Certains estiment que la guerre de juillet aura été la dernière confrontation libano-israélienne. Le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, est lui-même de cet avis. Sans aller jusqu’à prédire, comme d’autres, la reprise des négociations de paix régionales, souhaitée dans la 1701, qui se réfère aux 242, 338 et 1515. Si, malgré les contradictions israéliennes, le processus devait aboutir, l’armement du Hezbollah n’aurait plus de raison d’être. Surtout après la libération de Chebaa. Car il ne servirait plus alors qu’à entretenir, par l’intimidation directe ou indirecte, le déséquilibre et la crise sur la scène politique locale. Du fait qu’une partie armée (alors que les autres ne le sont pas) chercherait naturellement à imposer sa volonté, ses décisions et ses choix en formant un État dans l’État.
En tout cas, Nasrallah affirme que l’armement ne restera pas éternellement, soulignant cependant que pour l’abolir, il faut d’abord traiter les causes de sa présence. Parmi ces raisons, Chebaa, l’échange de prisonniers, mais aussi, selon lui, l’existence d’un État fort qui protégerait toutes les parties libanaises. S’il se confirme que la guerre de juillet est la dernière des guerres, le Hezbollah aurait validé le droit de soutenir que les résultats obtenus auraient porté à convaincre les Israéliens qu’ils ne peuvent vivre en sécurité en recourant à la force. Et que les lourds sacrifices consentis par le pays en valaient finalement la peine. Mais ces mêmes résultats font que pour la première fois depuis trente ans, l’armée libanaise peut se déployer à la frontière. Il reste que pour certifier qu’il n’y aura plus de guerre, il faut lancer avec force le chantier de la reconstruction et mener à bien le programme de réformes en allégeant la dette publique.
Cependant, beaucoup soutiennent que rien ne permet d’affirmer qu’il n’y aura plus de guerre libano-israélienne. Les Libanais ne veulent pas trop y penser, en général, mais restent certainement inquiets. De leur côté, les investisseurs ne se sentent pas encore vraiment encouragés.
Les tenants de cette thèse pessimiste, paraphrasant en quelque sorte de Gaulle, disent que le Hezbollah a sans doute gagné une bataille, mais pas une guerre qui n’a pas encore pris fin, selon eux. Ils ajoutent que cette victoire partielle aura été extrêmement coûteuse, sans même apporter la certitude qu’il n’y aurait plus de désastre humain et économique, sans compter le militaire ou le politique. La Russie, l’URSS plutôt, a perdu face à l’Allemagne cinq millions d’hommes, mais au moins elle avait fini par vaincre vraiment. Ce qui, toujours selon ces sources, n’est pas le cas du Liban qui aura sacrifié sans gagner. Si, par malheur, leurs vues devaient s’avérer exactes, le Hezbollah aura eu bien tort de revendiquer la victoire. D’autant que la bataille qu’il peut quand même prétendre avoir remportée aura coûté au Liban 1 256 victimes, quelque 4 000 blessés, un million de déplacés, 200 000 nouveaux émigrés, sans compter les routes, les secteurs et les ponts détruits, une ardoise qui se chiffre par milliards de dollars. Sans compter également que le Hezbollah a été écarté d’une zone d’où il pouvait prendre toutes les initiatives qu’il voulait. Alors qu’un surcroît de villages libanais se trouvent maintenant occupés. De plus, la guerre a eu pour conclusion une 1701 favorable à l’État libanais en tant que tel, mais ordonnant par contre le désarmement du Hezbollah. Qui refuse, d’où la persistance de l’incertitude quant à la guerre.
Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats