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Actualités - Opinion

Le rôle du prochain président au centre d’un ballet diplomatique

Pour certains pôles qui participent au dialogue, la dernière séance a été la plus importante de toutes. Car, selon eux, elle a permis d’aborder de front ce qu’ils tiennent pour le problème politique numéro un, la présidence de la République. Et cela, alors qu’on avait craint une dislocation du processus, à cause des positions affichées auparavant par les prosyriens et leurs alliés. Les forces du 14 Mars avaient considéré ces relances comme une tentative de torpillage, ou d’entrave, du dialogue. D’autant que certains avaient proposé de passer outre à l’ordre du jour, pour traiter du plan de redressement économique ou encore de la loi électorale. Mais c’est le président Nabih Berry, gardien de ce même ordre du jour, qui a tranché. En certifiant, en début de séance, que la présidence de la République demeure le tout premier article de la résolution 1559, qu’il faut donc traiter. Et précisant que le plan de redressement économique est l’affaire du gouvernement, qui prépare Beyrouth I. Cela étant, le président Siniora avait fait distribuer aux interlocuteurs le programme qu’il compte développer devant la conférence des donateurs. Pour ne pas se voir reprocher d’agir dans le dos des leaderships nationaux. Quant à la loi électorale, elle est également sous saisine, si l’on peut dire, puisqu’il existe une commission chargée de s’en occuper et qui est loin d’avoir terminé ses travaux pour qu’on en discute. L’accent a donc été mis sur la nécessité prioritaire de plancher sur la crise du pouvoir, entendre sur la question de la présidence de la République. En vue de parfaire, de compléter le changement, après la récupération de la souveraineté et de l’indépendance. Les pôles ont évoqué à tour de rôle les qualifications requises. Cela malgré une tentative avortée des forces du 8 Mars de soutenir que le règlement de la crise du pouvoir ne passe pas par l’éviction du président Émile Lahoud. Ces forces ont quand même convenu, finalement, qu’il faut étudier une formule politique d’avenir et voir quel président conviendrait pour la prochaine phase. Le camp du 8 Mars, qui livre manifestement une bataille d’atermoiement, insiste pour que l’on étudie de près tous les détails. Les forces du 14 Mars veulent pour leur part accélérer le mouvement. Le président Amine Gemayel voit ainsi dans le changement du président Lahoud un impératif qui relève de l’intérêt supérieur du pays. Il a prôné un consensus national commençant, naturellement, par une entente chrétienne avec la bénédiction de Bkerké, qui a la confiance de tous. L’ancien chef de l’État a cependant précisé, à l’instar du patriarche, qu’il est contre le recours à la rue pour déloger Lahoud. On sait que le prélat confie à ses visiteurs la crainte qu’une mobilisation des masses n’entraîne des heurts avec d’autres masses, peut-être même une guerre civile. Il estime que le problème doit être traité, et réglé (en appelant à leur sagesse), par les pôles nationaux autour de la table de dialogue. Malgré les pressions dont il fait l’objet pour arbitrer, Mgr Sfeir refuse obstinément d’entrer dans le jeu des noms. Il se contente de préciser que le prochain président doit être capable, jeune et cultivé. Parallèlement, la diplomatie bat son plein ces derniers jours. Les Arabes et les Occidentaux entendent aider les Libanais à sortir du blocage. L’ambassadeur saoudien, Khoja, et l’ambassadeur égyptien, Darrar, multiplient démarches, rencontres, contacts et conseils. Feltman n’est pas plus en reste qu’Émié. Les capitales s’en mêlent directement, à preuve l’invitation pressante lancée par Moubarak à Siniora, le chef de l’État égyptien recevant le même jour Chareh, tandis que le roi Abdallah d’Arabie saoudite doit s’entretenir avec Assad. Tout tourne autour des critères et une petite liste de noms circule dans les chancelleries. Cela après des concertations diplomatiques intensifiées avec Sfeir, Berry, Nasrallah, Hariri et Aoun. Le chef du CPL est candidat et demande aux forces du 14 Mars de désigner le leur. Et proposant que les postulants ne participent pas au débat, pour que les interlocuteurs du dialogue aient tout loisir d’en discuter entre eux librement. Le Hezbollah, de son côté, soutient Aoun. Ou, plus exactement, il précise qu’il s’en tiendrait à ce choix si l’on ne parvient pas à un autre nom qui soit approuvé de tous. Une orientation qu’un diplomate occidental approuve, en affirmant que le prochain président libanais doit être le fruit d’un consensus et non d’un quelconque défi. Toujours est-il que certains postulants plausibles font clairement savoir qu’ils refusent de se soumettre à des conditions ou de devoir payer une quelconque facture à quiconque, à l’intérieur ou à l’extérieur. L’une de ces personnalités précise dans ses assises privées qu’elle n’entend pas être ligotée, si jamais le choix devait tomber sur elle. Tout en admettant l’aide étrangère, tout le monde ou presque s’accorde donc pour que le prochain président soit vraiment made in Lebanon. Sans hypothèque interne et sans tutelle étrangère, comme du temps des Syriens. Lors de la reprise de lundi, certains participants comptent proposer que l’on établisse des critères précis de sélection. Et que l’on ne manœuvre pas en fonction d’intérêts politiques ou communautaires. Reste le problème, majeur en pratique, des tiraillements dans le camp chrétien. Pour le régler, certains espèrent une intervention indirecte du patriarche Sfeir. Qui énoncerait des qualifications favorisant un centriste, qualité qui facilite le consensus. Le dossier est cependant si touffu que les professionnels excluent que l’on parvienne à une solution dès lundi. Les forces du 8 Mars restent pour le général Aoun tant que les forces du 14 Mars veulent que le prochain président sorte de leurs rangs. Les diplomates tentent d’aider. Un politicien regrette qu’on en soit arrivé là. D’après lui, les Libanais auraient dû prouver qu’ils peuvent parfaitement gérer leurs problèmes tout seuls et s’entendre, pour le bien du pays. Faisant ainsi pièce aux allégations syriennes à peine voilées selon lesquelles les Libanais ne peuvent se gouverner eux-mêmes et ne peuvent vivre sans tutelle. Philippe ABI-AKL
Pour certains pôles qui participent au dialogue, la dernière séance a été la plus importante de toutes. Car, selon eux, elle a permis d’aborder de front ce qu’ils tiennent pour le problème politique numéro un, la présidence de la République. Et cela, alors qu’on avait craint une dislocation du processus, à cause des positions affichées auparavant par les prosyriens et leurs alliés.
Les forces du 14 Mars avaient considéré ces relances comme une tentative de torpillage, ou d’entrave, du dialogue. D’autant que certains avaient proposé de passer outre à l’ordre du jour, pour traiter du plan de redressement économique ou encore de la loi électorale. Mais c’est le président Nabih Berry, gardien de ce même ordre du jour, qui a tranché. En certifiant, en début de séance, que la présidence de la République...