Les séances de dialogue national, tenues jusqu’à présent, se résument comme suit :
– Des résolutions prises à l’unanimité, mais dont la réalisation nécessite l’accord, la contribution active de la Syrie. Il s’agit, on le sait, des relations diplomatiques ou du tracé des frontières, notamment à Chebaa. Il n’y a évidemment pas moyen de progresser sans des pourparlers et sans normalisation relationnelle. Or, malgré les pressions et malgré les démarches arabes de conciliation, rien n’indique que la Syrie veuille mettre de l’eau dans son vin. Cela fait des mois qu’elle refuse de fixer une date pour un rendez-vous. Elle exige un climat de détente préalable, l’arrêt des critiques dont elle fait l’objet. Et elle attend, probablement, la formation d’un nouveau gouvernement libanais qui lui serait sympathique. Objectif qu’elle tente d’atteindre à travers ses alliés locaux, comme l’illustre la manifestation politisée du 10 mai.
– Le maintien en poste du président Émile Lahoud, jusqu’à nouvel ordre (lointain). En fait, comme le souhaite Damas, il pourrait bien achever son mandat prorogé. Grâce à l’appui à peine indirect de l’axe Nasrallah-Berry-Aoun, qui réclame une entente préalable sur la succession. Ce que les forces du 14 Mars rejettent, faisant valoir qu’avant d’évoquer les noms des candidats, il faut établir un mécanisme pour l’éviction du régime en place. Ajoutant que s’il ne devait pas y avoir entente sur un postulant de consensus, le jeu démocratique devrait se dérouler librement, normalement, la Chambre choisissant l’élu par un vote régulier. Ce camp préfère encore le statu quo au choix d’un nouveau président qui ne lui serait pas acquis et qui suivrait une ligne non indépendantiste.
– Le maintien de l’arsenal du Hezbollah, également jusqu’à nouvel ordre, en cas d’échec d’un accord sur le concept de stratégie défensive. La clause de la 1559 relative à cet élément resterait lettre morte, comme tant d’autres résolutions de l’ONU, en fait. Cependant, le Liban risque en définitive d’avoir des problèmes avec la communauté internationale. Cette dernière affiche une position claire : il faut certes laisser une chance aux Libanais pour qu’ils règlent entre eux, à l’amiable, la question du désarmement. Mais tôt ou tard, la légalité internationale doit avoir le dernier mot sur ce plan.
Alternative
Du côté des participants au dialogue, certains estiment que le Hezbollah devrait désarmer, une fois Chebaa et les hauteurs de Kfarchouba libérées, soit par la Résistance soit par la diplomatie. Ce qui ne se ferait, en tout cas, qu’après un tracé des frontières, pour homologuer la libanité de ces enclaves, afin d’exiger d’Israël un retrait, aux termes de la 425. Autrement, les territoires en question resteraient soumis aux dispositions de la 242. C’est-à-dire qu’ils ne seraient dégagés qu’après des négociations entre Israël et la Syrie sur le Golan. Alors qu’avec la 425, il n’est pas question de négociations car elle impose un retrait israélien inconditionnel. Or la Syrie affirme qu’il faut tout d’abord que les Israéliens partent de Chebaa, après quoi elle s’entendrait avec le Liban sur la restitution de ces hameaux et sur le tracé des frontières. De ce fait, Israël n’entend pas dégager le terrain et, par voie de conséquence, l’armement de la Résistance subsiste…
D’autre part, un consensus sur le sens que doit prendre en pratique la formule dite de stratégie défensive, donc le sort des armes du Hezb, se révèle encore plus difficile à atteindre que la solution de ce que l’on appelle la crise du pouvoir. Certains interlocuteurs pensent que le Liban devrait, en la matière, adopter la même ligne que la Syrie face à la menace d’une agression israélienne. Ou que les combattants du Hezb soient intégrés au sein de l’armée, en formant éventuellement une brigade à part, sous commandement de l’état-major légal, étatique et régulier. Il n’y aurait ainsi plus d’armement ailleurs qu’aux mains de la légalité. Mais d’autres soutiennent que la situation sur le front israélo-libanais n’est pas comparable à la frontière israélo-syrienne où il n’y a pas de transgressions terrestres, maritimes ou aériennes de l’envahisseur. Ils ajoutent que le rôle de la Résistance face à l’ennemi diffère forcément du rôle de l’armée régulière, et qu’on ne peut donc pas les mélanger.
En tout cas, résolutions de dialogue ou pas, on reste au point mort. Cependant, des parties extérieures autant que locales estiment que le dialogue est bon en soi, qu’il calme le jeu, qu’on ne doit pas l’arrêter, même s’il ne donne encore rien sur le terrain. Car autrement, le climat deviendrait trop malsain, trop tendu, et l’économie, déjà mal en point, s’en ressentirait.
Il reste à savoir si la cohabitation forcée entre deux pouvoirs ne va pas provoquer un surcroît de frictions préjudiciables. Et si le programme de réformes va enfin pouvoir démarrer. Certains misent sur des changements de donnes qu’initierait le rapport Brammertz. Pour conforter, selon ses résultats, l’un ou l’autre des deux camps qui s’affrontent. Mais beaucoup prévoient que ce rapport pourrait être reporté ou ne rien apporter qui puisse modifier le statu quo.
Émile KHOURY
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– Des résolutions prises à l’unanimité, mais dont la réalisation nécessite l’accord, la contribution active de la Syrie. Il s’agit, on le sait, des relations diplomatiques ou du tracé des frontières, notamment à Chebaa. Il n’y a évidemment pas moyen de progresser sans des pourparlers et sans normalisation relationnelle. Or, malgré les pressions et malgré les démarches arabes de conciliation, rien n’indique que la Syrie veuille mettre de l’eau dans son vin. Cela fait des mois qu’elle refuse de fixer une date pour un rendez-vous. Elle exige un climat de détente préalable, l’arrêt des critiques dont elle fait l’objet. Et elle attend, probablement, la formation d’un nouveau gouvernement libanais qui lui serait...