Rechercher
Rechercher

Actualités - Analyse

ÉCLAIRAGE Tribunal international : les appréhensions du Hezbollah, légitimes ou excessives ?

Sept semaines après le déclenchement de la crise politico-constitutionnelle provoquée par la démission des ministres prosyriens du gouvernement, le nœud gordien du conflit qui oppose les deux camps libanais s’est finalement détaché, les deux parties ayant fini par mettre le doigt sur la plaie et reconnaître que c’est en définitive le tribunal international sur lequel la crise achoppe. Cet aveu est d’ailleurs beaucoup plus patent chez le Hezbollah puisque ce dernier a mis du temps avant de reconnaître publiquement, de manière très nuancée toutefois, ses craintes et appréhensions de « l’exploitation politique » à laquelle pourrait se prêter une telle institution à la lumière des nouveaux enjeux régionaux. Plus latente chez les forces du 14 Mars, la reconnaissance de l’aspect stratégique de ce tribunal a beaucoup plus servi d’arme de dissuasion politique brandie contre l’autre partie, que de planche de salut qui délivrerait l’ensemble des Libanais des démons des assassinats et de la valse d’accusations mutuelles. Ainsi, et au lendemain du ballet diplomatique mené par l’émissaire arabe, Amr Moussa, il apparaît de plus en plus clairement à quel point le projet de création d’un tribunal à caractère international est « vital » pour lever l’impasse ou, du moins, trouver un début de terrain d’entente avant de passer aux autres points litigieux, notamment la question du gouvernement d’union nationale, les élections parlementaires ou présidentielle. Autant de terrains de conflit qui devraient être en principe vite aplanis une fois le test du tribunal passé. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle plusieurs observateurs ont parlé de retour à la case départ pour ce qui est de la médiation arabe. Cela suppose que la question sempiternelle du tribunal international n’a pu être à ce jour tirée au clair, d’autant qu’elle avait été longtemps noyée ou dissimulée par « d’autres revendications ». Mais que craint exactement le Hezbollah, les forces du 14 Mars ayant « rassuré » à plusieurs reprises le parti, notamment par la bouche de Saad Hariri, qu’il n’était pas accusé ou soupçonné ? Selon une source proche du parti, les appréhensions de ce dernier ne peuvent se comprendre qu’à la lumière de la guerre des axes que se livrent par procuration la Syrie et l’Iran d’une part, les États-Unis d’autre part, au Liban. Pour le Hezbollah, le tribunal international serait ainsi l’épée de Damoclès brandie par l’Administration US contre ses adversaires dans la région et, à leur tête, le parti chiite. « N’ayant pas réussi à dégarnir la scène libanaise du Hezbollah et de ses armes, d’abord à l’aide de la 1559, ensuite par le biais de la guerre israélienne de juillet, les Américains cherchent à jouer leur dernière carte, qui est le tribunal », soutient la source. Si le Hezbollah refuse à ce jour de se prononcer publiquement sur la teneur du texte du projet qui vient d’être publié au JO, s’engageant à le faire dès la mise en place de la commission d’experts juridiques, il tient toutefois à rappeler le fil des événements qui ont conduit à mettre en alerte le parti chiite à l’égard de ce tribunal. Un responsable du parti rappelle notamment le « scénario » du fameux samedi où le projet a « été parachuté par surprise », préludant à l’adoption du texte par un Conseil des ministres dont venaient de se retirer ses ministres chiites. La source relate en outre le troc proposé par Saad Hariri qui aurait « assuré à l’opposition qu’elle pouvait avoir non seulement son tiers de blocage plus un, mais également plus deux ou trois ministres si elle le désirait, en contrepartie de son acquiescement sur le tribunal ». Une transaction qui aurait d’ailleurs été immédiatement bloquée par l’ambassadeur américain, Jeffrey Feltman, ce dernier ayant « sommé ses alliés de ne rien octroyer au Hezbollah au niveau du gouvernement, le tribunal étant déjà acquis selon lui par les ministres de la majorité ». La suite n’aura pas été plus rassurante pour le parti, et pour l’opposition en général, tant il est vrai, à leurs yeux, que les forces du 14 Mars « n’ont jamais rien fait pour atténuer leurs craintes, bien au contraire ». « On pourrait presque dire qu’ils ont été extrêmement maladroits à ce niveau », poursuit la source qui ajoute : « À supposer que nous soyons effectivement des menteurs comme ils l’affirment. Eh bien, qu’ils nous prennent au mot et qu’ils nous accordent le délai que nous avons demandé à maintes reprises pour étudier le texte. Ils verront alors si nous sommes de bonne ou de mauvaise foi. » C’est dans ce sens que vont d’ailleurs les recommandations du ICG (International Crisis Group) figurant dans son rapport sur la situation régionale. En effet, ce dernier a même été jusqu’à recommander que des amendements soient apportés au statut du tribunal (voir par ailleurs), histoire de rassurer Damas – allié stratégique du Hezbollah – concernant le risque que le tribunal soit exploité dans le cadre de la stratégie d’isolement du régime baassiste pratiquée par l’Administration US. Une position autrement formulée par un responsable du Hezbollah qui déclare : « Il n’y a aucun doute que nous aspirons à la vérité, à la seule condition qu’elle soit une vérité juridique et non politique. Nous ne le répéterons jamais assez : Rafic Hariri est le martyr du Liban et non d’une classe politique bien précise. » Dans les milieux onusiens, on continue d’affirmer cependant que la seule issue de sortie de l’imbroglio reste, pour toutes les parties libanaises, de faire confiance à la commission d’enquête internationale, dirigée par le magistrat belge Serge Brammertz, qui semble avoir réussi, à ce jour, à gagner la confiance d’une grande majorité de Libanais, et gagné un tant soit peu le respect du Hezbollah et de la Syrie. Tout en se disant « compréhensifs » par rapport aux craintes du parti chiite notamment, certains observateurs étrangers les jugent toutefois « excessives ». À leur avis, une institution telle qu’un tribunal international spécial pour le Liban, où siégeront des magistrats de très haute renommée, ne peut en aucun cas « être politisée », d’autant qu’elle sera constamment sous les projecteurs de l’actualité. « Il faut également savoir en outre que de la réussite d’un tel procès (s’il a lieu), notamment du point de vue de l’indépendance des magistrats en charge, dépendent également la crédibilité et l’image des Nations unies qui ont parrainé ce processus depuis le début. » Ce n’est pas l’avis de certains experts juridiques qui craignent une « possible déviation du tribunal » de ses objectifs. Ces derniers affirment cependant vouloir réserver leurs remarques ou objections pour les futurs débats au sein de la commission ad hoc. D’où l’importance – pour les deux parties en présence – que celle-ci puisse voir le jour au plus tôt, pour évoquer, en toute transparence, le texte du projet et le statut du tribunal afin de s’entendre sur les détails dans lesquels pourrait « résider le diable », comme l’a souligné hier Amr Moussa. Jeanine JALKH

Sept semaines après le déclenchement de la crise politico-constitutionnelle provoquée par la démission des ministres prosyriens du gouvernement, le nœud gordien du conflit qui oppose les deux camps libanais s’est finalement détaché, les deux parties ayant fini par mettre le doigt sur la plaie et reconnaître que c’est en définitive le tribunal international sur lequel la crise achoppe.
Cet aveu est d’ailleurs beaucoup plus patent chez le Hezbollah puisque ce dernier a mis du temps avant de reconnaître publiquement, de manière très nuancée toutefois, ses craintes et appréhensions de « l’exploitation politique » à laquelle pourrait se prêter une telle institution à la lumière des nouveaux enjeux régionaux.
Plus latente chez les forces du 14 Mars, la reconnaissance de l’aspect stratégique de ce tribunal...