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Actualités - Opinion

économie Les taux d’intérêt libanais dépendent-ils uniquement des taux étrangers ?

Par Charbel Cordahi * Les banquiers et économistes répètent souvent que les changements dans les taux d’intérêt étrangers se répercutent entièrement sur les taux libanais, qui varient indépendamment de facteurs internes. Cette affirmation est correcte dans une certaine mesure seulement car elle ne rend pas compte du rôle joué par d’autres facteurs, comme la dollarisation, les pratiques commerciales, le niveau des réserves internationales, la dette publique et les conditions de liquidité du marché. L’affirmation selon laquelle les taux d’intérêt domestiques (majorés de la prime de risque) sont alignés sur les taux d’intérêt internationaux trouve son explication dans l’ouverture du compte du capital et dans le choix offert aux investisseurs de placer ailleurs qu’au Liban. Trois facteurs contribuent à ce raisonnement : l’arbitrage entre les actifs financiers (qui conduit à fixer le taux d’intérêt en livre libanaise en dessus d’un « benchmark » mondial, comme le Libor ou les T-bills américains), l’équilibre risque/rendement d’un titre (la prime de risque est déterminée en fonction de la capacité du gouvernement à honorer ses engagements et de l’aptitude de la Banque centrale à maintenir le taux de change) et la liquidité du marché (qui s’accroît lorsque le coût du crédit est faible et/ou lorsque le risque augmente sur les marchés étrangers). Ce point de vue est confirmé partiellement du point de vue économétrique. Selon deux récentes études, la transmission des taux mondiaux aux taux libanais, bien qu’importante, reste partielle (0,7 pour les euro-obligations ; 0,4 pour les dépôts en devises ; un peu moins de 1 pour les dépôts en LL). Il en résulte que d’autres facteurs affectent la formation des taux domestiques. Dans la première étude, on constate que la transmission est faible durant la première année. Ce résultat s’explique par le fait que les importateurs (d’Europe principalement) répercutent une partie seulement des variations de change euro/dollar sur les prix de vente domestiques. Après la fin de la première année, la hausse du taux d’intérêt américain se transmet intégralement au taux d’intérêt libanais. Ce phénomène est interprété comme l’effet de la dollarisation de l’économie libanaise. Dans la seconde étude, les explications de la transmission partielle aux taux libanais sont notamment le niveau des réserves internationales, la dette publique et la liquidité du marché. La préférence des investisseurs pour leur pays d’origine et la fixité de change sont également des facteurs explicatifs. L’écart de taux entre les euro-obligations libanaises et les bons du Trésor américains traduit le risque souverain de défaut de paiement. L’écart entre les taux libanais sur le dollar et le taux Libor traduit le risque bancaire. L’écart de taux sur les dépôts en livre libanaise et les dépôts en devises étrangères traduit le risque de taux de change. La relance de l’économie libanaise passe impérativement par une baisse des taux d’intérêt domestiques. Si la modification de la composante internationale de ces taux est irréalisable pour une petite économie dollarisée comme le Liban, il faut tenter d’en modifier la composante domestique à travers la réduction du déficit budgétaire, la diminution de la dette publique et le maintien d’un niveau relativement élevé des réserves en devises. * Docteur en économie – Centre de recherches et d’études doctorales de l’ESA (CRED). En coopération avec L’ESA
Par Charbel Cordahi *

Les banquiers et économistes répètent souvent que les changements dans les taux d’intérêt étrangers se répercutent entièrement sur les taux libanais, qui varient indépendamment de facteurs internes. Cette affirmation est correcte dans une certaine mesure seulement car elle ne rend pas compte du rôle joué par d’autres facteurs, comme la dollarisation, les pratiques commerciales, le niveau des réserves internationales, la dette publique et les conditions de liquidité du marché.
L’affirmation selon laquelle les taux d’intérêt domestiques (majorés de la prime de risque) sont alignés sur les taux d’intérêt internationaux trouve son explication dans l’ouverture du compte du capital et dans le choix offert aux investisseurs de placer ailleurs qu’au Liban. Trois facteurs contribuent à...