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Actualités - Analyse

éclairage L’industrie libanaise doit-elle avoir peur des Chinois ?

Après l’Europe et les États-Unis, la phobie du « Made in China » contamine le Liban. Le projet de création d’une zone franche pour les produits chinois à la Foire Rachid Karamé de Tripoli suscite un tollé sans précédent chez les industriels libanais. Ce projet, proposé par la société ChinaMax et prévu pour mi-2007, occupera une surface de 40 000 mètres carrés dans sa première phase et sera élargi à 80 000 mètres carrés, trois ans plus tard. La première phase verra 1 000 entreprises chinoises s’installer à l’exposition, chacune d’elle sera représentée par trois Libanais, ce qui créera 3 000 emplois. Ce projet ne mise pas uniquement sur l’exposition des produits chinois, mais utilisera le port de Tripoli, longuement délaissé, comme base régionale pour l’exportation. Pour le doyen des industriels, Jacques Sarraf, à l’origine de l’initiative, le projet réhabilitera totalement la Foire Rachid Karamé, paralysée depuis sa création dans les années 60. Ainsi, hormis la zone franche, la foire accueillera des cafés, un pavillon libanais, un musée, etc. Mais ces arguments n’ont pas suffi à atténuer la phobie d’une invasion des produits chinois, que les industriels libanais auront bien du mal à concurrencer au niveau des prix. Des prix imbattables d’abord en raison du taux de change de la monnaie chinoise. Malgré les pressions américaines pour une réévaluation du yuan, Pékin, pour le moment, fait la sourde oreille. Aussi, le gouvernement chinois rééchelonne depuis des années les crédits accordés aux industriels, qui s’élèveraient à plus de mille milliards de dollars, selon le Herald Tribune, cité par l’Association des industriels libanais. Et ce en plus des subventions chinoises aux exportations, sans compter les réductions accordées aux importateurs de produits chinois en grandes quantités. Combinées au coût de la main-d’œuvre chinoise, ces pratiques induisent des prix qui effrayent même les pays les plus développés. Mais ces derniers ont su âprement négocier, dans le cadre de l’OMC, afin d’imposer des restrictions à l’entrée de certains produits. L’Union européenne a ainsi réussi à prolonger les quotas sur le textile et à imposer une taxe de 20 % sur les chaussures, après que certains fleurons de cette industrie eurent frôlé les dépôts de bilan. Mais ces mesures restent circonscrites à certains secteurs, sur un laps de temps limité, la libéralisation du commerce dans le cadre de l’OMC étant inévitable. Le Liban, en voie d’adhésion à l’organisation internationale, ne peut plus ignorer le phénomène chinois. Alors comment gérer la situation sans tomber dans le protectionnisme aveugle ? Le projet de création d’une zone franche chinoise peut être une opportunité pour les Libanais, en général, et les Tripolitains, en particulier, qui vivent dans la misère et l’isolement social et économique depuis des années. Les moyens d’éviter l’inondation du marché sans empêcher la naissance de ce projet seraient notamment d’approuver la loi antidumping. Aussi, l’Association des industriels réclame l’adoption de mesures de sauvegarde pour faire face aux produits chinois qui possèdent un équivalent local. Mais il faut tout de même faire des choix, établir des priorités, pour protéger les industries libanaises à valeur ajoutée, qui peuvent potentiellement être compétitives. Certaines concessions seront inéluctables. Mais « les Chinois imposent un délai d’un mois pour que le projet soit approuvé par le gouvernement, sinon ils iront voir ailleurs », a prévenu Jacques Sarraf. Si le projet est avorté au Liban, la Syrie et la Jordanie lorgnent pour l’avoir, a-t-il ajouté. « Et si l’un de ces deux pays l’obtient, rien n’empêchera alors l’entrée des produits chinois, qui inondent déjà le marché local. Le Liban aura simplement raté l’occasion de ressusciter une zone en agonie », a-t-il estimé. Pour le moment, la polémique s’intensifie, les industriels réclament des mesures étatiques avant l’adoption du projet. En attendant Godot, les Chinois seront-ils partis ? Magali GHOSN
Après l’Europe et les États-Unis, la phobie du « Made in China » contamine le Liban.
Le projet de création d’une zone franche pour les produits chinois à la Foire Rachid Karamé de Tripoli suscite un tollé sans précédent chez les industriels libanais.
Ce projet, proposé par la société ChinaMax et prévu pour mi-2007, occupera une surface de 40 000 mètres carrés dans sa première phase et sera élargi à 80 000 mètres carrés, trois ans plus tard. La première phase verra 1 000 entreprises chinoises s’installer à l’exposition, chacune d’elle sera représentée par trois Libanais, ce qui créera 3 000 emplois.
Ce projet ne mise pas uniquement sur l’exposition des produits chinois, mais utilisera le port de Tripoli, longuement délaissé, comme base régionale pour l’exportation.
Pour le doyen des...