La junte militaire au pouvoir en Birmanie a autorisé samedi de manière très exceptionnelle une rencontre entre un émissaire de l’ONU et l’opposante Aung San Suu Kyi, gardée au secret depuis des années. Un geste qui vise, selon les analystes, à éviter une saisine du Conseil de sécurité.
Ibrahim Gambari, secrétaire général adjoint des Nations unies pour les affaires politiques, a pu s’entretenir, samedi, avec la figure de l’opposition birmane pendant une heure. Il s’agit de la première fois depuis plus de deux ans qu’une personne extérieure au régime militaire birman est autorisée à rencontrer la présidente de la Ligue nationale pour la démocratie (LND). Le prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, est privée de liberté depuis 2003. Au total, elle a été emprisonnée ou assignée à résidence pendant plus de dix des dix-sept dernières années.
La junte « sait que les pressions vont s’accentuer, surtout de la part des États-Unis », explique depuis Bangkok Win Min, expert de la Birmanie. La semaine dernière, le Sénat américain a en effet adopté une résolution appelant le gouvernement à saisir le Conseil de sécurité de l’ONU sur les violations répétées des droits de l’homme en Birmanie. La junte « craint que M. Gambari porte le dossier birman devant le Conseil de sécurité. Il est le numéro trois aux Nations unies », rappelle Win Min.
Washington avait déjà poussé le Conseil à tenir en décembre, et pour la première fois, une réunion consacrée à la Birmanie. La semaine dernière, le président américain George W. Bush a renouvelé en outre pour un an les sanctions contre Rangoun, qui interdisent toute exportation vers la Birmanie.
Aung Naing Oo, autre observateur de la Birmanie installé à Bangkok, estime lui aussi que la junte se devait « de faire preuve de bonne volonté ». « Dans le cas contraire, l’émissaire aurait porté le dossier devant le Conseil de sécurité. D’une certaine manière, la rencontre entre Aung San Suu Kyi et l’émissaire est une frappe préventive », explique-t-il.
« C’est une bonne nouvelle et une bonne surprise », estime un diplomate occidental en poste à Rangoun. Soulignant qu’il « est trop tôt pour savoir ce qu’ils se sont dit et évaluer la portée de cette rencontre », le diplomate croit également que « cela pourrait être une tentative du régime pour diminuer la pression ».
Mais la rencontre pourrait être « seulement un épisode », « juste une visite pour vérifier l’état de santé de la dame », âgée de 60 ans et qui avait eu de sérieux problèmes médicaux en 2003, souligne-t-il.
L’ensemble des observateurs s’accordent en tout cas à penser qu’il ne faut pas voir dans l’entretien de samedi l’imminence d’une libération de l’opposante. « Ce serait un miracle si l’armée libérait Aung San Suu Kyi », souligne Aung Naig Oo. « Ils ont peur d’elle car, une fois sortie, elle peut vite rassembler ses partisans », rappelle-t-il.
Shino YUASA/AFP
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Ibrahim Gambari, secrétaire général adjoint des Nations unies pour les affaires politiques, a pu s’entretenir, samedi, avec la figure de l’opposition birmane pendant une heure. Il s’agit de la première fois depuis plus de deux ans qu’une personne extérieure au régime militaire birman est autorisée à rencontrer la présidente de la Ligue nationale pour la démocratie (LND). Le prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, est privée de liberté depuis 2003. Au total, elle a été emprisonnée ou assignée à résidence pendant...