Les investisseurs qui profitaient jusqu’ici pleinement de la plus forte croissance économique mondiale en plusieurs décennies se retrouvent aujourd’hui contraints de décider si cette période faste va bientôt s’achever, et si oui, avec quel degré d’intensité.
Une chose fait l’unanimité : l’économie est à un tournant. Mais les marchés peinent à déterminer s’il s’agit d’un ralentissement de milieu de cycle ou de la fin plus brutale d’un cycle, un sentiment d’incertitude que reflète leur forte volatilité.
Les marchés obligataires, par exemple, semblent se préparer à un refroidissement de l’activité. Les taux d’intérêt montent dans la zone euro, au Japon et au Royaume-Uni, ce qui devrait normalement faire baisser la demande pour les emprunts. Au contraire, les traders achètent des fonds d’État depuis deux mois, ce qui pèse sur les rendements.
Les gérants d’actions paraissent moins inquiets. Les marchés boursiers progressent régulièrement, portés par les fusions-acquisitions et les perspectives d’une forte croissance des bénéfices.
L’indice mondial MSCI n’est qu’à 4 % environ de son plus haut historique atteint en mai, juste avant qu’une correction sur l’ensemble des places n’efface près de 13 % de capitalisation boursière.
Les cambistes, quant à eux, prennent des risques. Les données du groupe de gestion State Street montrent que la stratégie classique appliquée en phase de ralentissement, qui consiste à acheter les devises soutenues par les meilleures balances des paiements courants et à vendre les monnaies plombées par de forts déficits, aurait perdu 150 points de base au cours de la semaine écoulée.
« Le marché des devises ignore totalement le scénario alarmiste », en conclut State Street.
Période piège
Les tournants économiques sont toujours délicats à négocier pour les investisseurs, parce qu’ils apportent leur lot de scénarios contradictoires.
Par exemple, la récente chute du prix des matières premières a pu être interprétée comme un signal baissier de ralentissement de la croissance. Mais elle peut aussi adresser des signaux haussiers, car elle représente un répit pour les entreprises et les consommateurs. De la même façon, un net ralentissement de la croissance de l’économie américaine pourrait affecter le dollar en orientant les taux d’intérêt à la baisse. Mais en se répercutant aux autres économies, ce ralentissement pourrait inciter aussi à acheter du dollar en tant que valeur refuge. Un retournement à la baisse de la croissance, voire une récession, peut aussi permettre de corriger les déséquilibres des comptes extérieurs, les déficits des comptes courants, par exemple, ce que ne fait pas un simple fléchissement de la croissance. « C’est une période piège », résume John Ip, économiste à Morley Fund Management.
La clé de l’évolution future des marchés boursiers réside selon lui dans l’ampleur du ralentissement de l’économie américaine. S’il n’est guère prononcé, les marchés d’actions comme d’obligations devraient bien s’en sortir. Dans le cas contraire, il faudra se réfugier sur le marché obligataire.
La conjoncture aux États-Unis aura aussi un impact sur la capacité des autres grandes économies – Japon, zone euro – à se « découpler », à continuer leur progression sans égard pour la situation de la première puissance économique mondiale.
Cette incertitude accroît les divergences dans les anticipations des investisseurs. Le britannique Threadneedle Investments est ainsi haussier sur les actions et négatif sur les obligations, alors que le français Axa Investment Managers est récemment passé à surpondérer sur les obligations et à neutre sur les actions.
Logique
En fouillant un peu cependant, les comportements récents des marchés dénotent une certaine forme de logique.
La hausse des taux d’intérêt en Europe et au Japon devrait certes peser sur la demande d’obligations, mais l’anticipation d’un ralentissement éloigne en même temps l’hypothèse d’un cycle de hausse des taux très prolongé.
De la même façon, les gains importants enregistrés par les marchés boursiers font apparaître une attitude plus prudente qu’il n’y paraît au premier abord. Les données les plus récentes de State Street montrent en effet que les achats se portent sur les produits de consommation, les services aux collectivités, les produits pharmaceutiques ou l’alimentation, les boissons et le tabac, signes d’un investissement défensif.
« Les marchés, souligne le gérant de fortune BSI dans une note à ses clients, sont actuellement en train de se positionner pour se protéger de toute surprise économique négative. »
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les investisseurs qui profitaient jusqu’ici pleinement de la plus forte croissance économique mondiale en plusieurs décennies se retrouvent aujourd’hui contraints de décider si cette période faste va bientôt s’achever, et si oui, avec quel degré d’intensité.
Une chose fait l’unanimité : l’économie est à un tournant. Mais les marchés peinent à déterminer s’il s’agit d’un ralentissement de milieu de cycle ou de la fin plus brutale d’un cycle, un sentiment d’incertitude que reflète leur forte volatilité.
Les marchés obligataires, par exemple, semblent se préparer à un refroidissement de l’activité. Les taux d’intérêt montent dans la zone euro, au Japon et au Royaume-Uni, ce qui devrait normalement faire baisser la demande pour les emprunts. Au contraire, les traders achètent des fonds...