Cadre immuable, celui de l’église Saint-Josph (USJ) illuminée et grouillante de monde, pour le cinquième concert de la saison, de l’Orchestre symphonique national libanais (OSNL), placé sous la houlette du maestro Wojcieh Czepiel. Au menu concis, sans soliste et sans entracte, des pages, seulement, de Beethoven et de Brahms. Oscillant entre héroïsme et grandeur, entre puissance et éloquence, ce concert met en valeur la filiation de deux œuvres aux accents passionnés et d’un lyrisme un peu contenu mais non dénué de passion.
Premières mesures dramatiques avec l’Ouverture en ut mineur de Coriolan de Beethoven, inspirée d’un opus shakespearien. Une œuvre quand même déjà applaudie plus d’une fois dans ces mêmes lieux. Célèbre général romain au Ve siècle avant Jésus-Christ, Coriolan, pour se venger de l’ingratitude du Sénat et de son exil dans le sud du Latium, voulut saccager Rome. Il ne recula devant son entreprise destructrice que grâce aux larmes de sa femme et de sa mère. Ce sont ces sentiments forts et contradictoires qui illustrent cette partition narrant le ressentiment de Coriolan pris entre sa colère et la douceur féminine. Colère exprimée par des traits marqués où le silence a sa place…Un decrescendo ramène le calme au milieu de l’agitation de l’orchestre et l’on perçoit, à travers la musique, le pouvoir de la séduction de la femme pour éteindre les feux du courroux d’un mari révolté jusqu’à la dérive par l’injustice. Qui mieux que Beethoven pour prêter voix et mesure à pareille palette de sentiments ?
Pour prendre le relais, à l’ombre des grandes phrases du maître de Bonn, aux déferlements terribles et aux rêveries contemplatives, arrive l’une des quatre symphonies de Johannes Brahms, ce compositeur originaire des bords de l’Elbe et émigré jusqu’au Danube. On écoute sa Première symphonie en ut mineur avec ses quatre mouvements. Sans nul doute, sur cette œuvre à la fois grandiose et éloquente, passionnelle et chargée d’une certaine poésie rêveuse, planent les ombres du compositeur de l’Ode à la Joie et de Clara Schumann. Le premier pour son architecture et son « dire » musical et la seconde pour les messages d’amour et les tendres clins d’œil d’une liaison d’une teneur éminemment romantique. Pas de flammes dévorantes mais un pathétique passionné où l’exaltation reste relativement mesurée, telle est cette symphonie, authentique fille des symphonies de Beethoven, qui à aucun moment ne verse ni dans la grandiloquence ni une ornementale exubérance. Passé la quarantaine, Brahms a écrit une œuvre ample, intense, sobrement romantique. Si le poco allegretto a une grâce toute « mendelssohnienne », l’andante sostenuto ne manque pas d’un certain esprit vaporeux délicieusement romantique. Entre orage et accalmie, entre une vague de pizziccati qui battent la mesure et le gonflement des poumons du vent, entre les remous d’une mer démontée et les éclats cuivrés des trompettes déchaînées, Brahms a tous les accents convaincants d’un amoureux transi… C’est avec son finale, un allegro non troppo, ma con brio qu’il atteint le faîte de son art. La partition se termine sur une apothéose éblouissante : un tonitruant hymne à la vie où tension et précision sont menées de main de maître par Czepiel à l’écoute profonde de ces pages frémissantes d’une sensibilité exacerbée.
Un concert court, tout juste une heure, à la minute près, mais qui vaut bien de prolongations inutiles. Applaudissements du public, révérence des musiciens mais pas de bis. On comprend, après ce Brahms-là, rien ne vaut le silence, comme pour mieux garder le souvenir des dernières phrases échappées dans la nuit du côté des rosaces colorées…
Edgar DAVIDIAN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Cadre immuable, celui de l’église Saint-Josph (USJ) illuminée et grouillante de monde, pour le cinquième concert de la saison, de l’Orchestre symphonique national libanais (OSNL), placé sous la houlette du maestro Wojcieh Czepiel. Au menu concis, sans soliste et sans entracte, des pages, seulement, de Beethoven et de Brahms. Oscillant entre héroïsme et grandeur, entre puissance et éloquence, ce concert met en valeur la filiation de deux œuvres aux accents passionnés et d’un lyrisme un peu contenu mais non dénué de passion.
Premières mesures dramatiques avec l’Ouverture en ut mineur de Coriolan de Beethoven, inspirée d’un opus shakespearien. Une œuvre quand même déjà applaudie plus d’une fois dans ces mêmes lieux. Célèbre général romain au Ve siècle avant Jésus-Christ, Coriolan, pour se venger de...