Le ton est monté d’un coup, hier, entre le ministre de la Justice, Charles Rizk, et le président Émile Lahoud, peu après les déclarations du chef de l’État comportant de multiples piques contre M. Rizk.
Dans un communiqué, le ministre de la Justice a affirmé que, contrairement aux assertions de Baabda, il a effectivement tenu le président Lahoud au courant de la teneur et du développement des négociations entre les deux magistrats libanais Ralph Riachi et Chucri Sader, envoyés par le Conseil des ministres à New York, et les juristes de l’ONU.
M. Rizk a précisé qu’il avait d’ailleurs un document signé par le chef de l’État qui prouve qu’il était au courant non seulement des négociations et des démarches entreprises par le ministère de la Justice, mais aussi qu’il avait connaissance « des rapports des deux juges après chaque round de négociations ».
Concernant l’engagement relatif à l’octroi d’une grâce présidentielle à Mohammad Zouhair Siddiq, M. Rizk a précisé que la grâce est un droit constitutionnel qui appartient au président de la République, et que par conséquent il n’appartient qu’à lui de traiter ce problème. Compte tenu de l’insistance du président à trouver un moyen de convaincre les autorités judiciaires françaises de livrer M. Siddiq, poursuit le communiqué, le ministre Rizk a chargé un expert au ministère de la Justice d’étudier la décision du tribunal français relative à la demande d’extradition de Siddiq émanant de l’État libanais. M. Rizk aurait indiqué que cette décision était fondée sur l’opposition entre l’application par le Liban de la peine de mort et les normes juridiques françaises, et c’est sur cette base que la cour d’appel française a rejeté la demande d’extradition. C’est à ce moment-là, note le communiqué, que le président de la République a décidé de s’engager auprès des autorités françaises à accorder une grâce présidentielle à Mohammad Siddiq s’il était remis aux autorités libanaises, en souhaitant que la France soit convaincue par l’argument, engagement accompagné d’une nouvelle demande d’extradition du témoin.
Peu après, poursuit le communiqué, le président de la République a demandé au ministre Rizk ce qu’il était advenu de la nouvelle demande d’extradition. « Le ministre a répondu qu’il ne pouvait pas influencer la justice française et que tout ce qu’il pouvait faire, c’était contacter l’ambassadeur de France pour s’enquérir du sort de la demande. Toutefois, le lien établi par le président de la République entre l’appel du ministre à l’ambassadeur de France et l’apparition de Siddiq à la télévision le même jour pour lancer des accusations (dans l’affaire Hariri) comporte un danger que le ministre ne peut commenter. Il laisse à l’opinion publique libanaise le soin d’apprécier l’ampleur des torts qui porteraient atteinte aux relations entre le Liban et la France à ce sujet », souligne le ministère de la Justice.
Concernant enfin les propos du président Lahoud au sujet de sa demande présentée au ministère de la Justice en vue de préparer une action en justice contre Israël après la guerre, demande « qui n’a jusqu’à présent pas été suivie d’effet », le bureau de M. Rizk a précisé qu’il s’attelait à cette tâche depuis le début du mois d’octobre, date à laquelle il a été chargé par le Conseil des ministres de préparer cette action en justice, et qu’il poursuivait depuis ses contacts avec les institutions et les experts internationaux concernés pour mettre cette action en place. « Le président sait sans doute que ce genre de plainte requiert du temps. »
Le bureau du président Lahoud a répondu en soirée au communiqué du ministère de la Justice, estimant qu’il comprenait des « informations erronées ».
Selon le bureau de presse du chef de l’État, la réponse même de M. Rizk prouve que le président Lahoud n’a été tenu au courant que du rapport élaboré par les deux magistrats Riachi et Sader en juillet dernier. « Le président faisait allusion au fait qu’il n’a été informé ni de la première mouture du protocole d’accord avec l’ONU, que le ministre de la Justice a reçue il y a deux mois, ni de la deuxième mouture distribuée par le ministre de la Justice à un certain nombre de responsables et que le président n’a pas reçue. C’est le président qui a demandé d’être tenu au courant de la deuxième mouture du projet du protocole d’accord. »
Enfin, selon Baabda, les explications de M. Rizk au sujet de l’affaire Siddiq n’ont rien apporté de nouveau, et « il est saisissant que l’apparition de Siddiq sur les plateaux de télévision coïncide avec la nouvelle demande présentée par le président au ministre de la Justice pour qu’il poursuive la question de l’extradition de Siddiq avec l’ambassadeur de France au Liban ».
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Dans un communiqué, le ministre de la Justice a affirmé que, contrairement aux assertions de Baabda, il a effectivement tenu le président Lahoud au courant de la teneur et du développement des négociations entre les deux magistrats libanais Ralph Riachi et Chucri Sader, envoyés par le Conseil des ministres à New York, et les juristes de l’ONU.
M. Rizk a précisé qu’il avait d’ailleurs un document signé par le chef de l’État qui prouve qu’il était au courant non seulement des négociations et des démarches entreprises par le ministère de la Justice, mais aussi qu’il avait connaissance « des rapports...