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Actualités - Opinion

De qui se moque-t-on ?

Le Serpent répliqua : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux. » Genèse III, 4 Sous les yeux sidérés des deux tiers des Libanais, cette réponse du Serpent, contredisant ce qu’avait affirmé Dieu, arrive encore à séduire le troisième tiers de leurs concitoyens. «Vous ne mourrez pas! assurent en chœur les adeptes de l’axe syro-iranien, nous vous garantissons une ère de prospérité, de fierté et d’indépendance». Il faut dire que le mensonge aborde toujours ses proies sous des dehors bienveillants et réussit le contraste avec la vérité qui constate que les difficultés ne sont pas terminées, que la lutte pour la liberté nécessite des sacrifices et que le retour de la prospérité exige des efforts. Il faut dire, aussi, qu’aux chefs de file adeptes de l’axe syro-iranien, les têtes de l’axe ont menti également, leur promettant: «Vous serez comme des dieux.» Autrement dit: députés, ministres, présidents. Autrement dit: leurs laquais. On pourrait passer tous les mensonges en revue et les démonter un à un. C’est facile. Contentons-nous de celui du dimanche 3 décembre, lors de la séance oratoire dont Sleimane Frangié, Talal Arslane et Wiam Wahhab ont été les «vedettes». Oui, trois orateurs, mais une seule contrevérité: c’est l’actuel gouvernement qui est le responsable du marasme économique. Tous les trois ont convergé sur les 40 milliards de la dette publique du Liban. Telle une pointe d’épingle, une seule phrase de ce rapport publié dans Le Figaro du 9 février 1996 dégonfle le mensonge: «4 milliards de dollars en devises, soit 40% du PIB libanais, sont passés du Liban à la Syrie en 1994.» Cette phrase se trouve au quatrième paragraphe sous l’intertitre: Racket quotidien… En multipliant ce chiffre par les 15 années d’occupation syrienne, on comprend que les Libanais ont été privés de 60 milliards de dollars qu’ils avaient gagnés à la sueur de leur front. De quoi largement compenser la dette qui s’accumulait parallèlement. Le grand art du maquillage Oui, on ne pouvait que souffrir de voir ces bonnes gens aussi grossièrement induites en erreur et désinformées, sur la place même de la Liberté, où dix jours auparavant, d’autres Libanais pleuraient leur jeune ministre assassiné, Pierre Gemayel. C’était plus qu’injuste, c’était révoltant. D’autant plus que les trois compères avaient soigneusement omis d’évoquer le montant des pertes causées par la guerre qui avait opposé Amir Peretz à Hassan Nasrallah, lequel les avait invités à exercer leur démagogie sur son podium. Les experts les plus mesurés évaluent ces pertes à 8,5 milliards de dollars. Mais cette évocation des 40 milliards de la dette avait un deuxième objectif, encore plus pernicieux: imputés en sous-entendu à Rafic Hariri, ils rendent son assassinat moins scandaleux, et le tribunal qui doit juger les criminels moins important qu’il n’y paraît. De son côté, péchant par excès de discrétion, le gouvernement, qui est l’un des plus sérieux et des plus propres depuis l’indépendance, n’a pas suffisamment rappelé qu’ayant prévu une croissance de 5% pour 2006, il avait si bien travaillé qu’il frôlait brillamment les 7% début juillet, donc juste avant le «divin» désastre. Mais quoi qu’aient fait ou dit ces trois-là, ils ont été loin d’atteindre le sommet de la mauvaise foi, gravi l’avant-veille par Michel Aoun. Il y a dix-huit ans déjà, il avait été ouvertement plébiscité par les zones libres du Liban et tacitement par toutes les autres, lorsqu’il avait clamé: «Il y a une seule tête qui doit être coupée dans cet Orient, et c’est la tête de Hafez el-Assad.» Il était alors à la tête d’un gouvernement dont les ministres chiites, sunnites et druzes avaient été démissionnés par Damas vingt minutes après sa formation. Mais il n’en estimait pas moins ce gouvernement parfaitement légal, et il avait parfaitement raison. En temps de guerre, en temps de danger, la légitimité vient au secours de la légalité, et les vices de la forme n’entament pas la vertu du fond. Et puis voilà qu’en 2006, le même Michel Aoun dénie au gouvernement Siniora toute légalité, toute constitutionnalité, sous le prétexte que les ministres chiites en ont été démissionnés, et toujours par Damas, juste à la veille du vote du projet de tribunal international. De plus, il y a deux mois, Abdel-Halim Khaddam, transfuge du Sérail syrien où il a été élevé et connaissant donc ses détours, nous avait prévenus: «Bachar el-Assad est prêt à déclencher une guerre, rien que pour éviter le tribunal international.» Cette guerre, nous sommes en plein dedans. Le régime syrien ne s’est pas contenté de la préparer: il l’a publiquement déclarée sienne, dès son déclenchement le vendredi 1er décembre, et le régime iranien lui a emboîté le pas le lundi 4, en appuyant officiellement les positions du Hezbollah, donc celles de Michel Aoun. Avec Nabih Berry, ils veulent faire tomber le premier gouvernement d’après la libération et revendiquent sans sourciller un «gouvernement d’union nationale». Gilbert KHALIFÉ
Le Serpent répliqua : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Le jour où
vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux. »
Genèse III, 4

Sous les yeux sidérés des deux tiers des Libanais, cette réponse du Serpent, contredisant ce qu’avait affirmé Dieu, arrive encore à séduire le troisième tiers de leurs concitoyens. «Vous ne mourrez pas! assurent en chœur les adeptes de l’axe syro-iranien, nous vous garantissons une ère de prospérité, de fierté et d’indépendance».
Il faut dire que le mensonge aborde toujours ses proies sous des dehors bienveillants et réussit le contraste avec la vérité qui constate que les difficultés ne sont pas terminées, que la lutte pour la liberté nécessite des sacrifices et que le retour de la prospérité exige des efforts.
Il faut dire, aussi,...