Elles arrivent, et il ne va pas s’agir seulement de soigner son maintien en déambulant dans la rue parce que désormais un œil noir vous regarde. On n’arrête pas le progrès. Et la plaie du terrorisme étant venue s’ajouter à celle du banditisme, les caméras de surveillance publique sont devenues monnaie courante un peu partout dans le monde. Les plus grandes démocraties occidentales elles-mêmes ont dû s’y mettre, en même temps qu’elles étendaient le champ des écoutes téléphoniques malgré les protestations des associations pour la défense des libertés, criant au viol de la vie privée.
Des viols, notre pays en a connu de toutes sortes ces dernières décennies, lesquels l’atteignaient durement dans sa sécurité, sa stabilité, sa souveraineté : en ce temps-là, Big Brother méritait bien son nom. Une fois n’est pas coutume cependant, l’irruption de ces espions électroniques dans la vie publique est plutôt réconfortante sans doute pour le gros de l’opinion. Deux années se sont écoulées en effet depuis le premier de ces quatorze attentats qui ont secoué le pays, et, à l’exception de l’affaire Hariri, aucune arrestation n’a pourtant été opérée. Les récentes attaques à la roquette contre des casernes de la gendarmerie et un édifice du centre-ville de Beyrouth sont venues rappeler aux Libanais que la subversion violente n’a pas encore désarmé.
Les caméras de surveillance qui seront installées dans Beyrouth et sa banlieue ne feront peut-être pas des miracles. Larges capuchons et cagoules font depuis longtemps partie de l’équipement standard des terroristes et des braqueurs. Mais on ne saurait oublier pour autant que c’est grâce à un matériel permettant de filmer nuit et jour les abords d’un établissement bancaire qu’a pu être identifié – après coup, hélas – le minivan blanc qui a servi pour la terrible hécatombe du 14 février 2005. Dans le même ordre d’idée, on peut se féliciter que les conversations par téléphonie mobile laissent inévitablement des traces ; et que ces traces, examinées à la faveur de longues heures d’écoute, ont effectivement permis aux enquêteurs internationaux de remonter à plus d’un suspect dans l’affaire Hariri.
Durant la semaine écoulée, il aura fallu deux séances du Conseil des ministres pour parvenir enfin à une laborieuse unanimité sur cette question de surveillance video qui traînait depuis des mois. Le souci de la vie privée des citoyens n’y était pour rien cependant, les réserves du Hezbollah tenant à l’éventualité de fuites par satellite des informations recueillies par les caméras : hypothèse formellement écartée par le gouvernement qui raccordera le système au seul réseau téléphonique national, même s’il est évident que les équipes de surveillance devront être formées avec l’aide des pays rodés à ces techniques.
On prend acte avec satisfaction, bien sûr, de la décision de la Résistance islamique d’inclure la banlieue sud, une fois qu’elle aura été reconstruite, dans la zone placée sous surveillance. On comprend aisément, de même, son obsession sécuritaire quant aux risques d’infiltrations et de récupérations américaines ou israéliennes, encore que les satellites-espions, comme tout le monde sait, pullulent dans les immensités spatiales. Ce qu’on comprend moins en revanche, ce sont les accusations d’internationalisation de la sécurité domestique lancées à un moment contre la majorité gouvernementale : laquelle serait venue, selon les ministres du Hezbollah, parachever la concession, faite aux puissances, de la terre, des airs et de la mer libanais.
Il n’est pas superflu de rappeler à ce propos que si une substantielle force onusienne stationne aujourd’hui au Liban-Sud et patrouille au large du pays, c’est pour en déloger l’ennemi israélien qui l’avait une fois de plus occupé à la faveur de la désastreuse guerre de l’été dernier. Que cette internationalisation du sol vaut tout de même mieux que l’occupation. Qu’il en va de même pour l’espace aérien livré depuis un quart de siècle au monopole d’Israël pour cause de prudente et totale absence de l’ancien allié syrien.
Et que la seule objection sérieuse à cet humiliant monopole – sérieuse car assortie d’une volonté de dissuasion antiaérienne dans le cadre de la légitime défense – aura émané du commandant français de cette même, providentielle... et très internationale Finul.
Issa GORAIEB
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