Le scandale sexuel qui fragilise la mainmise républicaine sur le Congrès américain place également dans une position très délicate les homosexuels travaillant pour le parti du président Bush, de plus en plus rejetés par l’aile la plus conservatrice du parti.
La démission fracassante le 29 septembre de Mark Foley, un républicain homosexuel qui avait échangé des messages électroniques scabreux avec de jeunes lycéens travaillant au Congrès, a fait des ravages dans cette discrète communauté. Patrick Sammon, qui dirige l’association des Log Cabin Republicans, assure que les homosexuels « se sentent assiégés, à la fois en tant que gays ou lesbiennes, et en tant que républicains » depuis cette affaire. Les Log Cabin Republicans forment un groupe de militants homosexuels favorables à la politique économiquement libérale, et dure en matière de politique étrangère, des républicains, tout en défendant des positions progressistes sur les sujets de société. « Comme on pouvait s’y attendre, les groupes homophobes exploitent cette horrible histoire pour (...) essayer de marquer des points », regrette M. Sammon, qui estime que l’homosexualité de M. Foley n’a rien à voir avec ce qu’on lui reproche officiellement, à savoir des relations avec des jeunes sous la responsabilité du Congrès. « Si M. Foley a violé la loi, il doit être poursuivi. Son orientation sexuelle n’a rien à voir avec cette histoire », assure M. Sammon.
Homosexualité n’est pas pédophilie
Eric Johnson, directeur de cabinet d’un parlementaire revendiquant son homosexualité, regrette également que l’homosexualité de M. Foley n’ait été révélée qu’à l’occasion du scandale. « Quand il a fait des révélations (sur ses relations avec des mineurs), il est difficile d’éviter que les gens assimilent (l’homosexualité) à la pédophilie », a déclaré M. Johnson au journal Florida Sun-Sentinel. Alors même que, en fait, « ce n’est pas vrai » que les deux comportements soient synonymes. Mais face à la droite chrétienne, ce genre d’arguments a du mal à s’imposer.
Ainsi l’organisation Family Research Council a fait valoir que le scandale était le résultat de la trop grande tolérance régnant parmi les républicains. « Le scandale Foley montre ce qui arrive quand le politiquement correct passe devant la protection des enfants », a déclaré son président Tony Perkins. Cette organisation est particulièrement dure envers l’état-major républicain du Congrès : « Ils ont écarté ou minimisé les premières informations sur le comportement de Foley, probablement parce qu’ils ne voulaient pas avoir l’air homophobes », s’est indigné le Family Research Council dans un communiqué.
En dépit de sa proximité avec la droite chrétienne, cultivée avec soin par l’Administration Bush, le Parti républicain compte une minorité d’homosexuels occupant des fonctions stratégiques dans le parti. Le représentant Jim Kolbe, qui abandonnera son siège de l’Arizona à la fin de l’année après 22 ans à la Chambre, est le seul parlementaire républicain à avoir reconnu son homosexualité (hormis Mark Foley, qui ne s’est révélé qu’après sa démission). Mais plusieurs dizaines d’assistants parlementaires haut placés, attachés de presse, employés de la Maison-Blanche etc. jouent un rôle stratégique dans le parti sans chercher à faire connaître leur homosexualité. Plusieurs médias ont affirmé que les noms de ces homosexuels étaient consignés dans une liste circulant dans les organisations de la droite chrétienne.
Stephanie GRIFFITH (AFP)
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