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Actualités - Opinion

La majorité s’interroge sérieusement sur les réelles motivations de l’opposition

Avec la manifestation d’hier, l’opposition a ainsi franchi la première étape de son programme d’escalade destiné à provoquer la chute du gouvernement Siniora et à aboutir à la formation d’un gouvernement d’union nationale assorti pour elle du tiers de blocage. La question qui se pose aujourd’hui est la suivante : pourquoi Nabih Berry a changé d’avis, lui qui avait martelé, pendant la guerre de juillet et bien après qu’elle se fut terminée, que l’équipe Siniora est « le gouvernement de la résistance » ? Pourquoi colle-t-il désormais à la position de Hassan Nasrallah, qui a qualifié il y a quelques semaines à peine l’équipe en place de « cabinet Feltman » ? À cette question fondamentale s’ajoutent de nombreux autres constats et interrogations de la part de la majorité : que compte faire l’opposition ? Quel est son but ? Pourquoi cette première étape souffre-t-elle d’un timing et d’une nature aussi malsains, sachant surtout que le sommet spirituel musulman aussi bien que les organismes économiques se sont fortement opposés au recours à la rue ? Sachant surtout que l’initiative de l’opposition risque de dynamiter la conférence de Paris III ? Comment certains se permettent-ils d’évoquer le respect de la Constitution, alors qu’ils cautionnent les gifles qui lui sont assénées, à commencer par ceux qui conservent leurs armes, ainsi que la décision de guerre et de paix ? Dans tous les cas, il s’avère que toutes ces voix qui se sont élevées pour prévenir des dangers de la rue, et notamment celle du patriarche Sfeir, ont été ignorées par l’opposition, surtout par le CPL, qui s’est entêté à répondre par l’affirmative à l’appel lancé, celui d’investir la rue pour faire chuter le gouvernement. Un des députés du 14 Mars se demande d’ailleurs comment ce gouvernement peut être qualifié de « cabinet Feltman », alors qu’il s’est tenu aux côtés du Hezbollah et a adopté des positions très claires, ne serait-ce que par rapport au désarmement du parti de Dieu, insistant pour que cela se gère entre Libanais, loin de la résolution 1559, et par le dialogue. De plus, ce qui frappe, c’est que personne au sein de l’opposition n’a présenté d’interpellation à la Chambre, ni demandé une séance de politique générale, ni respecté les usages constitutionnels de la demande de comptes, ni pris la peine de dire à l’opinion publique de quelle sorte de « corruption » ce gouvernement est coupable. Plus encore : il a été interdit au Parlement de se réunir après la guerre destructrice de juillet, et Nabih Berry a même refusé que cette guerre soit évoquée à la table des concertations d’il y a quelques semaines… Justement, plusieurs personnes se demandent ce qui a bien pu radicaliser le président de la Chambre, lui qui était le premier à appeler au dialogue et qui n’avait de cesse de répéter que le gouvernement ne devait pas démissionner avant que les Libanais ne se soient mis d’accord sur la suite, qu’il n’en retirerait pas ses ministres avant qu’un consensus ne voie le jour… Que s’est-il passé pour que Nabih Berry opte aussi soudainement pour une politique aussi extrémiste ? Un des députés de la majorité répond qu’un ordre a été donné de l’étranger. Quoi qu’il en soit, des sources proches du 14 Mars se demandent pourquoi l’opposition occulte le président de la République, surtout qu’elle se dit déterminée à respecter la Constitution, pourquoi elle n’exige pas qu’il parraine le dialogue national en lieu et place de Nabih Berry. Ces sources se demandent aussi pourquoi personne ne se rend à Baabda, pourquoi Michel Aoun n’a toujours pas rencontré Émile Lahoud, pourquoi toute l’activité se condense à Aïn el-Tiné, pourquoi cette insistance à marginaliser le rôle du chef de l’État, ignorer sa présence, tout en refusant l’élection d’un successeur… Comme si certains au sein de l’opposition voulaient marginaliser, plus que l’homme, le poste ; annihiler son rôle après que Taëf eut réduit ses prérogatives, soulignent ces sources… D’autres s’interrogent sur le projet de gouvernement d’union. Pourquoi l’opposition ne rend-elle pas public son programme politique avant de demander la chute du cabinet en place, et que le futur gouvernement soit formé sur la base de ce programme ? Reste à savoir, d’ailleurs, si ce programme inclut la formation d’un tribunal international, l’application de la 1701, le regroupement des armes, le respect des résolutions onusiennes et la tenue d’une élection présidentielle… Philippe ABI-AKL
Avec la manifestation d’hier, l’opposition a ainsi franchi la première étape de son programme d’escalade destiné à provoquer la chute du gouvernement Siniora et à aboutir à la formation d’un gouvernement d’union nationale assorti pour elle du tiers de blocage.
La question qui se pose aujourd’hui est la suivante : pourquoi Nabih Berry a changé d’avis, lui qui avait martelé, pendant la guerre de juillet et bien après qu’elle se fut terminée, que l’équipe Siniora est « le gouvernement de la résistance » ? Pourquoi colle-t-il désormais à la position de Hassan Nasrallah, qui a qualifié il y a quelques semaines à peine l’équipe en place de « cabinet Feltman » ? À cette question fondamentale s’ajoutent de nombreux autres constats et interrogations de la part de la majorité : que compte faire...