Désormais nous parlons plus bas, sans les mains, sans grand-chose à se dire. Notre démarche est avachie, le front est incliné, le souffle suspendu, le cœur est lourd. Le cœur n’y est plus. Dans les sphères où l’on se dispute le droit de nous gouverner, où l’on s’arrache le pouvoir, où l’on brigue les retombées financières d’un marché qui fait encore semblant d’exister, quelqu’un voit-il que le peuple est en panne ? Que sans notre adhésion, sans notre enthousiasme, sans notre confiance, sans notre désir, les rois sont nus, les gouvernements sont fantômes, les campagnes désertes et les villes mortes ? Dans les manchettes de ce matin vous trouverez un nouvel épisode du feuilleton de leurs disputes, un nouvel acte de la comédie C’est moi qui ai raison, ou de la tragédie Il a eu tort. Ils n’ont pourtant qu’à faire quelques pas dans la rue pour entendre le public siffler la performance. De manifestation en festival oratoire, c’est pourtant la même banderole qui flotte devant leurs yeux. Ils doivent pouvoir la lire. De quelque bord que nous soyons et où que se trouvent nos sympathies, elle dit simplement « Nous sommes las ». Elle dit que nous cherchons le chemin de la délivrance, la trouée de ciel bleu, la porte au fond de l’impasse. Nous cherchons à l’aveugle, dans le désordre, en nous heurtant les uns aux autres, sans savoir quel guide suivre ni lequel nous mènera sur la bonne voie, lequel droit dans le mur. On nous dira qu’un peuple a les dirigeants qu’il mérite. On nous le dira comme on accuse une fille violée d’avoir séduit son violeur.
Comment font les autres, ailleurs ? Comment font-ils pour être égaux en droits et en devoirs sans être, comme nous, condamnés à s’aimer ou à s’entre-tuer sinon rien ? Notre terre est douce pourtant, et généreuse. Elle l’a montré parfois. Ce pays… disent nos compatriotes dans les avions qui les ramènent de Londres, de Paris, de New York ou de Dubaï. Quoi, ce pays ? Tant de fois perdu et tant de fois retrouvé, tant de fois millénaire et qui se cherche encore, vomi par les uns, convoité jusqu’à la rage par d’autres, ce pays nous colle à la peau, aux viscères, et à l’âme. Il nous ouvre tous les horizons et nous prive d’avenir. Il est le nid qui nous rejette, à peine nos ailes prêtes à l’envol. Il nous apprend lentement l’incertitude. Il nous couvre de lait et de miel, de sources pures et de couchants rosés, mais cette barbe à papa est une glu dont nous avons hâte de nous défaire. Il nous repousse et il nous retient. Il nous chasse et il nous attend. Ce pays est pour toujours la nostalgie d’un pays.
Fifi ABOU DIB
Désormais nous parlons plus bas, sans les mains, sans grand-chose à se dire. Notre démarche est avachie, le front est incliné, le souffle suspendu, le cœur est lourd. Le cœur n’y est plus. Dans les sphères où l’on se dispute le droit de nous gouverner, où l’on s’arrache le pouvoir, où l’on brigue les retombées financières d’un marché qui fait encore semblant d’exister, quelqu’un voit-il que le peuple est en panne ? Que sans notre adhésion, sans notre enthousiasme, sans notre confiance, sans notre désir, les rois sont nus, les gouvernements sont fantômes, les campagnes désertes et les villes mortes ? Dans les manchettes de ce matin vous trouverez un nouvel épisode du feuilleton de leurs disputes, un nouvel acte de la comédie C’est moi qui ai raison, ou de la tragédie Il a eu tort. Ils n’ont pourtant...
Iran - USA - Liban : tout peut changer en quelques heures.
Restez informés pour seulement 10 $/mois au lieu de 21.5 $, pendant 1 an.
Abonnez-vous pour 1$ et accédez à une information indépendante.
Dans votre abonnement numérique : la version PDF du quotidien L’Orient-Le Jour, des newsletters réservées aux abonnés ainsi qu'un accès illimité à 3 médias en ligne : L’Orient-Le Jour, L’Orient Today et L’Orient Littéraire.