Le livre le plus superlatif de la rentrée a recueilli les suffrages du public et de presque toute la presse, à quelques rares exceptions près.
Parmi tant d’éloges, une voix dissonante, celle de Claude Lanzmann, s’est tout de même élevée pour poser, dans Le journal du dimanche, la question du point de vue, dans ce livre où le narrateur est un SS cultivé, coupable des pires horreurs. « Je ne juge pas des intentions de Littell, son livre m’apparaît pourtant comme une vénéneuse fleur du mal », note Claude Lanzmann. « À l’heure où les derniers témoins de la Shoah disparaissent et où s’opère le passage de la mémoire à l’histoire, Jonathan Littell renverse les termes et insuffle à un SS, héros sans mémoire, l’histoire comme mémoire », estime-t-il. En effet, pour l’auteur de Shoah, « le paradoxe inimaginable des Bienveillantes est que la tâche de mémoire, d’intellection et de récit de la Shoah est confiée à un SS qui parle pendant plus de 900 pages. »
« On est en droit de s’interroger sur la nature de cet improbable projet. L’auteur des Bienveillantes dédie son livre “ aux morts ”, mais le héros qu’il crée est un tueur de juifs », poursuit Claude Lanzmann. « Malgré les efforts de l’auteur, ces 900 pages torrentielles n’accèdent jamais à l’incarnation (...), le livre entier demeure un décor et la fascination de Littell pour l’ordure, pour le cauchemar et le fantastique de la perversion sexuelle rend irréel son propos et son personnage, suscitant malaise, révolte, on ne sait même pas contre qui et quoi », conclut-il.
Peter Schöttler attaque dans « Le Monde »
Après le dénigrement oblique de Claude Lanzmann, un chercheur allemand remet ça avec plus d’arguments et plus d’injustice.
« Tom Ripley au pays de la Shoah » : tel est le titre à sensation sous lequel a paru, dans Le Monde, une attaque en règle des Bienveillantes, dont la conclusion ramène le roman au niveau des productions hollywoodiennes…
Sous la plume de Peter Schöttler, historien allemand, directeur de recherche au CNRS et professeur associé à l’Université libre de Berlin, cette nouvelle attaque portée aux Bienveillantes est, il faut le relever en premier lieu, plus sérieuse et, à certains égards, mieux fondée que celle de Claude Lanzmann.
Dans les grandes lignes, Peter Schöttler reproche au protagoniste des Bienveillantes d’être peu crédible, parce qu’insuffisamment étoffé du point de vue de son passé allemand, alors que l’auteur focaliserait par trop son attention sur sa perversité ; Max Aue est à la fois trop franco-centré au goût de l’historien allemand, et l’auteur, insuffisamment instruit en matière de langue et de culture allemandes, ne parvient pas non plus à restituer le milieu des officiers et des soldats allemands que fréquente Aue, leur mentalité réelle pas plus que leur parler. En bref, Schöttler reproche à Max Aue de n’être pas assez allemand et trop « marqué » par ses mœurs homosexuelles, et à Littell de ne pas faire un roman réaliste.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le livre le plus superlatif de la rentrée a recueilli les suffrages du public et de presque toute la presse, à quelques rares exceptions près.
Parmi tant d’éloges, une voix dissonante, celle de Claude Lanzmann, s’est tout de même élevée pour poser, dans Le journal du dimanche, la question du point de vue, dans ce livre où le narrateur est un SS cultivé, coupable des pires horreurs. « Je ne juge pas des intentions de Littell, son livre m’apparaît pourtant comme une vénéneuse fleur du mal », note Claude Lanzmann. « À l’heure où les derniers témoins de la Shoah disparaissent et où s’opère le passage de la mémoire à l’histoire, Jonathan Littell renverse les termes et insuffle à un SS, héros sans mémoire, l’histoire comme mémoire », estime-t-il. En effet, pour l’auteur de Shoah, « le paradoxe...