Où vont les tonnes de gravats récoltées des ruines de la banlieue sud de Beyrouth, intensément bombardée durant un mois par l’aviation israélienne ? Des files de camions transportant des montagnes de béton sont facilement visibles sur la route de Ouzaï et de Khaldé, où, depuis quelques jours, ils jettent leur chargement... dans la mer. Un monticule non négligeable s’est déjà formé sur la côte de Khaldé, fumant et puant. Des blocs de béton, du fer, des objets divers s’y trouvent. Des ouvriers sur place nous indiquent que « ce sont des sociétés privées qui s’occupent du transport et qui ont jeté ces amas de gravats en cet endroit », précisant que depuis hier, « les autorités libanaises ont interdit de jeter ces restes en mer », sans vouloir en dire plus ni sur cette interdiction ni sur l’identité des sociétés.
Quoi qu’il en soit, il était évident hier que les camions se dirigeaient vers un autre site, un peu plus haut que le premier (de l’autre côté de l’autoroute, donc loin de la mer), pour y déverser leur chargement. Antoine Constantine, conseiller du ministre des Travaux publics et des Transports, Mohammad Safadi, nous explique que c’est le ministère qui s’était engagé à transporter les gravats et qui avait loué des centaines de camions, selon les recommandations du Haut Comité de secours. « Le ministère avait spécifiquement insisté auprès des entrepreneurs pour ne pas jeter les gravats dans la mer, ayant mis deux terrains à leur disposition », précise-t-il.
Ces deux terrains sont à Khaldé et à Jiyeh, l’un d’une superficie de 15 000 mètres carrés (dans l’enceinte de l’aéroport) et l’autre de 40 000 mètres carrés (appartenant à la Société des chemins de fer). Mais malgré la décision du ministère, durant deux jours au moins, les chauffeurs ont apparemment trouvé plus facile de polluer la mer que de s’en tenir à leurs engagements, ce qui a soulevé les protestations des associations écologiques.
Dès qu’il a eu vent de ces contraventions, toujours selon M. Constantine, le ministère a envoyé une lettre au ministère de l’Intérieur pour lui demander d’envoyer les forces de l’ordre sur place afin d’empêcher les camions de déverser leur chargement dans la mer, ce qui a apparemment été réalisé. Que faire des gravats déjà dans l’eau ? « Nous devrions débattre avec le ministère de l’Intérieur pour décider du traitement de ce problème », dit-il.
Interrogé sur cette question, Ali Darwiche, de l’association écologique Green Line, qui a suivi le dossier, affirme que l’affaire semble s’être arrêtée là, selon ses observations. Pour lui, « l’entrepreneur a agi de son propre chef, dès que le premier terrain qui a été mis à sa disposition devant la mosquée al-Rassoul al-a’zam est devenu saturé, ainsi que nous l’ont assuré des sources du Hezbollah, qui ont nié être impliquées dans cette affaire ». Il ajoute que les ministères concernés devraient procéder sans tarder au retrait des gravats de l’eau, « ce qui est facile avec les bons équipements ». Et M. Darwiche de déplorer le cafouillage officiel qui a provoqué une telle situation. Et on ne peut que se demander si des comptes seront demandés un jour à cet entrepreneur peu scrupuleux.
Quoi qu’il en soit, les gravats transportés en terre ferme devront eux aussi subir un traitement dans une étape ultérieure. M. Constantine indique que plusieurs possibilités sont actuellement envisagées, mais que la première étape sera sûrement la séparation du fer et du béton. Les moyens de réutiliser le béton seront ensuite étudiés, « mais nous n’avons jamais envisagé l’option de les employer dans des remblais de la mer, pour quelque projet que ce soit ». Il ajoute que le ministère de l’Environnement et l’ordre des ingénieurs planchent actuellement sur cette question.
Quant à M. Darwiche, il assure que le recyclage de ces gravats est tout à fait faisable et qu’il est possible d’en faire des matières premières pour la construction. Il enchaîne que l’expérience de la réhabilitation du dépotoir de Normandy (centre-ville) peut s’avérer précieuse pour résoudre ce problème.
S. B.
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