En prenant l’initiative du sit-in de protestation contre le blocus israélien imposé au Liban, comme il avait pris celle de convoquer les principaux leaders à une conférence nationale de dialogue, le président de la Chambre, Nabih Berry, a donné une fois de plus une leçon magistrale à la classe politique libanaise. Ce dinosaure de la politique, présent dans le paysage depuis le début de la guerre civile, mais plus particulièrement depuis la disparition de l’imam Moussa Sadr à la fin des années 70, a su être de tous les régimes et de toutes les époques.
D’abord simple avocat puis membre du mouvement Amal, il a gravi progressivement les échelons au sein du mouvement pour en devenir le chef après avoir évincé l’ancien président de la Chambre Hussein Husseini. Berry a alors revêtu sans le moindre complexe la tenue de chef de guerre, au point d’être l’un des « héros » de la fameuse intifada du 6 février 1984, lorsque la brigade chiite de l’armée, la sixième à l’époque, avait fait défection pour se rallier au mouvement Amal. Berry a d’ailleurs été un acteur dans la plupart des étapes de cette guerre et l’un des principaux partenaires de l’accord tripartite signé à Damas.
Nabih Berry était en tout cas considéré comme l’un des principaux alliés de la Syrie, et c’est ce qui lui a valu d’être élu président de la Chambre au cours de la période de l’après-Taëf, qualifiée d’ère syrienne. Principal acteur de la fameuse troïka présidentielle sous le mandat d’Élias Hraoui, Berry a participé à toutes les décisions de cette époque.
Mais à mesure que l’influence du Hezbollah grandissait au sein de la communauté chiite, certains analystes donnaient Nabih Berry pour fini, ou du moins contraint à jouer un rôle marginal.
Il a même connu une courte période de traversée du désert, après le départ de Ghazi Kanaan et la prise en charge du dossier libanais par Rustom Ghazalé. Il y a eu ainsi l’affaire du crash de l’avion de Cotonou qui l’a indirectement éclaboussé, sans compter les élections municipales de 2004 qui avaient montré une nette baisse de popularité de Berry et de son mouvement.
Contrairement à tous les pronostics, au lieu de mettre un terme à la carrière de « l’homme de la Syrie », le retrait des troupes syriennes le 26 avril 2005 a été comme une seconde naissance pour lui. Pourtant, contrairement à d’autres figures politiques, Nabih Berry ne s’est pas transformé en ennemi de son ancien protecteur. Tout en conservant ses liens étroits avec le régime syrien, il a réussi une conversion extraordinaire, devenant le principal interlocuteur de tous ceux qui ne souhaitent pas dialoguer directement avec le Hezbollah. Il est vrai qu’à ce sujet, le Hezbollah lui a grandement facilité la tâche, l’imposant pratiquement comme président du Parlement après les élections législatives de 2005 et le désignant comme l’interlocuteur privilégié des instances internationales, au nom de la communauté.
Mais si certains affirment que Berry n’est qu’une façade et que le véritable pouvoir chiite est ailleurs, il n’en demeure pas moins qu’avec son esprit d’initiative et son dynamisme, Berry a réussi à donner l’impression de tenir une grande partie des ficelles. Illusionniste ou homme-clé de la communauté chiite ? La réponse n’est pas évidente. Mais à voir Berry présider les réunions parlementaires et s’adresser aux diplomates et autres émissaires étrangers, puis affirmer s’être entendu avec le Premier ministre sur telle ou telle autre question, la balance penche vers la seconde hypothèse.
Ce qui est sûr, c’est que le fin politicien aguerri par toutes les expériences passées qu’est Nabih Berry a su tirer profit d’une conjoncture favorable : le Hezbollah avait besoin d’un homme comme lui qui puisse parler en son nom, sans avoir le côté rigide, voire rébarbatif – surtout pour les Occidentaux – de la formation. Quant aux partenaires locaux et internationaux, ils avaient aussi besoin d’un interlocuteur chiite qui ne soit pas membre du Hezbollah. Toute l’habileté de Berry a été de tirer parti de cette situation pour se donner un rôle de premier plan et devenir l’homme incontournable dans toutes les décisions. Le plus étonnant c’est qu’il parvient à défendre les thèses du Hezbollah tout en se démarquant sur certains points, comme le changement de gouvernement, pour bien montrer qu’il conserve une large marge de manœuvre. Le mystère de sa longévité ? Une grande habileté, mais aussi un pragmatisme et un dynamisme à toute épreuve.
Scarlett HADDAD
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D’abord simple avocat puis membre du mouvement Amal, il a gravi progressivement les échelons au sein du mouvement pour en devenir le chef après avoir évincé l’ancien président de la Chambre Hussein Husseini. Berry a alors revêtu sans le moindre complexe la...