–, de même que les revendications de la « umma » musulmane – wahhabite, salafiste, khomeyniste, « chiite » ou « sunnite »… – ont été lancées pour un retour à l’unité des croyants. Le modèle d’ « État-nation » n’a été qu’un moyen pour les empires mondiaux, fondés par des puissances européennes et les États-Unis, de transposer leurs institutions sur d’autres peuples, sur d’autres civilisations. Les politologues qui l’ont appliqué aux États du Moyen-Orient ont commis un contresens, même lorsqu’ils ont pensé aux communautés « ethniques » qui tentaient de se regrouper. Dans ce dernier domaine, seul le « pantouranisme » a partiellement réussi grâce à la fondation de la République turque. Et encore ! L’irrédentisme kurde a enkysté celle-ci, tandis que bien des populations turcophones n’ont jamais pu la rejoindre. Les Kabyles, quant à eux, se fondent-ils dans une Algérie nationale qui se réclame de l’arabisme ? Les appels à l’indépendance de Kurdes, ou d’autres, n’évoquent pas non plus les brassages de populations diverses qui sont survenus dans les États européens et qui en ont assuré la pérennité au nom d’une homogénéisation nationale. La bataille de Valmy (20 septembre 1792) en symbolise la consécration en France, lorsque le général Kellermann rallia ses troupes au cri de : « Vive la nation. » Au Moyen-Orient, les nationalismes communautaires d’aujourd’hui refoulent ceux qui n’appartiennent pas à « l’ethnie », n’en parlent pas la langue ou ne se réclament pas de la culture religieuse majoritaire. Certes, l’Égypte et l’Iran s’idéalisent par les civilisations qui ont magnifié leurs territoires dans l’Antiquité. Mais c’est aussi de ces États qu’ont été lancés et que sont lancés des slogans qui visent à entraîner des rassemblements outrepassant leurs propres frontières. Que répondre à tel diplomate européen qui dit que les États subsistent, mais que les frontières peuvent être modifiées à l’est et au sud de la Méditerranée ? Qu’il tente, pour son gouvernement, de gérer un présent dont la précarité fluctue au gré des conflits armés, des guerres civiles et des attentats. À La Mecque, le pèlerinage s’achève. Le 30 décembre 2006, Saddam Hussein est pendu à Bagdad. Les autorités irakiennes, alliées de George W. Bush, ont assouvi leur vengeance ; mais elles ont offert une consécration au président déchu ; le martyre. Désormais, l’Administration américaine, les gouvernements des États arabes, les peuples musulmans, d’autres encore devront compter avec la mémoire de ce martyr. Son culte suscitera-t-il des manifestations durables, de fidélité ou d’hostilité, bien difficiles à contrôler et à contenir ? Quels effets le délitement actuel de l’Irak aura-t-il sur l’ensemble des États du Moyen-Orient ? Je m’éveille à nouveau. Où sont-ils, les visages qui m’étaient familiers ? Une rumeur s’amplifie : Israël pourrait déclencher le feu nucléaire contre l’Iran.
Par Dominique CHEVALLIER
Professeur émérite à la Sorbonne

Quand je revois en rêve des amis disparus, des gens qui sont morts, ils ont changé de tête. Le Moyen-Orient du XXIe siècle prend-il de nouvelles formes territoriales au sein de frontières encore hypothétiques ? Les États du Moyen-Orient créés au XXe siècle sont-ils déjà en cours de démantèlement ?
L’invasion américaine de l’Irak en 2003 n’a que précipité, ou mieux éclairé, un mouvement qui agit depuis longtemps. Tous les grands appels unitaires du XXe siècle ont dépassé les frontières des États; ils ont transcendé les frontières fixées après la Première Guerre mondiale et après la Seconde. Les différentes formes du nationalisme arabe – hachémite, baassiste, nassérien…–, de même que les revendications de la « umma » musulmane...