Plusieurs centaines d’objets remontés l’an dernier des épaves des frégates de l’explorateur français Lapérouse, naufragées en 1788 au large des îles Salomon, dans le Pacifique Sud, sont en cours de restauration à Nouméa, en vue d’une grande exposition au Musée de la Marine de Paris, en 2008.
« La collection ramenée lors de la campagne 2005 est exceptionnelle et certains objets sont dans un état de conservation prodigieux après plus de deux siècles dans l’eau », souligne Véronique Proner, membre de l’association Salomon, responsable de la restauration.
Dans un dock d’une zone portuaire de Nouméa, principale ville de l’île française de Nouvelle-Calédonie, sont entreposés quelque 1 500 objets – canons, argenterie, vaisselle, munitions, instruments de navigation – rapportés au fil des campagnes de fouilles sur le site des épaves de L’Astrolabe et de La Boussole.
Les deux frégates de Jean-François Galaup de Lapérouse se sont fracassées en 1788, un an avant la Révolution française, sur le récif de la minuscule île de Vanikoro, dans l’archipel des Salomon, après un périple de deux ans et demi sur les mers du monde, à la demande du roi Louis XVI.
Depuis 1981, l’association Salomon de Nouvelle-Calédonie tente d’éclaircir les circonstances de ce drame. En 2005, ses travaux ont pris une dimension nationale avec l’envoi d’une expédition de 70 personnes à bord d’un bâtiment de la Marine nationale, le Jacques Cartier.
Durant cette campagne, quelque 400 objets ont été sortis des entrailles des épaves. Ils subissent un travail de restauration minutieux au laboratoire du Musée maritime de Nouméa.
« Dès qu’une pièce est remontée, on établit une fiche avec un numéro d’inventaire, la date, l’endroit de la découverte, la profondeur, les dimensions, le nombre de fragments et le traitement à prévoir », explique Véronique Proner, en feuilletant d’énormes classeurs. Les pièces sont traitées à Nouméa, mais une lunette astronomique en bois et cuivre, très fragile, a dû être envoyée au laboratoire spécialisé ArcAntique à Nantes (ouest de la France).
Certains objets, notamment ceux en bois, ne nécessitent qu’un dessalage en eau douce ou un nettoyage mécanique, parfois avec un peu d’acide, pour ôter les concrétions de calcaire. « Pour les objets métalliques, le dessalage se fait par électrolyse. Deux canons en fonte de fer, qui armaient les frégates et pèsent plusieurs centaines de kilos, vont nécessiter trois ans de traitement dont un an d’électrolyse », indique Véronique Proner.
La pièce la plus précieuse est sans aucun doute le sextant « Mercier », en bois et bronze, qui a permis, plus de deux siècles après le naufrage, d’identifier de manière formelle le site de chacune des deux épaves. « Le bronze a été nettoyé avec de l’acide citrique, mais le bois va nécessiter un séchage contrôlé dans une chambre étanche pendant un mois et demi », explique-t-elle.
Des verres à liqueur intacts ainsi que des plats en porcelaine entiers, emportés par l’expédition lors de son passage à Macau, figurent dans la collection. Tout comme une statuette en bois sculpté ainsi qu’un peigne en os, remarquablement conservés et offerts à l’explorateur par une tribu indienne de l’actuelle Colombie-Britannique (Canada).
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