Par Donald RUMSFELD *
En 1970, je me suis rendu en Égypte avec une délégation représentant les États-Unis aux funérailles du président Gamal Abdel Nasser. À cette époque, l’Égypte s’alignait de près sur les positions de l’Union soviétique. Quand nous sommes arrivés au Caire, où que nous regardions, la présence soviétique, à travers les chars, les missiles et les troupes, était visible.
Durant ma visite, nous devions rencontrer Anouar Sadate. Dans notre délégation, personne ne savait à quoi s’attendre, étant donné les relations difficiles entre nos deux pays à l’époque. À notre grande surprise, M. Sadate nous a appris qu’il respectait les États-Unis. La raison ? Alors qu’il était jeune officier, il avait visité notre pays et en avait tiré une excellente expérience.
Dans les deux années qui suivirent sa prise de pouvoir, M. Sadate expulsa en effet les Soviétiques d’Égypte et commença à construire une amitié avec les États-Unis qui, en dépit de toutes les difficultés et différences épisodiques rencontrées, s’est révélée, depuis, importante et précieuse.
Si je mentionne l’importance de ces relations militaires, c’est parce que les États-Unis subissent, en ce nouveau siècle, une transformation significative de leurs positions et partenariats militaires partout dans le monde : les ajustements nécessaires et les menaces sont basés sur de nouvelles réalités qui ont émergé depuis la fin de la guerre froide.
Il est important de noter que depuis 2001, les États-Unis ont probablement accompli un plus grand nombre de choses, de manière plus constructive et dans un plus grand nombre de pays qu’à aucun autre moment de leur histoire.
Dans le sillage du 11-Septembre 2001 et des attaques terroristes, le président George W. Bush a aidé à conceptualiser et à diriger la plus grande coalition de l’histoire, une coalition de plus de 80 pays, pour lutter au niveau mondial contre le terrorisme. En outre, près de 60 pays coopèrent actuellement au sein de l’initiative de développement de la sécurité pour empêcher que des armes et du matériel dangereux ne soient acheminés vers des terroristes ou des régimes récalcitrants.
Il a fallu repenser la structure et le rôle de nos alliances militaires traditionnelles, notamment l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, qui a mis en place une nouvelle force d’intervention et est sortie pour la première fois des frontières européennes dans le cadre de l’intervention de la Force internationale d’assistance et de sécurité envoyée en Afghanistan.
Aujourd’hui, notre attention se porte sur l’Irak et l’Afghanistan. Mais dans les années à venir, nos priorités changeront. Et ce que nous serons peut-être amenés à faire à l’avenir sera probablement déterminé par les choix que feront d’autres entités.
Prenons l’exemple de la Russie, un pays aux vastes ressources naturelles, avec un peuple éduqué, et un riche héritage de réalisations scientifiques et culturelles. Les Russes sont, tout comme les Américains et d’autres peuples dans le monde, menacés par un extrémisme violent. La Russie est le partenaire des États-Unis en matière de sécurité, et nos relations, dans l’ensemble, sont bien meilleures qu’elles ne l’ont été depuis des décennies. Mais par certains côtés, la Russie s’est montrée peu coopérante et a utilisé ses ressources énergétiques comme une arme politique, par exemple, et a résisté aux changements politiques positifs se produisant chez ses voisins.
Il en va de même pour la Chine. Le peuple chinois est éduqué et talentueux, et son pays possède un grand potentiel grâce à son taux de croissance économique élevé et sa main-d’œuvre industrieuse. Certains aspects de l’attitude chinoise restent cependant dérangeants et compliquent nos relations. L’an dernier, un rapport produit par le département américain de la Défense soulignait que les dépenses militaires de la Chine semblaient bien supérieures à ce que reconnaissait le gouvernement chinois. Ceci, associé à un manque de transparence notoire, inquiète bien entendu les voisins de la Chine.
Outre les choix faits par ces pays et d’autres, les nouvelles options américaines seront un facteur important dans la construction de l’avenir auquel il faudra faire face. De temps à autre, le sentiment public américain s’est opposé à l’idée de jouer un rôle actif dans le monde, de répondre à nos engagements envers nos alliés et à la défense de la liberté. Au début des années 1970, j’étais ambassadeur des États-Unis auprès de l’OTAN, et je me souviens avoir dû rentrer pour témoigner devant le Congrès contre une proposition de loi qui aurait permis de supprimer les troupes américaines en Europe de l’Ouest et de l’OTAN, au moment même où l’Union soviétique développait massivement sa présence militaire.
Aujourd’hui, les pays qui appartenaient au pacte de Varsovie de l’Union soviétique ainsi que certaines républiques anciennement soviétiques, des pays que nous appelions « captives » alors, sont membres à part entière de l’OTAN et sont devenus, pour certains, nos alliés les plus convaincus dans la lutte contre le terrorisme.
Cela ne s’est pas produit par accident ou par hasard. Quand je considère notre avenir, je suis convaincu que si nous avons le courage, la sagesse et la force d’ajuster nos stratégies à long terme pour coopérer avec de nouveaux partenaires, et surtout persévérer face à l’adversité et aux difficultés, nous remporterons une victoire similaire dans cette « longue lutte » contre la violence des extrémistes et d’autres menaces qui pourraient émerger dans ce nouveau siècle plein d’incertitudes.
* Donald H. Rumsfeld est le secrétaire américain à la Défense.
© Project Syndicate et The Council on Foreign Relations, 2006. Traduit de l’anglais par Catherine Merlen.
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