Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Autocritique larvée d’une majorité qui s’épanche en regrets tardifs Émile KHOURY

Le corbeau jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y reprendrait plus… Un peu pareils au volatile de La Fontaine, des majoritaires regrettent aujourd’hui les compromis, les concessions d’hier. En soulignant que la révolution indépendantiste dite du 14 Mars aurait dû parachever sa victoire en édifiant un pouvoir homogène, bien uni, au niveau de toutes les institutions, présidence de la République en tête. S’évitant à elle-même, ainsi qu’au pays, les déboires d’une lutte avec un partenaire-adversaire du pouvoir qui reste étroitement lié à l’ancien tuteur syrien. Lequel a pu reprendre, après son retrait, une partie de l’initiative, en tirant profit d’une évolution de la situation régionale plutôt défavorable à l’Amérique. Dès lors, l’opposition se trouve en mesure de tenter de réunifier le pouvoir pour son propre compte. Et le camp loyaliste ne peut l’empêcher qu’en prenant les devants dans le même sens, pour que le pays cesse d’être affaibli par une instabilité autant économique que politique ou sécuritaire. La preuve est maintenant faite, s’aperçoivent ces sources, que la coalition ministérielle incluant l’axe chiite était une bien mauvaise idée, dont la précarité a été mise en relief par différents thèmes de débat concernant des questions importantes. Le tribunal Ainsi, et alors que Gebran Tuéni avait été assassiné juste la veille, les ministres chiites avaient reçu l’ordre de bouder, pour tenter d’entraver le projet de tribunal international. Cela pendant plusieurs semaines, jusqu’à recevoir une première assurance. À savoir que l’instance serait simplement à « caractère » international, c’est-à-dire qu’elle comprendrait des juges libanais et respecterait le code de procédure local. Mais lorsque, sur cette même base, le ministère de la Justice et les juristes de l’ONU ont établi un brouillon de statut qui restait à soumettre au Conseil des ministres libanais, ces mêmes ministres se sont retirés du gouvernement. Sous le motif qu’on ne leur avait pas donné latitude d’étudier le texte, pour y apporter leurs remarques. Prétexte manifestement fallacieux, car ils auraient pu demander un délai d’examen, puis exposer leurs observations en Conseil des ministres, pour démissionner seulement ensuite, si leur avis n’était pas retenu. L’objectif véritable était donc de torpiller le tribunal à caractère international. Et ce n’est pas là une spéculation de logique, ou une supposition purement théorique, mais une réalité certifiée, attestée, directement autant qu’ouvertement, par le meneur de jeu syrien. Par la bouche, notamment, du président Bachar el-Assad qui a déclaré aux médias, comme à diverses parties arabes, que le projet de tribunal était inopportun, qu’il n’y avait pas lieu d’en parler avant les conclusions de la commission Brammertz. Craignant les effets d’un verdict sur son régime, le chef de l’État syrien a été jusqu’à avouer à Amr Moussa, lors de leur dernière rencontre, qu’il n’était pas disposé à concourir à une solution de la crise libanaise, tant que l’on ne reléguait pas aux oubliettes le projet de tribunal. Il se trouve soutenu, il convient de le rappeler, non seulement par l’axe chiite libanais, mais également par l’Iran. Et par la Russie, qui milite pour des amendements susceptibles de rassurer Damas, sous couvert de garantir l’impartialité du tribunal, afin qu’il ne soit pas politiquement manipulé. Cette assistance, rappelons-le également, Damas et ses alliés locaux ne s’en contentent pas. Car ils insistent pour l’abolition pure et simple du projet. Ou, à tout le moins, sa neutralisation totale par rapport aux appréhensions syriennes par le biais de retouches supplémentaires au statut, revenant à faire de l’instance du bois mort. Une mascarade à laquelle, selon les majoritaires, aucune conscience ne peut se prêter. Ces sources applaudissent donc des deux mains aux évêques maronites qui relèvent, dans leur récent communiqué, que le tribunal international est le point névralgique de la crise libanaise. En soulignant que les membres du camp anti-tribunal « sont en majorité non libanais ». Un camp qui, toujours selon les prélats, souhaite compromettre la formation du tribunal « de crainte que la vérité ne nuise à ses intérêts ». Dichotomie néfaste Sur un plan global, c’est un fait que le partage du pouvoir, le manque d’unité au sein des institutions, présidences comprises, reste la cause initiale autant que principale de la crise interne. C’est même une lapalissade : un pays ne peut pas être gouverné par deux directions opposées. Surtout que l’une d’elles reste téléguidée par un axe syro-iranien suffisamment puissant pour lui donner les moyens de contrer, de neutraliser la majorité locale. Dès lors, les possibilités de solutions ne semblent guère à portée de main. Et paraissent surtout tributaires de développements extérieurs modifiant des rapports de force qui, eux-mêmes, s’équilibrent. De ce fait, l’appel des conciliateurs au respect de la règle « ni vainqueur ni vaincu » s’apparente à un simple vœu pieux, sans effet sur les protagonistes intérieurs ou étrangers. On peut du reste se poser des questions sur l’efficacité, ou sur la viabilité, de la formule proposée, aussi louable qu’elle soit sur le plan moral. En effet, pour qu’il y ait cohérence, ce qui est indispensable en termes de pouvoir, il faut bien qu’il y ait un vainqueur qui gouverne et un vaincu qui s’oppose. Quitte, selon le verdict des urnes en temps dû, à ce que l’alternance joue. Dans le cadre d’un État de droit, avec toutes ses particularités propres. Le Liban a en réalité déjà vécu cette expérience démocratique. Jadis, après avoir remporté les élections, le Destour avait bien gouverné, tandis que le Bloc national assumait l’opposition. Puis Chamoun et Chéhab ont dirigé le pays par le biais d’une majorité également parlementaire. C’est surtout avec la Syrie, et ses élections de 92 boycottées par plus de 85 % de l’électorat, que le pays s’est trouvé en net déficit démocratique et représentatif.
Le corbeau jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y reprendrait plus… Un peu pareils au volatile de La Fontaine, des majoritaires regrettent aujourd’hui les compromis, les concessions d’hier. En soulignant que la révolution indépendantiste dite du 14 Mars aurait dû parachever sa victoire en édifiant un pouvoir homogène, bien uni, au niveau de toutes les institutions, présidence de la République en tête. S’évitant à elle-même, ainsi qu’au pays, les déboires d’une lutte avec un partenaire-adversaire du pouvoir qui reste étroitement lié à l’ancien tuteur syrien. Lequel a pu reprendre, après son retrait, une partie de l’initiative, en tirant profit d’une évolution de la situation régionale plutôt défavorable à l’Amérique. Dès lors, l’opposition se trouve en mesure de tenter de réunifier le...