L’instant d’avant, Vasanthi Darmadasa balayait dans le jardin de ses patrons à Yaroun, au Liban-Sud. Puis sa vie a basculé. Dans un tonnerre assourdissant, une bombe israélienne a pulvérisé la maison dont elle venait à peine de sortir, tuant tout le monde à l’intérieur.
« J’ai été jetée au sol par le souffle. Je ne sentais plus mes jambes, et je ne sentais plus mes mains », raconte la jeune femme venue du Sri Lanka pour se construire un avenir meilleur comme employée de maison au Liban. Elle s’est enfin relevée, sonnée mais en vie. Comme par miracle.
« Je n’osais pas regarder, poursuit-elle. Je savais que ce qui s’était passé était horrible. » Son visage anguleux, aux grands yeux noirs, se décompose lorsqu’elle se rappelle ce terrible moment. « Je me suis mise à pleurer, à pleurer », ajoute-t-elle en retenant ses larmes.
Sous les décombres de la maison dans le village de Yaroun, gisaient les corps sans vie de Hassan Farhat, son employeur, de sa femme et de leurs deux enfants, de deux ans et demi et de quatre mois, et de la mère de Hassan.
Trois jours après le drame, elle raconte son histoire à une journaliste de l’AFP, Béatrice Khadige, assise dans un angle du Rest House de Tyr, transformé en centre d’accueil pour déplacés. Elle a pu rejoindre jeudi, dans un convoi de la Croix-Rouge internationale, la ville côtière, ultime refuge pour tous les sacrifiés de la guerre, blessés, fuyards et démunis.
Dans son malheur, elle a eu de la chance : elle n’a même pas été touchée par les éclats et les débris qui ont volé autour d’elle. Pourtant, les bombardements israéliens ont été très violents sur Yaroun, une localité mixte, chrétienne et musulmane, et ont fait des dizaines de victimes.
Le village de quelques centaines d’habitants a le tort d’être à proximité de Maroun el-Ras, première place forte du Hezbollah conquise de haute lutte par l’armée israélienne, depuis le début de l’offensive, le 12 juillet.
Vasanthi qui, comme toutes ses compatriotes au Liban, rêvait de repartir chez elle avec un petit pécule, a tout perdu. « Je ne savais plus quoi faire et je n’avais même plus mes papiers », raconte-t-elle. La jeune fille de 20 ans s’est abritée chez une parente des Farhat qui habite le même village, avant d’être transportée vers Tyr.
Elle patiente maintenant avec deux de ses compatriotes, Naina Ranawira et Sudadhira Dermalinga, en vue de leur évacuation vers Beyrouth, puis plus tard vers leur pays.
Mais c’est un retour sans joie qui les attend : le gouvernement du Sri Lanka a demandé à ses 80 000 ressortissants au Liban de rester dans le pays, en dépit du conflit qui a déjà tué au moins l’un d’entre eux. Pour l’île très pauvre, ces travailleurs représentent une source indispensable de revenus.
Rares pourtant sont celles qui sont prêtes à obéir de bon cœur à ces injonctions officielles. « Il reste encore une fille qui garde un vieux couple de Libanais à Yaroun, mais sûrement d’autres aussi, je ne les connais pas », explique Sudadhira.
Les deux amies de Vasanthi ont moins de raisons qu’elle de pleurer leurs patrons : ils les ont abandonnées. « Ils ont la double nationalité américaine et australienne, et ils sont partis mercredi dans un convoi, raconte Sudadhira. Ils nous ont laissées toutes seules et nous ont demandé de garder leur maison. » Et, peste-t-elle, « ils nous ont laissées sans argent, nous n’avons même pas reçu notre dernier salaire ».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’instant d’avant, Vasanthi Darmadasa balayait dans le jardin de ses patrons à Yaroun, au Liban-Sud. Puis sa vie a basculé. Dans un tonnerre assourdissant, une bombe israélienne a pulvérisé la maison dont elle venait à peine de sortir, tuant tout le monde à l’intérieur.
« J’ai été jetée au sol par le souffle. Je ne sentais plus mes jambes, et je ne sentais plus mes mains », raconte la jeune femme venue du Sri Lanka pour se construire un avenir meilleur comme employée de maison au Liban. Elle s’est enfin relevée, sonnée mais en vie. Comme par miracle.
« Je n’osais pas regarder, poursuit-elle. Je savais que ce qui s’était passé était horrible. » Son visage anguleux, aux grands yeux noirs, se décompose lorsqu’elle se rappelle ce terrible moment. « Je me suis mise à pleurer, à pleurer »,...