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Actualités - Opinion

Le droit à la différence, ou l’exemple de Paris et de Berlin

Paris la Ville-Lumière, que certains considèrent comme étant la capitale du monde, et Berlin, mythique capitale d’une Allemagne réunifiée, ont toutes les deux des maires homosexuels, avec le libre assentiment de leurs administrés. Le tandem franco-allemand, que tous les politologues considèrent comme étant le moteur de cette Europe prospère et libre qui fait rêver tant de pauvres hères (entre autres ces pitoyables clandestins qui payent parfois de leur vie la possibilité d’aborder ces rives hospitalières), a donc deux capitales qui, de l’aveu de la plupart de leurs riverains, sont parfaitement gérées. Et les observateurs, quand ils dressent le bilan de la gestion de ces deux villes uniques, ne pensent pas à faire la moindre allusion aux penchants des deux maires, allusion positive ou négative. On souligne la maestria de Klaus Wowereit à obtenir pour sa ville qu’elle soit choisie pour les derniers Jeux olympiques et le parfait déroulement de ces jeux, malgré l’énorme complexité du défi. Notons en contrepartie le pactole financier et le prestige qui ont rejailli sur Berlin grâce aux efforts inlassables de Klaus Wowereit pour imposer sa ville. Quant à Bertrand Delanoë, il a pris pour Paris des initiatives dont la créativité laisse rêveur. Citons pour exemple les fameuses « Nuits blanches » qui ont donné à Paris un aspect nocturne festif et convivial qu’elle n’avait jamais connu auparavant (Delanoë faillit y laisser sa vie, poignardé par un désaxé. Ce sont les risques que l’on court quand on prend des initiatives innovantes, mais cela ne l’a pas arrêté). Citons aussi « Paris-Plage » qu’envisagent de copier plusieurs capitales de par le monde. Ces deux hommes ont par ailleurs pris l’initiative d’afficher publiquement leurs préférences sexuelles, ce qui, même dans un pays évolué, demande quelque courage. Mais on ne pense jamais, pour le meilleur ou pour le pire, à amalgamer la gestion de ces deux hommes et leurs penchants personnels. Ce sont deux dossiers complètement distincts : la vie privée des gens ne regarde qu’eux. Et si un jour l’un des deux venait à essuyer des critiques, ce serait en raison d’un faux pas ou d’une négligence professionnelle et personne ne penserait à forcer le trait en rappelant leurs penchants. Combien nous voudrions que les choses soient pareilles au Liban, où les malheureux qui ont eu, hasard ou erreur d’aiguillage, la malchance d’être homosexuels seront stigmatisés dans tous les aspects de leur vie privée, sociale, professionnelle. Ça va du chuchotement malveillant dans votre dos, qui sape votre moral, au tabassage, au changement forcé de domicile et parfois même jusqu’à l’assassinat pur et simple. Bertrand Delanoë, qui a été il y a quelques jours l’hôte du Liban pour manifester sa compassion avec cette ville crucifiée, a été reçu avec tous les égards par les plus hautes instances politiques et religieuses, alors même que tout le monde est forcément au courant de ses penchants. Personne n’a refusé de lui serrer la main. Il a eu lui-même pour nous des mots très dignes et très humains. Rêvons un moment : nous aurions tellement voulu que Bertrand Delanoë, lors de ses rencontres avec les instances religieuses dont l’influence pèse lourd, si lourd, sur les mentalités au Liban, ait glissé quelques phrases où il leur assure que les homosexuels ne sont pas des pestiférés mais des gens comme les autres, comme lui. Il y a autant de gens talentueux et de gens médiocres chez les homosexuels que chez les autres. Il y a quelque temps, Mme Scarlett Haddad donnait anonymement, dans L’Orient-Le Jour, la parole à un magistrat qui disait : « En Occident, la loi les autorise à se marier et ici elle les met en prison. » Il y a quelque chose qui ne va pas. Je souhaiterais qu’un groupe de députés déterminés et modernistes dépose un projet de loi pour abolir l’article 534 du Code pénal qui condamne à un an de prison les homosexuels. Les sociologues, les investisseurs, etc., mesurent le degré de civilisation d’une société au sort qu’elle réserve aux minorités. Essayons de promouvoir la face tolérante du Liban, essayons plus prosaïquement d’attirer les investisseurs, les consommateurs. Essayons de devenir un pays civilisé. Ziad HOURI

Paris la Ville-Lumière, que certains considèrent comme étant la capitale du monde, et Berlin, mythique capitale d’une Allemagne réunifiée, ont toutes les deux des maires homosexuels, avec le libre assentiment de leurs administrés. Le tandem franco-allemand, que tous les politologues considèrent comme étant le moteur de cette Europe prospère et libre qui fait rêver tant de pauvres hères (entre autres ces pitoyables clandestins qui payent parfois de leur vie la possibilité d’aborder ces rives hospitalières), a donc deux capitales qui, de l’aveu de la plupart de leurs riverains, sont parfaitement gérées. Et les observateurs, quand ils dressent le bilan de la gestion de ces deux villes uniques, ne pensent pas à faire la moindre allusion aux penchants des deux maires, allusion positive ou négative. On souligne la...