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Actualités - Opinion

Dimanche, 1h15, le plafond de l’abri s’effondre sur 60 personnes

Dans la cour de l’hôpital général de Tyr, cinq corps. Les dépouilles mortelles de cinq enfants victimes de l’attaque israélienne sur Cana. Le plus jeune, Abbas Mahmoud Hachem, n’a que neuf mois. Son corps est recouvert de poussière. Sa bouche, son nez et ses oreilles sont remplis de terre. Lui, les quatre autres enfants gisant à ses côtés ainsi que 55 autres personnes, de tous les âges, sont morts étouffés quand le plafond de l’abri dans lequel ils avaient trouvé refuge s’est effondré sur eux. La bâtisse de trois étages n’aura pas résisté au double bombardement israélien opéré dans la nuit de samedi à dimanche. Dix ans après l’opération israélienne les « Raisins de la colère », dix ans après le massacre de Cana, au cours duquel 102 personnes réfugiées dans un camp de Casques bleus avaient trouvé la mort sous les bombes israéliennes, l’histoire se répète. Le sud du Liban étant soumis depuis le 12 juillet à de lourds bombardements israéliens, deux familles, les Chalhoub et les Hachem, soit une soixantaine de personnes, s’étaient installées dans la cave d’un immeuble de trois étages situé à Ghraïbé, en bordure de Cana. « À 1h15, un avion israélien a lâché une première bombe sur le bâtiment. Six personnes ont pu prendre la fuite avant que l’avion ne revienne et en lâche une seconde », explique Khalil Bourji, un habitant de Cana. Situé au bout d’une petite route bordée d’oliviers, le bâtiment n’est plus qu’une lugubre carcasse. Les ambulances se relaient pour évacuer les corps. Les victimes ne présentent pas de blessures apparentes. Elles sont mortes étouffées dans les décombres. Devant l’immeuble, une grue étend son bras pour dégager les corps toujours prisonniers des amas de terre et de béton. « Israël est le diable ! » lâche Khalil. À ses côtés, Abbas Kassab peine à contenir sa colère. « Les États-Unis et Israël sont responsables de ce massacre. » Le Premier ministre israélien, Ehud Olmert, a justifié les tirs de l’aviation en expliquant que les miliciens du Hezbollah tiraient à partir du village. « Ici, il n’y avait pas de combattants du Hezbollah. Il n’y avait que des civils. Les hommes de ces familles travaillaient le tabac », affirme-t-il. « C’est comme la dernière fois, c’est comme le massacre de 1996 », lâche-t-il. Sur les collines avoisinantes, l’aviation israélienne poursuit ses bombardements. Une ambulance s’en va, transportant les corps de deux enfants. Ils seront installés dans le grand camion réfrigéré garé devant l’hôpital général de Tyr. Devant les corps des cinq enfants allongés sur le béton de la cour de l’hôpital, Hasmiyé Chalhoub ne peut retenir ses larmes. « Ce sont les enfants de l’oncle de mon mari », explique cette femme de 40 ans, les cheveux couverts d’un voile noir. Pour elle, Israël n’est pas le seul responsable de ce massacre. « Les États-Unis et le monde arabe sont également responsables ! Les gouvernements arabes n’ont rien fait pour que ce massacre cesse », explique-t-elle. « Nous soutiendrons toujours la Résistance », ajoute-t-elle avant d’être menée à l’écart. Devant les corps des enfants, un soldat lâche ironiquement : « Mais c’est évident, ce sont ces enfants qui lancent les Katioucha sur Israël ! » Il y a une semaine, Riad, un entrepreneur originaire du Liban-Sud, déclarait, passablement déprimé par l’inertie de la communauté internationale : « Va-t-il nous falloir un autre Cana pour que le massacre s’arrête ? » Aujourd’hui, alors que les parties ne cessent de se radicaliser, rien n’est moins sûr. Émilie SUEUR
Dans la cour de l’hôpital général de Tyr, cinq corps. Les dépouilles mortelles de cinq enfants victimes de l’attaque israélienne sur Cana. Le plus jeune, Abbas Mahmoud Hachem, n’a que neuf mois. Son corps est recouvert de poussière. Sa bouche, son nez et ses oreilles sont remplis de terre. Lui, les quatre autres enfants gisant à ses côtés ainsi que 55 autres personnes, de tous les âges, sont morts étouffés quand le plafond de l’abri dans lequel ils avaient trouvé refuge s’est effondré sur eux. La bâtisse de trois étages n’aura pas résisté au double bombardement israélien opéré dans la nuit de samedi à dimanche.
Dix ans après l’opération israélienne les « Raisins de la colère », dix ans après le massacre de Cana, au cours duquel 102 personnes réfugiées dans un camp de Casques bleus avaient...