Actuellement en Orient, toute victime d’une mort violente est appelée « martyr », ce qui diminue singulièrement la portée de ce mot. Pierre Gemayel nous aide à redonner au martyr les palmes de lumière auxquelles il a droit.
Un martyr est une victime consciente et consentante. Les extraits que diffuse la Future TV des interventions publiques de Pierre nous montrent un politicien parfaitement conscient du danger auquel il s’expose, et parfaitement consentant à la mort qui en est la conséquence. Il le disait sans détour, avec ce panache qui caractérise sa maison en particulier et l’aristocratie maronite en général. Mais chez Pierre, ce panache avait une saveur unique : il faisait pétiller ses yeux, qu’il tient de sa mère, et la race conjuguée des Gemayel et des Tyan lui faisait dire à la mort : Tu n’es qu’un sombre mirage ; derrière toi, la vie continue, plus vivante et plus splendide.
Il faut beaucoup d’âme, ou plutôt une âme d’exception, pour faire accepter au corps une mort violente, injuste. Amoureux de la vie, de la famille dont il était issu et de celle qu’il avait fondée, il aurait pu se contenter, comme tant d’autres, des dons des fées et des beaux échelons qu’il avait gravis par ses réels mérites. Or, député de la nation à 29 ans, ministre à 33 ans, il avait parfaitement conscience que les honneurs et les responsabilités auxquels il accédait sonneraient toujours creux tant que son pays souffrirait du moindre déshonneur.
Le timbre particulier de sa voix permettait à Pierre de rugir ses blessures, ce qui mobilisait sa génération, tout en exaspérant le faux lion et terrifiant les rats. Ils se sont ligués pour tuer son corps, espérant ainsi éteindre ses rugissements. Ce calcul méchant est toujours bête : sa mort nous a labouré le cœur, mais le grain qui y meurt a donné en quelques heures ce qui aurait, sinon, nécessité des années. Les martyrs précédents avaient accompli le prodige de remplir l’immense place de la Liberté de citoyens musulmans, druzes et chrétiens. Le martyre de Pierre a fait déborder les citoyens jusqu’à la place Riad el-Solh et ceux qui naguère étaient rassemblés, cette fois étaient cimentés par la même conviction et le même amour.
Quant à l’ange brun que nous avons offert à la patrie définitive des Cieux, nous pouvons être sûrs qu’il veille avec une plus ample présence, une plus redoutable acuité, sur la patrie définitive du Cèdre.
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Un martyr est une victime consciente et consentante. Les extraits que diffuse la Future TV des interventions publiques de Pierre nous montrent un politicien parfaitement conscient du danger auquel il s’expose, et parfaitement consentant à la mort qui en est la conséquence. Il le disait sans détour, avec ce panache qui caractérise sa maison en particulier et l’aristocratie maronite en général. Mais chez Pierre, ce panache avait une saveur unique : il faisait pétiller ses yeux, qu’il tient de sa mère, et la race conjuguée des Gemayel et des Tyan lui faisait dire à la mort : Tu n’es qu’un...