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IRAK À Bagdad, les courtiers opèrent derrière des sacs de sable

L’immeuble banal de trois étages au coin d’une rue de Bagdad pourrait facilement passer pour un hôtel ou une salle de cinéma, avec ses gardes armés à l’entrée et ses sacs de sable. Il s’agit en fait du Baghdad Stock Exchange (BSE). La Bourse irakienne s’anime chaque lundi et mercredi lorsque arrivent des centaines d’investisseurs et des dizaines de courtiers après avoir été fouillés, pour une session qui ne dure que de 10h00 à midi. « C’est le seul endroit en Irak où il y a un bourdonnement de vie, où l’on peut oublier nos soucis quotidiens et faire en même temps des affaires », dit Rita Eliyas, 35 ans, l’une des rares courtières d’Irak. Si cette Bourse se situe loin derrière les grandes Bourses du monde, elle partage avec elles certains rituels. Comme à New York, le travail commence à la cloche. Aussitôt, la place s’électrise. Les courtiers se ruent sur la corbeille, crient les prix des actions. Leurs clients sont pour la plupart vêtus de complets, mais d’autres portent l’abaya, la robe traditionnelle. « Les actions bancaires ont la cote ces jours-ci », dit Mme Eliyas en se frayant un chemin pour placer un ordre pour son client, un cheikh. Au même moment, son portable sonne et elle prend l’ordre d’un autre client. Sur les murs, deux ordinateurs affichent l’indice boursier, même si la plupart du temps l’écran semble figé. Les nouveaux prix des actions sont inscrits à la main sur des tableaux blancs. « Nous envisageons les échanges électroniques », dit Taha Abdel Salam, le directeur exécutif, installé dans son bureau chic du premier étage. « Nous venons de déménager dans notre nouveau bâtiment. Il faut que la situation politique et sécuritaire se stabilise. Nous sommes confiants qu’à l’avenir nous serons l’institution financière-clé du pays », ajoute-t-il. La Bourse irakienne est née en 2004 dans un hôtel du quartier Karrada, prenant le relais de celle de Bagdad, rongée par la corruption et manipulée par les responsables de l’ex-régime de Saddam Hussein et des membres de sa famille. « Plusieurs banques irakiennes, sociétés et courtiers avaient leurs bureaux ici, alors nous avons décidé d’y déménager », dit M. Abdel Salam, tout en affirmant craindre des attaques. « Il y a à peine quelques semaines, une attaque à la bombe a visé une église proche (...). Ceux qui viennent au BSE sont de petits investisseurs, alors que les riches donnent des ordres au téléphone », poursuit-il. Malgré ces craintes, il se veut optimiste. Au moins 80 compagnies sont actuellement cotées au BSE (contre 15 à l’ouverture) et la capitalisation du marché a doublé, atteignant 2,14 milliards de dollars fin 2005. Tout en faisant état d’un marché à la baisse, il explique que les activités continuent. « Plusieurs banques étrangères s’allient avec des banques irakiennes comme Dar el-Salam Investment Bank qui a une joint venture avec la HSBC » britannique. L’indice boursier, l’ISX, a aussi perdu la moitié de sa valeur, passant de 111 à 46 points entre 2004 et 2005. « Nous avons besoin de plus d’argent », dit Nabil S. Abbas, 35 ans, un docteur qui a une pharmacie à Bagdad mais fait de petites opérations en Bourse. « Aujourd’hui, il y a une extrême instabilité et les investisseurs riches quittent l’Irak », regrette-t-il. Il dit cependant détenir la solution : « Ouvrir le marché aux investisseurs étrangers. » Mais, selon lui, le gouvernement craint qu’un grand investisseur étranger puisse s’approprier le marché pour quelques milliards de dollars.
L’immeuble banal de trois étages au coin d’une rue de Bagdad pourrait facilement passer pour un hôtel ou une salle de cinéma, avec ses gardes armés à l’entrée et ses sacs de sable. Il s’agit en fait du Baghdad Stock Exchange (BSE).
La Bourse irakienne s’anime chaque lundi et mercredi lorsque arrivent des centaines d’investisseurs et des dizaines de courtiers après avoir été fouillés, pour une session qui ne dure que de 10h00 à midi.
« C’est le seul endroit en Irak où il y a un bourdonnement de vie, où l’on peut oublier nos soucis quotidiens et faire en même temps des affaires », dit Rita Eliyas, 35 ans, l’une des rares courtières d’Irak.
Si cette Bourse se situe loin derrière les grandes Bourses du monde, elle partage avec elles certains rituels. Comme à New York, le travail commence à la...