Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Perspective La politique de l’autruche Michel TOUMA

Il n’y a de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, souligne le dicton populaire. Par analogie, l’on pourrait ajouter qu’il n’y a de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Tel est le cas, plus particulièrement, de nombre de sympathisants de l’opposition, voire de responsables et cadres du 8 Mars et leurs alliés conjoncturels, qui ne perçoivent la crise actuelle que sous l’angle purement interne et pour qui le problème présent se limite à une question de rééquilibrage au sein du gouvernement, de participation à la prise de décision au niveau de l’Exécutif. Pour d’autres, qui font preuve de suivisme aveugle à l’égard des frondeurs, le positionnement se fait sur une base fondamentalement manichéenne : ils suivent sans discernement ceux qu’ils estiment être des forces de changement pour s’opposer à ceux qui, à leur yeux, représentent le symbole de la corruption, de l’affairisme et des pratiques politiciennes clientélistes. Le bien contre le mal, en somme. Indépendamment du jugement que l’on pourrait porter sur l’un ou l’autre des deux camps, occulter la véritable dimension de la crise qui secoue le pays – la dimension essentiellement régionale – reviendrait à faire preuve de cécité politique. Feindre d’ignorer la double offensive, iranienne et syrienne, à laquelle le Liban est confronté depuis plusieurs mois signifierait que l’on s’obstine à vouloir se cantonner dans la politique de l’autruche. Il est des évidences, des faits, qu’il devient parfois suspect de ne pas prendre en considération. Est-il possible de faire l’impasse, à titre d’exemple, sur le bras de fer qui oppose la République islamique iranienne – plus particulièrement son aile la plus radicale – à l’ensemble de la communauté internationale au sujet du dossier nucléaire et dont le dernier épisode s’est traduit pas plus tard que samedi dernier par un vote unanime du Conseil de sécurité imposant des sanctions à Téhéran ? Dans ce bras de fer, les États-Unis et les pays de l’Union européenne sont aux avant-postes du combat. Ou, du moins, c’est ainsi que l’aile radicale du régime iranien perçoit, et présente, les choses. Rien d’étonnant, par voie de conséquence, que le pouvoir des mollahs cherche à riposter aux pressions internationales en croisant le fer avec les puissances occidentales plutôt qu’avec la Russie ou la Chine. Le fossé idéologique et les conflits d’intérêts d’ordre stratégique, c’est avec l’Occident qu’ils se manifestent en priorité et non pas avec Moscou ou Pékin. Et c’est sur le terrain du Moyen-Orient qu’ils s’expriment le plus clairement. Dans ce cadre, le Liban constitue à l’évidence le champ de manœuvre le plus adéquat et le plus aisé du fait de la présence sur la scène libanaise de la tête de pont iranienne que constitue le Hezbollah. Dans ce contexte global, lorsque le guide suprême de la révolution iranienne, l’imam Khamenei (qui est la plus haute autorité en Iran), déclare haut et fort que c’est au Liban que Téhéran cherche à infliger une défaite à l’Amérique, cela ne saurait être perçu comme une simple boutade passagère. À la lumière d’une telle conjoncture, ce serait faire preuve d’une certaine malhonnêteté intellectuelle que de dissocier ces enjeux stratégiques iraniens de la guerre à outrance déclarée par le Hezbollah contre le gouvernement de Fouad Siniora et l’Alliance du 14 Mars. Ces derniers bénéficient du ferme soutien non seulement de l’Occident, mais également de l’ensemble de la communauté internationale et sont, à ce titre, perçus par Téhéran comme les alliés de leurs adversaires du moment. L’enjeu de la crise actuelle n’est donc en aucune façon une juste participation au pouvoir exécutif ou la lutte contre une classe politique considérée comme corrompue et corruptrice. Il consiste plutôt à accepter ou non que la scène libanaise soir utilisée par le régime iranien comme un terrain d’affrontement avec l’Occident. L’enjeu véritable est d’accepter ou non que le Liban soit entraîné sur la voie idéologique de l’édification d’une société guerrière, sur la voie de conflits sans fin et sans horizons avec les puissances occidentales, comme cela transparaît explicitement dans la doctrine et les écrits politiques du Hezbollah. L’alternative qui s’offre aux Libanais sur ce plan ne saurait porter à équivoque : le respect de la légalité internationale (donc l’application de la résolution 1701) ou l’alignement sur la raison d’État iranienne. Quant à l’offensive syrienne, elle ne cache pas ses objectifs fondamentaux : le rejet du tribunal international (les dirigeants de Damas le déclarent désormais ouvertement) et le déboulonnage de l’Alliance du 14 Mars, parallèlement à la chute du gouvernement de Fouad Siniora. Au lendemain même des élections législatives du printemps 2005, le régime syrien n’a d’ailleurs pas tardé à déclarer la guerre à la nouvelle majorité et au Premier ministre. Le but recherché est élémentaire : imposer un nouvel équilibre des forces sur la scène locale en affaiblissant le camp souverainiste et en réduisant son influence au sein du pouvoir, ce qui revient, mathématiquement, à renforcer le camp proche de Damas et celui qui se considère dans une situation de trêve politique avec le régime syrien. Face à ces enjeux stratégiques régionaux irano-syriens, les considérations d’ordre purement interne ne peuvent influer réellement sur le cours des événements. Les lignes de force du jeu de l’opposition sont définies, pour l’essentiel, à Téhéran et Damas, et les motivations libanistes n’ont sur ce plan que très peu de poids. Occulter une telle réalité cache mal une volonté de pratiquer une déplorable politique de l’autruche.
Il n’y a de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, souligne le dicton populaire. Par analogie, l’on pourrait ajouter qu’il n’y a de pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Tel est le cas, plus particulièrement, de nombre de sympathisants de l’opposition, voire de responsables et cadres du 8 Mars et leurs alliés conjoncturels, qui ne perçoivent la crise actuelle que sous l’angle purement interne et pour qui le problème présent se limite à une question de rééquilibrage au sein du gouvernement, de participation à la prise de décision au niveau de l’Exécutif. Pour d’autres, qui font preuve de suivisme aveugle à l’égard des frondeurs, le positionnement se fait sur une base fondamentalement manichéenne : ils suivent sans discernement ceux qu’ils estiment être des forces de changement pour...