Rechercher
Rechercher

Actualités - Analyse

ANALYSE De l’opportunité économique d’un gouvernement d’union nationale

Les appels à former un gouvernement d’union nationale se multiplient. Comment se traduirait économiquement un tel événement ? Au Liban, comme ailleurs, la situation économique ne peut pas longtemps évoluer en dehors du contexte politique. Ces dernières années, à l’ombre d’une trompeuse stabilité politique, le pays s’est frénétiquement mis à se reconstruire, avant de se réveiller un fameux 12 juillet. Finalement, tant bien que mal, l’économie libanaise aura survécu à l’offensive israélienne. Elle se relèvera sans doute, encore une fois. Mais jusqu’à quand faudra-t-il s’endetter pour reconstruire ? Pendant toutes ces années d’équilibrisme politique pour tenter de préserver un semblant d’État libanais, piloté par le régime syrien, aucune pierre n’a été posée pour construire réellement l’avenir économique du pays. Des infrastructures ont été érigées, des routes, un nouvel aéroport, un centre-ville flambant neuf, le tout pour attirer les touristes. Mais aucune réforme n’a été entreprise pour relancer la demande intérieure, améliorer le climat des affaires et permettre à l’esprit d’entreprendre des Libanais de se développer à l’intérieur des frontières. Aucune mesure n’a été prise pour assainir les comptes publics, pour envisager un désendettement. Raison invoquée : le blocage à la tête de l’Exécutif qui empêche toute tentative de réformes. Puis les Syriens sont partis, faisant souffler un nouvel élan d’espoir. Des promesses de réformes ont poussé les Libanais expatriés, et les Arabes dopés par le prix du brut, à croire à nouveau dans le pays. Une frénésie d’investissement en vue d’une saison touristique exceptionnelle, en attendant des réformes imminentes, dans le cadre d’une conférence d’aide internationale, tout aussi imminente. Mais dix mois durant, les réformes sont restées un concept. Même raison invoquée : les blocages à la tête de l’Exécutif, malgré une majorité parlementaire. Ensuite, après une guerre meurtrière qui a vu émerger, le temps d’une illusion, un semblant d’unité nationale, retour à la case départ. Les tiraillements politiques, en veilleuse pendant 34 jours, ont refait surface, encore plus intenses. Or, au besoin de réformer l’économie est venue s’ajouter après la guerre la nécessité de restaurer la confiance dans le pays. Redonner confiance à la communauté internationale pour qu’elle injecte des fonds, aux investisseurs étrangers, aux Libanais expatriés et aux Libanais de l’intérieur, qui constituent la principale richesse du pays, pour leur donner la force de reconstruire, plutôt que de s’expatrier. C’est à ce moment qu’émerge l’idée d’un cabinet d’union nationale. Mais les organismes économiques voient un éventuel changement de gouvernement d’un mauvais œil, estimant qu’il s’agit d’un signal négatif envers les investisseurs, qui attendent plutôt une stabilité et une continuité politiques. Aussi, une source estime que l’équipe économique du gouvernement, précisément le ministre de l’Économie, Sami Haddad, et le ministre des Finances, Jihad Azour, de par leur parcours professionnel au sein d’institutions internationales, ont un « bon contact » avec les éventuels donateurs, notamment avec la Banque mondiale et le FMI, appelés à jouer un rôle crucial à la conférence de Beyrouth. Leur participation au gouvernement constituerait une sorte de garantie de la poursuite des projets qui seront décidés à cette conférence : « Ce serait une catastrophe s’ils étaient remplacés par des politiques nommés simplement pour représenter un camp, comme cela a été le cas dans différents gouvernements », estime cette source. Et au-delà du problème de confiance, reste celui des réformes. Avant la guerre, les donateurs internationaux conditionnaient l’octroi de fonds par la mise en œuvre d’un programme global de réformes. Depuis, ils feraient preuve d’un peu plus de flexibilité. Selon certaines sources, la communauté internationale aurait pris conscience des fameux « blocages » à la tête de l’Exécutif et tolérerait des réformes partielles, en attendant le « déblocage » politique, soit la nouvelle élection présidentielle. Mais au fond, les réformes ne sont pas plus une exigence internationale pour obtenir des fonds qu’elles ne sont dans l’intérêt du pays. Plus que jamais, il est nécessaire de mettre en œuvre ces réformes pour que la reconstruction puisse cette fois jeter les bases d’une croissance saine et durable. Or ces réformes avaient déjà du mal à voir le jour avec un gouvernement issu de la majorité parlementaire. Aujourd’hui, ceux qui réclament un gouvernement d’union nationale réclament en prime une minorité de blocage. Le terme est bien choisi, puisque au lieu d’avoir un blocage à la tête de l’Exécutif, c’est son corps entier qui serait bloqué, faute d’accord. Il faudra trouver un consensus sur la moindre mesure à prendre, sachant qu’une partie des réformes attendues est par essence impopulaire. Alors, une démocratie consensuelle, où tous les partis sont représentés, oui, mais que l’incapacité de réformer en soit le prix à payer, non. Sahar AL-ATTAR

Les appels à former un gouvernement d’union nationale se multiplient. Comment se traduirait économiquement un tel événement ? Au Liban, comme ailleurs, la situation économique ne peut pas longtemps évoluer en dehors du contexte politique.
Ces dernières années, à l’ombre d’une trompeuse stabilité politique, le pays s’est frénétiquement mis à se reconstruire, avant de se réveiller un fameux 12 juillet. Finalement, tant bien que mal, l’économie libanaise aura survécu à l’offensive israélienne. Elle se relèvera sans doute, encore une fois. Mais jusqu’à quand faudra-t-il s’endetter pour reconstruire ?
Pendant toutes ces années d’équilibrisme politique pour tenter de préserver un semblant d’État libanais, piloté par le régime syrien, aucune pierre n’a été posée pour construire réellement...