Rechercher
Rechercher

Actualités

La vague du libéralisme se heurte partout aux digues du protectionnisme

Qu’il s’agisse des batailles en cours dans l’énergie et l’acier, de l’affaire des ports américains, de la Chine ou de la Corée du Sud, le monde assiste à un retour de flamme du protectionnisme, porté par des gouvernements qui prônent pourtant l’économie ouverte. Porte-étendard du libéralisme, les États-Unis n’en viennent pas moins de barrer la route à un groupe émirati pour le contrôle de plusieurs de ses ports, après avoir évité qu’une compagnie chinoise ne mette la main sur son pétrole. En Europe, l’Espagne veut empêcher son champion national de l’électricité, Endesa, de tomber dans l’escarcelle de l’allemand E.ON. Paris cherche à protéger Suez de l’italien Enel, et s’inquiète avec le Luxembourg et l’Espagne des visées de Mittal sur le sidérurgiste Arcelor. Ailleurs aussi, le patriotisme économique est à l’honneur. Pékin ne veut pas d’étrangers pour construire son TGV, ses avions ou ses centrales, la Russie prépare un projet de loi qui limitera l’accès des investisseurs étrangers aux secteurs « stratégiques », et les Sud-Coréens s’émeuvent d’une OPA de l’américain Carl Icahn sur le groupe de tabac national KTG. « On est en train de repartir vers des logiques beaucoup plus durcies en matière d’affrontement économique, et c’est d’autant plus vrai qu’à cause de l’arme nucléaire, c’est surtout par l’économie que s’expriment les jeux de puissance », estime Christian Harbulot, directeur de l’École de guerre économique. L’économie mondiale est en train d’assister à la naissance d’une fracture dans le secteur industriel entre les domaines largement globalisés et peu stratégiques et d’autres beaucoup plus sensibles, sur lesquels les gouvernements montrent les crocs. Désormais, « il y a deux champs dans l’économie, celui qui est complètement ouvert parce que le marché est allé tellement loin qu’on a du mal à voir comment ça pourrait revenir en arrière (textile, hi-fi, électroménager...), et d’autres secteurs où ce n’est pas le cas (énergie, matières premières) et même ceux où ressurgissent des enjeux de puissance », selon M. Harbulot. Ainsi par exemple, la santé, « secteur qui s’était banalisé, redevient stratégique », à l’aune du poids croissant des politiques de santé, des enjeux de R&D ou de l’insécurité alimentaire, estime M. Harbulot. L’énergie est sans doute le secteur le plus emblématique, en ces temps de tension extrême sur les prix du pétrole et du gaz. Depuis l’été 2005, l’État russe a pris le contrôle de Gazprom, le gouvernement américain a découragé le chinois Cnooc d’acquérir le pétrolier Unocal et les gouvernements européens affichent ouvertement leurs rivalités dans ce secteur. « On voit réapparaître un certain nombre de contradictions, qui ont toujours existé et qui avaient été occultées sous le monde bipolaire. Des concepts qui nous apparaissaient totalement archaïques, notamment le patriotisme économique, ressurgissent », commente le directeur de l’Ege. « L’histoire a été gelée par la bipolarité, et c’est le retour du choc des puissances », abonde Ali Laïdi, chercheur à l’IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques).

Qu’il s’agisse des batailles en cours dans l’énergie et l’acier, de l’affaire des ports américains, de la Chine ou de la Corée du Sud, le monde assiste à un retour de flamme du protectionnisme, porté par des gouvernements qui prônent pourtant l’économie ouverte.
Porte-étendard du libéralisme, les États-Unis n’en viennent pas moins de barrer la route à un groupe émirati pour le contrôle de plusieurs de ses ports, après avoir évité qu’une compagnie chinoise ne mette la main sur son pétrole.
En Europe, l’Espagne veut empêcher son champion national de l’électricité, Endesa, de tomber dans l’escarcelle de l’allemand E.ON. Paris cherche à protéger Suez de l’italien Enel, et s’inquiète avec le Luxembourg et l’Espagne des visées de Mittal sur le sidérurgiste Arcelor.
Ailleurs aussi, le...