Kazik Bassaïev est le dernier habitant d’une ancienne cité ossète accrochée à une montagne du Caucase russe, avec ses tours de garde en ruines. Elle s’est peu à peu transformée en village fantôme avec la politique soviétique d’installation des montagnards dans la vallée. « C’est au moment de la Seconde Guerre mondiale que la plupart des habitants sont partis », explique Kazik, au pied de la tour de pierre incrustée de lichen ocre où ses ancêtres ossètes, un des nombreux peuples du Caucase, se sont abrités pendant des siècles pour contrer les assauts de leurs ennemis. En 1944, les Ingouches, peuple voisin haï des Ossètes, sont déportés par Staline en Asie centrale, avec les Tchétchènes et d’autres peuples accusés d’avoir collaboré avec les nazis.
Une partie de leur territoire est alors intégrée à la république soviétique d’Ossétie du Nord et les autorités mettent en place un plan d’occupation des villages ingouches par des Ossètes, qu’ils font venir entre autres des hameaux montagneux. « Mon père a suivi le mouvement, mais ça ne lui a pas plu et il est revenu ici », explique Kazik, ancien mineur de 40 ans et aujourd’hui le dernier habitant de Tsimiti, avec sa mère.
Il y a bien aussi le vieux Alikhan Bzikov, qui habite quelques ruines plus bas. « Mais ce n’est pas un villageois de souche, il n’est venu s’installer qu’en 1958 », s’offusque Kazik, en contemplant les neiges du mont Kazbek, un des plus hauts d’Europe, à plus de 5 000 mètres.
Lui aimerait bien partir, suivre le mouvement de migration des montagnards ossètes qui se poursuit vers la plaine de Vladikavkaz, capitale de la république russe d’Ossétie du Nord, à cinquante kilomètres en contrebas, mais en bon fils aîné, il reste avec sa mère à Tsimiti, cité fantôme. « Je suis le gardien de ce village bien malgré moi », soupire le vieux garçon, recensé comme un des plus beaux exemples d’architecture de villages caucasiens anciens en Ossétie du Nord.
Aujourd’hui, malgré les annonces des autorités de plans destinés au maintien de la population ossète dans les montagnes, le dépeuplement des villages de montagne se poursuit dans cette république russe à forte population urbaine, plus riche que ses voisines comme l’Ingouchie ou la Tchétchénie.
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