Une fois de plus, le Liban entre dans une période d’expectative dont nul ne peut déterminer la durée. On ne sait toujours pas quand les assassins de Rafic Hariri, les auteurs des autres attentats seront identifiés. S’ils doivent jamais l’être. Et pendant ce temps, on ne sait pas ce qui peut arriver dans le pays et dans la région.
Sur le plan concret, on ne peut désormais que se focaliser sur le dialogue national, son évolution et l’application de ses résolutions antérieures. Parallèlement, ou subséquemment, on se préoccupera du sort du cabinet.
Le tableau, tel qu’il se présente à ce jour, ne prête pas à beaucoup d’optimisme. Ainsi, l’un des pôles qui participent au dialogue relève que dans la mesure où des résolutions prises à l’unanimité restent lettre morte, on peut évidemment douter que des décisions ultérieures qui ne seraient adoptées qu’à la majorité soient jamais exécutées. Ce qui est une façon de laisser entendre que, pour les problèmes en suspens, il ne faut pas s’attendre à une entente générale. De plus, ajoute cette personnalité, on ne peut pas oublier que tout progrès reste lié, en fait, à la volonté de parties extérieures, Syrie en tête. Or cette puissance reste braquée sur des positions négatives, sans se laisser amadouer par les démarches conciliatrices arabes et sans plier devant les pressions internationales. En proclamant, par exemple, que le message dans lequel Kofi Annan confirme à Fouad Siniora qu’il faut un tracé des frontières et des relations diplomatiques (conformément à la 1680) ne la concerne en aucune manière.
L’attitude syrienne s’explique, selon la plupart des observateurs, par le fait que grâce au soutien des Égyptiens et des Saoudiens qui sont intervenus auprès de Washington, le régime de Damas ne se sent plus menacé dans son existence. Il en prend des forces, agissant pour tenter de modifier la donne issue de son retrait militaire du Liban et de l’intifada de l’indépendance. En profitant largement du fait que le changement intérieur n’a pas pu être complété et que le pouvoir reste partagé.
Le premier résultat du non-dit (sur les parties coupables) du récent rapport Brammertz sera, sans nul doute, que la Syrie s’efforcera de mettre à profit le temps ainsi gagné. Pour développer, au Liban, une ligne déjà connue. Qui consiste, entre autres, à bloquer les résolutions du dialogue national libanais au moins jusqu’à l’éviction du gouvernement Siniora. On sait en effet que Damas lie son concours à l’assainissement des relations bilatérales, en précisant qu’il n’est pas question de traiter avec la majorité et avec le gouvernement en place.
La Syrie a son cheval de Troie. Des alliés fidèles, notamment parmi les participants au dialogue. Ils s’ingénient à multiplier les entraves. En exigeant, par exemple, l’établissement d’un système d’ensemble pour l’application des résolutions adoptées. En refusant donc un mécanisme séparé pour chaque résolution. Cette option du package deal, du panier global, revient à dire que tout ce qui a été convenu jusqu’à présent est, en fait, conditionné par un accord (impossible a priori) sur la stratégie de défense. On entend également des prosyriens réclamer un ordre de marche déterminé, obligeant le Liban à donner avant que de prendre. Ils soutiennent ainsi qu’avant de désarmer les Palestiniens hors des camps et d’en organiser (contrôler) l’armement à l’intérieur, il faut traiter leurs problèmes sociaux et juridiques, qu’ils soient résidents ou à l’étranger. Ce qui signifie qu’il faut gommer en pratique le délai de six mois arrêté pour l’abolition de l’arsenal palestinien hors des camps, détenu en totalité par des organisations d’obédience syrienne.
Émile KHOURY
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Sur le plan concret, on ne peut désormais que se focaliser sur le dialogue national, son évolution et l’application de ses résolutions antérieures. Parallèlement, ou subséquemment, on se préoccupera du sort du cabinet.
Le tableau, tel qu’il se présente à ce jour, ne prête pas à beaucoup d’optimisme. Ainsi, l’un des pôles qui participent au dialogue relève que dans la mesure où des résolutions prises à l’unanimité restent lettre morte, on peut évidemment douter que des...