Le gouvernement veut sortir du marasme dans lequel le plongent diverses considérations pour produire autant que faire se peut, afin qu’à la rentrée d’automne, il puisse parer les attaques et les tentatives de le renverser. Il pourrait ainsi se prévaloir des réalisations effectuées en base de sa déclaration ministérielle.
Mais pour atteindre ce but, il faut de la cohésion et de la solidarité. Beaucoup de projets nécessitent un consensus élargi, de la coordination, de la coopération entre les différents départements pour répondre aux observations du président Émile Lahoud, qui affirme que « la non-exécution des lois qui assurent la couverture sociale et des décisions du Conseil des ministres dans le domaine social, ou celui de subsistance, va mener au laxisme dans le traitement indispensable, sérieux et équitable de la situation économique. Ce qui aurait des répercussions négatives pour le pays ». Il répète que nombre de résolutions restent lettre morte, ce qui contredit le souci qu’affichent certains pour les besoins des citoyens, notamment dans le domaine social et celui de la santé.
Le chef de l’État place de la sorte la balle dans le camp du gouvernement en lui imputant la responsabilité des manquements sociaux. Mais le cabinet riposte, en rappelant que le président de la République fait de l’obstruction dans l’inscription des projets à l’ordre du jour ou dans leur adoption en Conseil des ministres. L’épreuve de force va donc se poursuivre, avec la présentation de sujets déterminés. Si le président les renvoie pour seconde lecture, soit devant le Conseil, soit devant la Chambre, il se verra reprocher le blocage.
Encore faut-il, répétons-le, que le gouvernement soit solidaire. C’est ce qui a incité le chef du Courant du futur, le député Saad Hariri, à relancer le président de la Chambre, Nabih Berry, et le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, pour rapprocher les points de vue sur divers projets, afin qu’ils passent facilement en Conseil des ministres. Dans cet ordre d’esprit, Hariri indique qu’il se refuse à polémiquer, car les gens en ont ras-le-bol des vaines disputes politiciennes. Ajoutant qu’il compte répliquer aux calomnies par le travail, la construction et le traitement des besoins des gens. Il précise qu’il ne faut laisser personne faire obstacle au plan de redressement économique et de développement équilibré.
Il reste qu’il existe des priorités à établir. L’équipe économique ministérielle constituée par le président Siniora s’y attelle actuellement, en analysant les lignes directrices du programme de réformes, sur base des remarques des officiels comme des organismes économiques. L’accent est mis toutefois sur le social, notamment le médical, et non pas tant sur le fiscal. Cela en prévision de Beyrouth I comme du budget 2006. De cette manière, le gouvernement espère contrer l’opposition, en faisant valoir que ses accusations sont sans fondement, sinon d’ordre politicien.
Les rencontres entre Amal, le Hezbollah et le Courant du futur ont donc pour but de faciliter le travail. Tout comme de paver la voie à l’application des décisions du dialogue national, en renforçant l’unité du pays et en apaisant les tensions. Ce qui pourrait contribuer du reste à dénouer des problèmes comme les mutations diplomatiques, ou les nominations administratives ou sécuritaires. Sans parler du Conseil constitutionnel ou de l’organisation du wakf druze. Il reste cependant à savoir si l’opposition ne va pas continuer à vouloir appliquer l’adage « ôte-toi de là que je m’y mette ».
Émile KHOURY
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