Il est évident que l’influence iranienne dans les affaires libanaises prend de l’ampleur à tous les niveaux et dans tous les domaines à travers le support que fournit la République islamique d’Iran au parti libanais Hezbollah, qui représente une tranche importante de la communauté chiite au Liban.
Cette ingérence iranienne au Liban ébranle les deux éléments essentiels qui constituent la colonne vertébrale de l’entité libanaise depuis la formation du Liban dans l’histoire moderne, au temps de l’émirat maaniste, jusqu’à la consécration de ces deux éléments dans le Pacte national, pacte non-écrit à la base même de la formation de la République de l’indépendance en 1943.
Ces deux éléments essentiels sont :
– Premièrement, la volonté de vivre en commun des familles spirituelles, chrétiennes et musulmanes, qui constituent la patrie
libanaise.
– Deuxièmement, le refus de toute ingérence extérieure dans les affaires internes libanaises et dans sa politique et ses relations extérieures.
Si la présence de ces deux éléments est considérée comme une évidence dans la formation des patries en général, au Liban elle prend une dimension essentielle sinon existentielle à cause de la constitution géopolitique de la patrie libanaise basée sur la réunion de plusieurs communautés, chacune se considérant comme étant une nation en soi ou faisant partie d’une grande nation.
Bien que l’on puisse constater la volonté de vivre en commun des familles spirituelles libanaises durant la plupart des étapes historiques qu’a traversées le Liban dans son histoire moderne, nous ne pouvons – nous Libanais – nous vanter d’avoir refusé constamment les tentatives des autres États d’exercer leur influence et de s’ingérer dans nos affaires internes et dans notre politique extérieure.
Ces ingérences ont débuté au Liban dès l’époque de l’émirat maaniste (1516-1697) et de l’émirat chehabiste (1697-1842), pour continuer durant les régimes du « kaymakamat » (1842-1858) et du « moutassarifia » (1860-1918) avant de s’illustrer enfin dans l’institution du mandat français qui dura jusqu’en 1943, date de l’indépendance du Liban.
Après une période de stabilité et à cause de la création de l’État d’Israël sur la terre de Palestine, en 1948, les ingérences extérieures reprirent avec vigueur. À la suite de la défaite des États arabes lors de la guerre de juin 1967, de l’ascension fulgurante de la Résistance palestinienne et de son entrée en force au Liban après les événements de septembre 1970 en Jordanie, les sunnites du Liban estimèrent – ainsi que le chef druze Kamal Joumblatt, à la tête du Mouvement national – que l’Organisation de la libération de la Palestine pourrait soutenir leurs revendications. Cela poussa les partis chrétiens, durant la guerre de 1975-1976, à accepter l’aide du « diable » israélien dans leur combat contre les Palestiniens. Par la suite, ces mêmes partis accueillirent favorablement l’intervention militaire syrienne qui arrêta les combats au Liban et les chrétiens purent conserver leurs positions au sein de l’État libanais et dans la vie politique libanaise. Mais le régime syrien, à travers ses pratiques au Liban, porta atteinte à la souveraineté nationale, ce qui dressa les partis chrétiens contre lui. Ce fut la bataille d’Achrafieh en 1978 puis la bataille de Zahlé en 1981, jusqu’à l’invasion israélienne du Liban en 1982.
Toutefois, les chrétiens surent les premiers refuser désormais toute ingérence extérieure dans les affaires internes du Liban. Il en fut de même dans l’autre camp, qui devait rejeter la tutelle syrienne, notamment après l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Ce fut alors la manifestation du 14 mars 2005, qui aboutit au retrait de l’armée syrienne du Liban le 26 avril 2005.
Néanmoins, les chiites, dans leur majorité, persistent toujours dans leur alliance avec le régime syrien et avec la République islamique d’Iran qui se manifesta clairement lors de la guerre de juillet-août. Dès lors, il y aurait lieu de se demander s’il ne serait pas plus logique pour eux d’imiter leurs frères chrétiens, sunnites et druzes et de refuser toute ingérence extérieure dans les affaires du pays.
S’il a été dit que l’histoire se répète perpétuellement parce que la géographie est toujours la même, elle l’est aussi parce que les hommes ne changent pas.
Mounir RIZK
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