C’est désormais clair comme de l’eau de roche : ce n’est pas « pour » un cabinet d’union nationale que les prosyriens livrent bataille. Mais « contre » la 1701 et le tribunal international. Pour rétablir la situation qui prévalait avant le 14 mars. En empêchant l’édification d’un État libanais souverain, libre et fort.
Les alliés de la Syrie oublient que, de son temps, il n’était absolument jamais question d’un gouvernement d’union… Leur offensive vise aujourd’hui à forcer la majorité à choisir : ou renoncer au tribunal international ; ou voir le cabinet renversé.
Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Il n’est donc pas certain que les prosyriens, et partant Damas, aient les moyens d’imposer leur volonté. Leurs prétextes sont en tout cas faibles. Ainsi, des députés du 14 Mars relèvent que s’il s’agissait vraiment d’obtenir un cabinet d’union nationale, en face on aurait joué la détente et pas l’escalade. Car il est évident que la mise en place d’un tel cabinet nécessite des négociations. Et une entente générale, incluant la teneur de la déclaration ministérielle autant sinon plus que la répartition des portefeuilles. En effet, sans accord sur le programme, le nouveau gouvernement risquerait d’imploser en quelques jours. Aussi, ajoutent ces parlementaires, les alliés de la Syrie, sachant pertinemment que leur comportement agressif interdit la formation d’un cabinet d’union, brandissent-ils ouvertement la menace d’un vide de pouvoir. Aux fins de paralyser les institutions et l’État. Ce qui conduirait au résultat qui compte le plus aux yeux de Damas : le capotage du statut, donc du fonctionnement du tribunal à caractère international chargé de juger les assassins du président Hariri et de ses compagnons, avec possibilité d’extension de compétence aux autres crimes terroristes. D’une pierre, coup double : le blocage du tribunal entraînerait ipso facto le report sine die du rapport Brammertz. Car le procureur belge ne peut présenter des conclusions définitives qu’à une instance judiciaire établie, si l’on veut respecter le code.
Il n’est donc pas étonnant de voir le président Émile Lahoud se souvenir brusquement de ses prérogatives constitutionnelles en matière de traités internationaux. Pour soutenir que la convention projetée avec les Nations unies au sujet du tribunal ne peut prendre corps qu’avec son approbation d’abord. Contrairement à la pratique établie selon laquelle les documents sont en premier lieu examinés par le Conseil des ministres, passent ensuite à la Chambre, et n’aboutissent à la présidence de la République que pour le contreseing final.
Les cadres du 14 Mars relèvent également que si leurs adversaires se souciaient d’union, autrement dit d’entente, ils ne menaceraient pas de recourir à la rue et de répandre l’anarchie. L’amour et le mariage forcé sont antonymes.
De plus, ajoutent-ils, si les prosyriens étaient sérieux dans leur proposition de cabinet d’union, ils chercheraient à entrer en pourparlers sur son programme d’action. Car autrement, les ministres se disputeraient tout de suite. Sur des points litigieux, comme le statut du tribunal international. Ou comme sur l’interprétation concrète à donner aux points de la 1701 qui n’ont toujours pas été appliqués.
À ce propos, il convient de souligner que la perpétuation du statu quo signifierait que l’on en resterait avec Israël à un arrêt suspensif, mais pas définitif, des opérations de guerre. Au lieu de parvenir, sans attendre un règlement régional général qui peut s’éterniser, à une cessation définitive des hostilités. Il est en effet évident que tant que le Hezbollah n’aurait pas accepté l’injonction onusienne de désarmer, le risque de guerre subsiste. Dans leur argumentation, les majoritaires font également valoir qu’au cas où les opposants auraient vraiment pour but le gouvernement, ils prouveraient leur bonne volonté en attendant que le tribunal international se mette en place, avant de discuter changement ministériel.
Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats C’est désormais clair comme de l’eau de roche : ce n’est pas « pour » un cabinet d’union nationale que les prosyriens livrent bataille. Mais « contre » la 1701 et le tribunal international. Pour rétablir la situation qui prévalait avant le 14 mars. En empêchant l’édification d’un État libanais souverain, libre et fort.
Les alliés de la Syrie oublient que, de son temps, il n’était absolument jamais question d’un gouvernement d’union… Leur offensive vise aujourd’hui à forcer la majorité à choisir : ou renoncer au tribunal international ; ou voir le cabinet renversé.
Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Il n’est donc pas certain que les prosyriens, et partant Damas, aient les moyens d’imposer leur volonté. Leurs prétextes sont en tout cas faibles. Ainsi, des députés du 14 Mars relèvent...