Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Adresse : Palais de Baabda, poste restante Sauvez la présidence, sauvez la République !

Par Issa GORAIEB Monsieur le Président de la République, Ce n’est pas chose courante, ni chose plaisante, que de s’adresser au chef de l’État dans des colonnes de journal. Pour exceptionnel qu’il soit en effet, le procédé peut paraître un tantinet présomptueux, ou bien alors candide à l’excès. Allez savoir, au demeurant, si dans leurs tours d’ivoire les présidents, que l’on imagine normalement croulant sous une pile de dossiers, ont seulement le temps de lire la presse. Parce qu’il vaut mieux prévenir que guérir, et comme le fit à l’époque plus d’un confrère, je signais respectueusement une première lettre ouverte, le 28 août 2004, pour vous adjurer de repousser fermement le plat empoisonné que l’on s’apprêtait à vous passer. De répudier l’aventure, de jouer la grandeur. De quitter la tête haute le pouvoir pour épargner au pays des secousses futures ; de vous assurer, du coup, une place appréciable dans la galerie des présidents qui ont fait l’histoire du Liban. Imposée par vos amis et protecteurs syriens, la prorogation projetée de votre mandat suscitait, au départ, l’hostilité des citoyens, et aussi celle d’un establishment politique traditionnellement sensible, pourtant, aux vœux de Damas. Car rien ne justifiait un si méprisant déni de la volonté populaire : rien en effet, et surtout pas un bilan de gestion dont vous-même avez eu la surprenante élégance d’admettre la maigreur. Cette prorogation, en vérité, n’était que pur, qu’explicite défi : aux Libanais comme à la communauté internationale, Bachar el-Assad entendait signifier de la sorte que le patron, au Liban, c’était lui. Que de terribles événements, depuis ! Pour n’avoir pas choisi de quitter la scène par la grande porte, c’est la tempête, Monsieur le Président, que vous avez laissé s’engouffrer par toutes les fenêtres de cette même demeure libanaise dont vous étiez théoriquement le gardien. Les séismes se sont succédé, des martyrs sont tombés, le monde entier s’en est ému et la quête internationale de vérité a déjà conduit derrière les barreaux certains de vos collaborateurs les plus proches, de vos compagnons de loisirs, de vos amis : ceux-là mêmes chargés de faire régner une sécurité publique déclinée – sinistre ironie – comme le maître slogan de votre régime. Suprême instance politique du pays, le palais de Baabda n’est plus hanté que par de rares fidèles, des has been, des délégations sportives ou patronales, ou encore des familles endeuillées venues vous remercier pour vos courtoises et présidentielles condoléances. Privé de toute faveur populaire, harcelé à coups d’admonestations publiques et de pétitions parlementaires (populaires aussi, depuis hier),vous êtes boycotté de surcroît par les puissances comme on vient d’en voir une nouvelle et pénible illustration lors de la visite éclair, jeudi, de la secrétaire d’État américaine. Et comme si ce n’était pas déjà assez d’humiliations pour une seule journée, c’est la majorité des ministres qui, ce même jeudi, refusait de siéger autour de votre personne. De là où vous étiez supposé être l’arbitre, le rassembleur des Libanais, vous voilà irrémédiablement, désormais, sujet de discorde ; pire encore, vous êtes au centre de la discorde. Le plus extraordinaire cependant, c’est que le débat n’oppose même pas partisans et adversaires d’Émile Lahoud. Car ce n’est pas par conviction, mais par simple calcul et dans la claire perspective de la succession, que certaines forces politiques influentes persistent à vous soutenir à bout de bras ; si elles vous ménagent, c’est parce que vous leur gardez au chaud le fauteuil présidentiel ; et elles ne sauvent que momentanément du naufrage l’amoureux de la mer que vous êtes. C’est une présidence obsolète, car reliquat d’une tutelle disparue, une présidence en sursis que la vôtre, général Lahoud. Et l’avanie suprême – pour vous-même comme pour tous les Libanais – serait que cette présidence s’effondre non point à la faveur d’un consensus interne, mais parce que quelque nouvelle résolution de l’ONU aurait donné un regain d’actualité à la 1559, laquelle demandait une élection présidentielle libre de toute ingérence étrangère. Ou bien parce que le premier rapport du magistrat Brammertz, enquêtant sur l’assassinat de Rafic Hariri, aurait retenu la responsabilité, pour le moins morale, de Baabda dans cette affaire. Ou enfin – ce serait vraiment un comble – parce que la Syrie, qui par deux fois vous a fait roi, la Syrie en butte aux pressions internationales, se serait résignée à vous sacrifier afin de sauver le plus important. Sauver l’essentiel ou plutôt ce qui en reste, c’est précisément votre devoir, votre ultime obligation, Monsieur le Président. Le temps n’est plus, c’est vrai, où vous pouviez faire figure de héros en coupant court à la désastreuse équipée de la reconduction. Mais il vous est encore possible de préserver le pays des désastres à venir, de restaurer substantiellement l’image que, tôt ou tard, vous laisserez. Car aucun miracle libanais n’arrivera jamais à soustraire à la paralysie, au chaos, à la confrontation peut-être, un pays à ce point otage de la grippe des institutions. Et tous les saint Maron du ciel ne seront pas de trop pour redonner poids et consistance à une présidence qui, pour être la pierre de voûte de l’édifice pluricommunautaire, n’a jamais paru plus nue, plus isolée, plus marginalisée. Pour vous-même, pour nous tous, vous devez partir Monsieur le Président. Il vous faut à tout le moins désamorcer la bombe, parler aux citoyens pour les rassurer, plutôt que d’attribuer bien légèrement à un Jacques Chirac, qui a d’autres chats à fouetter, la responsabilité de tous vos déboires. Dites aux Libanais que vous n’entendez pas vous accrocher jusqu’à ce que catastrophe s’ensuive, du moment que telle n’est pas leur volonté. Et si les délais impartis par vos adversaires vous semblent intolérables, si une élection présidentielle opérée à chaud n’est pas dénuée d’aléas, mettez-la donc, cette démission virtuelle, à la disposition du patriarche Nasrallah Sfeir, devenu le légataire universel de nos espérances. Ces quelques lignes, j’ose espérer, Monsieur le Président, que vous trouverez cette fois le temps de les lire. Ne serait-ce que pour meubler de manière utile le chômage auquel se trouve tristement astreint le premier des Libanais.
Par Issa GORAIEB

Monsieur le Président de la République,
Ce n’est pas chose courante, ni chose plaisante, que de s’adresser au chef de l’État dans des colonnes de journal. Pour exceptionnel qu’il soit en effet, le procédé peut paraître un tantinet présomptueux, ou bien alors candide à l’excès. Allez savoir, au demeurant, si dans leurs tours d’ivoire les présidents, que l’on imagine normalement croulant sous une pile de dossiers, ont seulement le temps de lire la presse.
Parce qu’il vaut mieux prévenir que guérir, et comme le fit à l’époque plus d’un confrère, je signais respectueusement une première lettre ouverte, le 28 août 2004, pour vous adjurer de repousser fermement le plat empoisonné que l’on s’apprêtait à vous passer. De répudier l’aventure, de jouer la grandeur. De quitter la...