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Actualités - Opinion

Liban et Palestine: l’Occident, hémiplégique de cœur et d’esprit

Apparaît une nouvelle fois, avec la guerre du Liban, la pusillanimité des gouvernements européens (à la notable exception française) et de l’Europe en tant que telle. Ainsi que le silence assourdissant des avocats autoproclamés des droits de l’homme sur les crimes de guerre d’Israël, pourtant relevés par Amnesty International. Et la dissymétrie dans le traitement médiatique des drames qui se déroulent au Proche-Orient. Quelques exemples: Le droit à la sécurité de l’État hébreu est constamment invoqué et sanctifié (et toute riposte a priori légitimée). Mais jamais celui de ses voisins palestiniens et libanais! Ainsi, «l’enlèvement» de trois de ses soldats – ou plutôt la capture, puisque deux d’entre eux opéraient en territoire occupé dans les fermes de Chebaa –, va justifier la dévastation du petit Liban, mais le rapt de dizaines de députés palestiniens, dont le président du Parlement, Aziz Dweik, et de plusieurs ministres, y compris le vice-Premier d’entre eux, Nasser Shaer, samedi 19 août, est parfaitement négligeable (notons le double langage des médias français: les élus palestiniens sont «arrêtés», chez eux, sur leur sol, tels de vulgaires malfaiteurs; les soldats de Tsahal, en territoire ennemi, sont «enlevés»). La détention de 3 soldats de Tsahal constitue un scandale planétaire, mais celle de 10000 Arabes croupissant dans les geôles israéliennes, dont 900 enfants pour crime de jets de pierres contre des tanks, n’est même pas mentionnée. Anodins sans doute les assassinats plus ou moins «ciblés» contre les dirigeants de l’OLP, du Hamas (le cheikh grabataire Yassine) et du Hezbollah (le prédécesseur de Hassan Nasrallah, en 1992, et son propre fils), d’ailleurs revendiqués haut et fort par les Israéliens. Ehoud Olmert, le 16 août dernier, confirme sa volonté de liquider les chefs du Hezbollah: «Nous continuerons à les poursuivre en tout lieu et à tout moment. C’est une obligation morale envers nous-mêmes, et nous n’avons pas l’intention de nous en excuser ou de demander la permission à qui que ce soit.» Que l’on sache pourtant, le meurtre du dirigeant israélien Yitzhak Rabin a été perpétré par un fanatique juif, non par un terroriste arabe. Les tirs de roquettes par-delà les frontières du Liban-Sud et de Gaza à juste titre stigmatisés; mais les incessantes violations de l’espace aérien par Israël, ses incursions dévastatrices de chars et de bulldozers parfaitement admises.Tout comme l’imposition de blocus à ses voisins, la transformation de Gaza en un invivable bantoustan et l’érection d’un mur de béton et de haine. Des résolutions de l’ONU, seules comptent les stipulations favorables à l’État hébreu, évoquant le désarmement du Hezbollah; mais nulles et non avenues toutes celles qui exigent le retrait des territoires occupés, voire annexés depuis 1967, en particulier la 242 du Conseil de sécurité (retrait de Cisjordanie, du Golan, de Jérusalem-Est, le droit au retour, etc.) Scandaleux l’acheminement d’armes en provenance de l’Iran et de la Syrie; mais absolument naturel l’envoi massif via l’Écosse notamment de bombes US afin qu’Israël puisse satisfaire sa frénésie «bombardière» et ne se trouve pas en manque, de bombes à fragmentation par exemple. Aux dires de ses dirigeants, Israël, «villa au milieu de la jungle» (Ehoud Barak), participe au combat du «monde civilisé» «occidental» contre «l’obscurantisme oriental» et s’inscrit dans cette lutte contre le terrorisme en s’efforçant d’écraser le Hezbollah. Encouragé par le grand simplificateur qui prétend éteindre les braises du fanatisme en soufflant dessus, ainsi en Irak et en Afghanistan, l’État juif se présente comme le champion contre l’axe du mal au Liban. Les modalités et le bilan de la guerre qu’il y a menée en fournissent une éloquente démonstration: 1200 civils tués officiellement recensés à ce jour – dont un tiers d’enfants – sans préjudice de ceux restés prisonniers des décombres et des victimes à venir en raison des 10% des 130000 tonnes de bombes non explosées et des milliers de mines antipersonnel, dont certaines, raffinement suprême, en forme de jouets! Villages rasés, 30000 bâtiments (même des églises!) écrabouillés, 80 ponts détruits, 600 kilomètres de route gravement endommagés, réseaux électriques et aquifères pilonnés, cuves éventrées provoquant une terrible marée noire de plus de 10000 mètres cubes de mazout à la mer. Un million de personnes condamnées à l’exode – le quart de la population. Avec d’aussi brillants résultats, on comprend que Condoleezza Rice ait du mal à contenir son enthousiasme et parle de «chaos créateur». D’ailleurs, l’Europe paiera! Aphone peut-être pendant la mise en charpie du Liban – soyons justes, Javier Solana, après le massacre de Cana, a quand même exprimé, en son nom, «sa lourde peine» – mais gageons qu’elle restera assez bonne fille pour payer une bonne partie des 4 milliards de dollars que coûteront les réparations, selon les estimations du gouvernement libanais. Et pour ceux qu’étonneraient un tel acharnement sur les objectifs civils, il suffit d’écouter son maître d’œuvre. Après sa promotion comme chef d’état-major de Tsahal, le général Dan Haloutz, qui s’était fait connaître en 2003 en qualifiant de «traîtres» 27 pilotes de chasse annonçant leur refus de bombarder des zones habitées en territoire palestinien, avait promis de «ramener le Liban 20 ans en arrière». Il s’agissait en somme d’une petite punition collective «pour montrer ce qu’il en coûte d’attaquer Israël». Pour autant, le bilan humain n’est pas mince pour Israël, qui déplore 156 tués, 117 soldats et 39 civils. Cette guerre a fait apparaître, qu’en dépit d’une suprématie en matière de technologie militaire et du monopole dans les airs et sur mer, des ennemis déterminés pouvaient lui infliger des dommages redoutables. Alors jusqu’à quand le peuple israélien et ses dirigeants, accompagnés par de faux amis «qui les poussent vers l’abîme», n’auront foi qu’en la vertu des bombes? Jusqu’à quand ils éluderont le conseil de leur général Uri Saguy, ex-chef des renseignements militaires , à savoir «la nécessité de rechercher un accord politique régional» au lieu de suivre «ceux qui ont une vision binaire, qui divisent le monde entre bons et méchants, ne savent que semer la guerre et la déstabilisation dans la région», et pour reprendre la question que leur adresse la romancière libanaise Dominique Eddé: «En quoi cette vision de soi sans l’autre est-elle une manière d’affronter la réalité et de protéger votre avenir?» Jacques CHAMBOUX
Apparaît une nouvelle fois, avec la guerre du Liban, la pusillanimité des gouvernements européens (à la notable exception française) et de l’Europe en tant que telle. Ainsi que le silence assourdissant des avocats autoproclamés des droits de l’homme sur les crimes de guerre d’Israël, pourtant relevés par Amnesty International. Et la dissymétrie dans le traitement médiatique des drames qui se déroulent au Proche-Orient. Quelques exemples:
Le droit à la sécurité de l’État hébreu est constamment invoqué et sanctifié (et toute riposte a priori légitimée). Mais jamais celui de ses voisins palestiniens et libanais!
Ainsi, «l’enlèvement» de trois de ses soldats – ou plutôt la capture, puisque deux d’entre eux opéraient en territoire occupé dans les fermes de Chebaa –, va justifier la dévastation du...