Officiels et experts afghans ont accueilli avec une certaine déception hier les résultats du sommet de l’OTAN de Riga, estimant que les dirigeants alliés mettaient trop l’accent sur des solutions militaires à court terme pour l’Afghanistan.
«Nous espérions que la communauté internationale propose une issue très claire aux problèmes afghans, après cinq ans d’expérience dans ce pays et de leçons tirées de ses erreurs répétées », a déclaré à l’AFP la députée Shoukria Barikzai. « Les résultats sont bons, mais ils auraient dû se concentrer davantage sur la reconstruction, le soutien au gouvernement, l’entraînement et l’équipement des forces de sécurité afghanes qui sont la solution à long terme du problème », a-t-elle ajouté. « La diplomatie s’exerce encore très faiblement à l’égard de pays qui font clairement et fortement preuve d’ingérence dans ce pays », a-t-elle encore dit dans une allusion au Pakistan accusé de servir de base arrière aux talibans qui mènent une insurrection sanglante notamment dans le sud et l’est du pays.
Les dirigeants des 26 pays de l’OTAN ont réaffirmé mercredi à Riga leur engagement militaire en Afghanistan, sans toutefois décider un renforcement notable de leurs troupes comme le réclame depuis des mois le commandement de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan (Isaf). Ils ont notamment accepté le principe de permettre aux contingents basés dans des zones plus calmes de voler temporairement au secours de ceux en difficulté lors de combats, les plus sanglants cette année depuis la chute du régime des talibans fin 2001. Plus de 3 700 personnes ont été tuées cette année dans des attentats ou combats, quatre fois plus qu’en 2005.
« Une hausse du nombre des soldats de l’OTAN est nécessaire dans l’immédiat, mais la solution aux problèmes afghans passe par une augmentation en qualité et en effectif de l’armée afghane », a souligné à l’AFP le porte-parole du ministère afghan de la Défense, le général Mohammad Zahir Azimi. « À long terme, le pays a besoin d’une armée nationale de 150 00 à 200 000 hommes », a-t-il dit. Cette armée compte aujourd’hui 36 000 hommes.
Plus critique encore, le politologue afghan Hamidullah Tarzi s’est déclaré lui « très déçu par ce sommet qui n’a pas abordé les vrais problèmes » qui sont selon lui « la porosité de la frontière » afghano-pakistanaise, permettant aux combattants d’aller et venir à leur guise, et la « faiblesse » du gouvernement afghan. « Il n’y a pas d’administration et cela, ajouté à la corruption, fait que certaines personnes en viennent à regretter le régime des talibans, un régime brutal mais qui fonctionnait, qui pouvait assurer la sécurité », a-t-il ajouté.
« Ce n’est pas en envoyant plus de troupes sur le terrain qu’on va régler le problème de l’insurrection. L’OTAN doit permettre des négociations entre le gouvernement et les talibans », a pour sa part estimé Ahmad Shah Ahmadzai, ancien Premier ministre (1995-96) du gouvernement des moujahidines renversé par les talibans en 1996. « Les talibans représentent l’opposition et ce que l’OTAN veut c’est supprimer une partie de la population afghane, ce n’est pas très démocratique. Si les talibans veulent partager le pouvoir, alors partageons avec eux le pouvoir », a-t-il relevé.
Pour l’expert pakistanais de l’Afghanistan Ahmad Rashid, « ce sommet est un désastre pour l’Afghanistan ». « Il a montré le manque d’engagement des membres de l’OTAN qui semblent ne pas comprendre la nature de l’insurrection en Afghanistan », a-t-il estimé. Mais pour l’analyste Wafir Safi, les résultats de ce sommet constituent « un progrès ». « Il y a eu une prise de conscience très nette du problème afghan, même si encore beaucoup reste à faire pour que cela se traduise sur le terrain. »
À la tête de l’Isaf, qui compte 32 000 hommes de 37 pays, l’OTAN effectue depuis 2003 en Afghanistan la mission la plus ambitieuse de son histoire.
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