Rechercher
Rechercher

Actualités

L’Iran bombe le torse à l’extérieur, mais fléchit à l’intérieur

Alors que sur la scène régionale l’Iran est désormais un acteur incontournable, sur le plan intérieur le président Ahmadinejad a été, cette année, rappelé à l’ordre par les électeurs. En juin 2005, Mahmoud Ahmadinejad, ultraconservateur, accédait à la présidence de la République islamique. Depuis cette date, l’Iran n’a cessé de renforcer sa puissance sur la scène régionale. Le 10 janvier, les autorités levaient les scellés onusiens apposés dans des centres de recherche nucléaire. Depuis cette date aussi, il ne passe pas une semaine sans qu’un responsable iranien réaffirme le droit de Téhéran à enrichir de l’uranium. Depuis cette date, il n’est pas une semaine sans que Paris, Londres, Berlin, Washington, Pékin ou Moscou n’évoquent le nucléaire iranien. Seul problème, si ces capitales menacent, elles ne parviennent pas à accorder leurs diapasons face à Téhéran. Parallèlement, Téhéran travaille tranquillement au renforcement du chiisme dans la région, et ce surtout en Irak et au Liban, tout en finançant le Hamas. À tel point que certains responsables politiques ont été contraints de reconnaître que l’Iran était un acteur incontournable dans le règlement des crises qui agitent cette région. Le rapport Baker-Hamilton d’abord, puis des responsables américains tels Robert Gates, le nouveau secrétaire à la Défense, estiment en effet nécessaire d’inclure Téhéran – et la Syrie – dans des négociations visant à la sécurisation de l’Irak. Si Mahmoud Ahmadinejad peut se réjouir de la reconnaissance de l’importance de son pays dans le jeu régional, il a néanmoins quelques motifs d’inquiétude sur le front interne. Le président iranien a en effet subi un sérieux revers lors des élections pour les conseils municipaux et pour l’Assemblée des experts organisées en décembre. Lors de ces deux scrutins, les réformateurs et les conservateurs pragmatiques, incarnés par l’ancien président Ali Akbar Hachémi Rafsandjani, ont en effet marqué des points, alors que les listes proches du président enregistraient un désamour clair de la part de l’électorat qui a participé, à 60 %, à ces scrutins. Par ailleurs, pour la première fois depuis l’élection d’Ahmadinejad, des étudiants ont osé lancer des slogans hostiles au pouvoir lors d’une conférence donnée par le président dans une université de Téhéran, il y a quelques semaines. Si le monde ne voit l’Iran qu’à travers le spectre de la course au nucléaire, de l’armement des milices chiites irakiennes et de la négation de l’Holocauste, les Iraniens, à l’intérieur, ont le nez sur leur fiche de salaire – s’ils sont assez chanceux pour en avoir une – le prix du pain ou celui de l’immobilier. Or, au niveau économique, Ahmadinejad a beaucoup promis, lors de la campagne pour la présidentielle, mais n’a pas honoré ses engagements. Au chapitre des promesses se trouvait, notamment, une redistribution plus équitable des revenus pétroliers, la création d’écoles et d’emplois, la lutte contre la corruption. Au chapitre des réalisations, on recense notamment chômage, fuite des capitaux et inflation. Sur ce dernier point, le président a « vaillamment » tenté, en octobre dernier, de botter en touche, en imputant la responsabilité de l’inflation à « une vague médiatique ». Dès l’été, une cinquantaine d’économistes avaient néanmoins adressé une lettre ouverte au président dans laquelle ils l’appelaient à gérer le problème de la croissance démesurée de la masse monétaire ainsi que la diminution forcée des taux d’intérêt pratiquée par les banques, deux sources d’inflation. Il y a quelques semaines, le président a, pour sa part, annoncé que son gouvernement avait épuisé son budget trois mois avant la fin de l’année iranienne et qu’il devait demander une rallonge. Alors que le peuple a exprimé sa déception, encore contenue, contre le gouvernement d’Ahmadinejad, et que le monde doit décider des sanctions à imposer contre l’Iran pour le contraindre à suspendre la production d’uranium enrichi, l’année 2007 s’annonce cruciale pour ce pays. Sur le plan international, l’accueil fait par Washington à la recommandation du rapport Baker-Hamilton, relative à des négociations avec l’Iran, entrera certainement en ligne de compte dans la stratégie iranienne pour l’année à venir. En Iran, deux paramètres devront être suivis. D’une part, le positionnement du guide suprême. Or, le fait que l’ayatollah Ali Khamenei ait personnellement et publiquement rappelé à l’ordre le président Ahmadinejad sur la question de l’inflation pourrait indiquer une certaine lassitude de la part du leader religieux envers les erreurs de son poulain. D’autre part, si le bloc réformateurs-conservateurs pragmatiques, né du double scrutin de décembre, parvient à maintenir une certaine cohésion, l’année pourrait s’annoncer houleuse pour le héraut du populisme. E. S.
Alors que sur la scène régionale l’Iran est désormais un acteur incontournable, sur le plan intérieur le président Ahmadinejad a été, cette année, rappelé à l’ordre par les électeurs.

En juin 2005, Mahmoud Ahmadinejad, ultraconservateur, accédait à la présidence de la République islamique. Depuis cette date, l’Iran n’a cessé de renforcer sa puissance sur la scène régionale. Le 10 janvier, les autorités levaient les scellés onusiens apposés dans des centres de recherche nucléaire. Depuis cette date aussi, il ne passe pas une semaine sans qu’un responsable iranien réaffirme le droit de Téhéran à enrichir de l’uranium. Depuis cette date, il n’est pas une semaine sans que Paris, Londres, Berlin, Washington, Pékin ou Moscou n’évoquent le nucléaire iranien. Seul problème, si ces capitales...