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ÉCLAIRAGE L’attachement des maronites à la terre est-il en voie de disparition ?

Dans la lenteur que mettent certaines populations chrétiennes à regagner leurs villages dévastés, avant que les conditions minimales de confort, notamment l’électricité et l’eau courante, ne soient à nouveau assurées, comme dans la frénésie d’émigration qui s’est emparée de certains jeunes, des milieux maronites voient une crise de valeurs, et en particulier un affaiblissement de l’attachement des maronites à la terre. Un attachement qui, historiquement, est « une composante de l’identité maronite ». Le témoignage chrétien est aussi l’un des soucis de ces milieux, qui rappellent aux jeunes chrétiens engagés qu’ils n’ont pas été plantés au hasard dans cette partie du monde. Les milieux en question comparent volontiers les résistances au retour qu’ils ont constatées de la part de certains villageois chrétiens du Liban-Sud à l’étonnante hâte manifestée par des membres d’autres communautés. Ils parlent volontiers de « l’appel de la terre » auquel les chiites ont admirablement répondu, n’hésitant pas à trouver un abri provisoire sous une tente, en attendant que les travaux de réparation soient achevés. En écho à ces observations, le patriarche Sfeir a exhorté samedi un groupe de jeunes, qui venaient d’achever une retraite spirituelle dans la vallée de Kannoubine, à rester attachés à certaines « valeurs spirituelles et nationales ». « L’attachement à la terre est l’une des composantes de l’identité maronite », a souligné Mgr Sfeir, qui a rappelé que les patriarches maronites ont vécu dans la vallée sainte près de 400 ans durant, entre 1440 et 1823. Le patriarche s’est dit « affligé » de la « faiblesse qui pousse de nombreuses personnes à voyager, à la recherche d’un confort matériel qui n’a jamais été un but fondamental pour nous ». « Les patries ne sont pas un don gratuit, a-t-il ajouté. Nous ne pouvons y vivre dans une opulence permanente. Toutes les patries connaissent des crises et des difficultés. L’histoire, notamment l’histoire européenne, foisonne d’exemples de ce que j’avance (...) La patrie mérite qu’on lui sacrifie de choses très chères, et il est affligeant de la quitter à la moindre crise. Les crises doivent nous pousser à nous attacher encore davantage à notre terre. Cet attachement est un facteur d’unité entre tous les Libanais, qui, s’ils viennent à perdre leur patrie, seront condamnés à la dispersion. » Et de conclure : « Dieu nous a voulus ici, au Liban, en Orient, non pour être une communauté en plus, mais pour le témoignage que nous pouvons y rendre. » Parallèlement à ces exhortations, dont le prochain message annuel de l’Assemblée des patriarches et évêques maronites se fera l’écho, mercredi, les milieux ecclésiastiques auraient discrètement « souhaité » que les ambassades durcissent les conditions d’octroi de visas d’émigration, pour endiguer, ne serait-ce que momentanément et en attendant la relance économique et un certain retour à la normale, le flot des candidats au départ. Dans le même temps, un effort de coordination va être déployé auprès de toutes les organisations et associations locales et internationales engagées dans le travail social et médical, en vue d’une meilleure participation de tous à l’effort d’assistance et d’une efficacité plus grande. Les visites pastorales des évêques maronites seront également encouragées. Mais ces efforts n’arrivent-ils pas trop tard ? Suffiront-ils à redonner espoir à ceux qui ont désespéré du Liban et pour qui la guerre de juillet-août a été la goutte qui a fait déborder le vase ? Les travers de la société politique et le clientélisme effréné qui se manifeste au niveau de la distribution de l’aide humanitaire, auront-ils raison de leur dernière lueur d’espoir ? Fady Noun
Dans la lenteur que mettent certaines populations chrétiennes à regagner leurs villages dévastés, avant que les conditions minimales de confort, notamment l’électricité et l’eau courante, ne soient à nouveau assurées, comme dans la frénésie d’émigration qui s’est emparée de certains jeunes, des milieux maronites voient une crise de valeurs, et en particulier un affaiblissement de l’attachement des maronites à la terre. Un attachement qui, historiquement, est « une composante de l’identité maronite ».
Le témoignage chrétien est aussi l’un des soucis de ces milieux, qui rappellent aux jeunes chrétiens engagés qu’ils n’ont pas été plantés au hasard dans cette partie du monde.
Les milieux en question comparent volontiers les résistances au retour qu’ils ont constatées de la part de certains...