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Actualités - Opinion

Leçons et contre-leçons

Dans un article paru dans L’Orient-Le Jour (« Incroyable mais fatalement vrai : un an et demi de présidence en quarantaine », samedi 29 avril 2006), Émile Khoury affirme que si le contexte économique est tel qu’il est, c’est à cause du blocage de la question présidentielle par « l’obstruction pratiquée par la minorité », alors que « les forces du 14 Mars n’arrêtent pas de tenter d’évincer le président Lahoud, par tous les moyens légaux possibles ». Pourquoi ne pas poser la thèse autrement ? À savoir : le contexte économique actuel est le fruit d’un système intolérable, développé depuis quinze ans par l’équipe actuelle, bien avant l’arrivée de Lahoud, et sous l’occupation syrienne. Commençons par l’aspect économique. Il va de soi que l’instabilité politique actuelle ne favorise nullement une éventuelle amélioration économique. Cependant, qui prétendrait que la tragédie date d’un an et demi, voire même de la date de l’élection de Lahoud ? Il y a quelques jours, je suggérai à un partenaire potentiel d’ouvrir un compte en banque au Liban. Il me fit valoir qu’il préférait un compte en Suisse. Ce à quoi j’ai répondu que notre système bancaire n’avait rien à envier au suisse, bien au contraire. Il répliqua : « Ce ne sont pas vos banques que je crains, mais bien votre gouvernement. » En une phrase, cet homme venait de confirmer mes craintes. Disons les choses clairement et ouvertement, notre système bancaire détient aujourd’hui plus de 80 % de la dette de l’État, ce qui représente plus ou moins 40 % des actifs de ces banques. Une telle exposition signifie qu’un quelconque défaut de l’État libanais, similaire à celui vécu par l’Argentine, affecterait prioritairement et de manière systémique nos banques. Bien qu’ils le notent dans leurs rapports, le FMI ou la Banque mondiale se garderont certainement de crier à la panique et comme dans le cas de la crise asiatique, le FMI calmera les ardeurs jusqu’à la veille de la crise. Par contre, lorsque (une « credit risk rating company ») Moody’s donne aux dettes long terme du Liban et à notre système bancaire un B3, il y a lieu de se demander si un audit approfondi des quinze dernières années de notre politique économique n’est pas une urgence ! Pour régler le problème, il ne suffit pas de faire croire au public que la transformation de dettes court terme en dettes plus long terme à taux plus avantageux, comme cela nous a été accordé par Paris II (et probablement Beyrouth I), fera de notre pays un miracle économique. Le problème est aujourd’hui systémique. Et ce système a été installé et renforcé durant les quinze années précédentes par l’équipe actuelle. Celle-ci, qui ne connaît d’ailleurs rien d’autre, le perpétue, le rafistole et cache ses failles pour mieux le vendre au peuple. Ils nous le présentent dans un emballage de belles paroles et de propagandes, comme s’il s’agissait d’une nouvelle formule. Alors qu’en réalité, il ne s’agit que d’un update du système précédent et que le bug ne provient pas du maintien de Lahoud, mais bien des ingénieurs de ce système. En critiquant les résultats de l’équipe actuelle, il est difficile de ne pas apparaître démagogue. Mais comment faire autrement lorsque l’on doit prononcer le chiffre « 40 milliards de USD » de dette ? Que répondre à ceux qui accusent l’opposition de manipuler les foules lorsqu’elle demande des comptes sur les manipulations de la livre libanaise de 1992, en collaboration avec une Banque centrale totalement sous le contrôle du gouvernement ? Nous interdit-on de demander pourquoi notre ratio debt/GDP est de presque 200 %, ce qui fait de nous un des pays les plus endettés du monde ? Devons-nous nous excuser de demander pourquoi, malgré ce niveau de dette, notre déficit annuel est maintenu de manière chronique à des niveaux insoutenables de 15 à 20 % ? En tant que Libanais vivant à l’étranger mais désireux de rentrer, je voudrais savoir pourquoi est-ce que j’ai un « ticket d’entrée » de près de 10 000 USD (ma participation à la dette publique) ? En échange de quel service public dois-je payer 600 USD annuel rien qu’en remboursement des intérêts de cette dette, alors que le revenu annuel moyen par habitant est de plus ou moins 4 000 USD ? En d’autres termes, près de 15 % du revenu moyen d’un habitant libanais doivent servir à payer les intérêts sur la dette nationale. Cette dette devra bien être remboursée par le peuple libanais, surtout lorsque l’on sait qu’un défaut sonnerait le glas de notre système bancaire. Cependant, une augmentation de la TVA ou encore du précompte mobilier sur les intérêts bancaires ne résoudra pas le problème. Au contraire, cela aura probablement pour effet de faire fuir les capitaux vers d’autres horizons et de tuer le seul secteur porteur de notre économie. Lorsque l’on sait que 40 % des actifs des banques représentent la dette de l’État (53 % si l’on compte la Banque centrale), on arrive très vite à la conclusion que le Liban possède un superbe système bancaire, mais que celui-ci a été kidnappé pendant 15 années par l’équipe actuelle afin de financer une dette dont les retombées économiques restent encore inconnues, y compris pour le FMI et la Banque mondiale. Ce pourcentage énorme explique pourquoi une banque préfère prêter à l’État à des taux d’intérêt alléchant plutôt qu’au secteur privé. C’est ce qu’on appelle le « crowding out effect », à savoir lorsque la politique fiscale de l’État s’accapare les fonds sur le marché financier et, ainsi, finit par empêcher les investissements dans le secteur privé, dont l’accès aux fonds devient beaucoup trop coûteux ! Comment voulez-vous emprunter auprès d’une banque de l’argent lorsqu’en face l’État vous donne plus de 40 % sur ses bons du Trésor ? Par conséquent, vous comprendrez qu’il est dramatique de lire que certains se contentent de résumer la crise économique à la non-éviction de Lahoud de la présidence, oubliant ainsi de réfléchir au véritable problème systémique qui frappe notre pays, dont notre population la plus démunie, toutes confessions confondues, est la première victime. Il est d’autant plus dramatique de lire que des journalistes font aujourd’hui assumer le maintien de Lahoud (et par conséquent le contexte économique) à la minorité. Tout d’abord, il faut avouer qu’il est extraordinaire d’entendre une majorité parlementaire blâmer l’opposition pour son propre échec à gouverner. Dans tout État démocratique, il est d’usage d’appeler l’électeur aux urnes lorsqu’un gouvernement est incapable de gouverner, pour une raison ou pour une autre, et a fortiori lorsqu’il ne possède pas la majorité nécessaire pour atteindre ses objectifs. Or, dans le cas du Liban, cette majorité choisit plutôt de reprocher à l’opposition le fait de ne pas souscrire au choix de la majorité de remplacer le président par son propre candidat. Pire encore, on reproche au candidat déclaré de la minorité sa propre candidature, malgré les 70 % qui le supportent aujourd’hui. Et les justifications sont énormes ! Mis à part le fameux « et après ? » de Saad Hariri, le plus fabuleux des arguments reste celui du président rassembleur de l’ensemble des Libanais… Et face à cela, les trois ou quatre noms proposés par la majorité ne rassemblent pas plus de 15 % cumulativement ! Et le pathétisme est enfin atteint lorsqu’on nous dit que l’on préfère maintenir Lahoud le Syrien plutôt que d’avoir Michel Aoun à la présidence. De quel droit se permet-on de donner des leçons de démocratie à une opposition déjà spoliée une première fois lors des dernières élections et qui refuse une seconde spoliation de la présidence ? Qui sont effectivement ces gens qui se permettent de dénigrer 70 % des chrétiens et/ou Libanais de ce pays qui soutiennent Michel Aoun ? Ce qu’ils ne semblent pas avoir saisi c’est que le peuple n’est plus dupe ; qu’il est à bout de souffle et qu’il connaît le responsable. Georges CHEBIB Bruxelles
Dans un article paru dans L’Orient-Le Jour (« Incroyable mais fatalement vrai : un an et demi de présidence en quarantaine », samedi 29 avril 2006), Émile Khoury affirme que si le contexte économique est tel qu’il est, c’est à cause du blocage de la question présidentielle par « l’obstruction pratiquée par la minorité », alors que « les forces du 14 Mars n’arrêtent pas de tenter d’évincer le président Lahoud, par tous les moyens légaux possibles ». Pourquoi ne pas poser la thèse autrement ? À savoir : le contexte économique actuel est le fruit d’un système intolérable, développé depuis quinze ans par l’équipe actuelle, bien avant l’arrivée de Lahoud, et sous l’occupation syrienne.
Commençons par l’aspect économique. Il va de soi que l’instabilité politique actuelle ne favorise...