Les grandes manœuvres engagées en Europe dans le secteur énergétique à coups d’OPA ont pris cette semaine une tournure politique, plusieurs gouvernements, dont l’Espagne, descendant dans l’arène pour défendre leurs intérêts nationaux.
Le chef du gouvernement socialiste espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, a été le premier à monter au créneau, en affichant publiquement ses réticences face à la contre-offre du géant allemand énergétique E.ON sur le premier groupe espagnol d’électricité, Endesa.
« Tout le monde doit comprendre que l’Espagne veut aussi avoir une entreprise forte dans le secteur énergétique sur le marché international » a-t-il dit mercredi.
C’est dans cet objectif que Madrid a autorisé sous conditions le 3 février une OPA hostile de 22,5 milliards d’euros du leader gazier espagnol, Gas Natural, sur Endesa, mais inférieure de 30 % à celle présentée mardi par E.ON.
Madrid a adopté hier une série de mesures pour renforcer la protection de son secteur énergétique, en dépit des avertissements de Bruxelles.
« Le commissaire européen au Marché intérieur Charlie McCreevy a l’intention de poursuivre l’Espagne devant la CEJ », a déclaré son porte-parole Oliver Drewes.
Bruxelles conteste une loi espagnole de 1999 stipulant qu’une société étrangère détenue ou contrôlée en partie par une entité publique – comme E.ON – qui souhaite acquérir une participation de plus de 3 % dans une société énergétique espagnole doit recevoir au préalable l’aval du gouvernement espagnol.
Selon un décret-loi approuvé hier par le gouvernement espagnol, le régulateur national de l’énergie (CNE) pourra étudier des opérations d’acquisition « pouvant affecter des intérêts publics stratégiques » quelle que soit l’origine de leur promoteur.
Madrid a également adopté un décret-loi visant à freiner les fortes hausses du prix du kilowatt sur le marché de gros de l’électricité en Espagne, qu’il juge « artificielles », ce qui va réduire les perspectives de bénéfices du secteur en Espagne où certaines branches sont encore réglementées.
Berlin avait qualifié de « pure décision d’entreprise » l’offre de E.ON. Cela n’a pas empêché le ministre allemand de l’Économie, Michael Glos, de faire remarquer que l’expansion de E.ON était avantageuse pour son pays.
« En fin de compte, ce ne sont pas les hommes politiques, mais les propriétaires d’Endesa qui décideront au sujet de notre offre », a rectifié le patron de E.ON, Wulf Bernotat, auprès du magazine Der Spiegel.
En France, la politique semble également présente dans un autre dossier : une éventuelle OPA du groupe énergétique italien Enel sur le français Suez.
« Une OPA de Enel sur Suez serait une attaque contre la France, tel est le concept exprimé par M. de Villepin » lors d’un entretien téléphonique à son homologue italien, Silvio Berlusconi, écrivait jeudi le quotidien italien La Stampa.
M. Berlusconi avait réclamé à la France la même neutralité en cas d’OPA d’Enel sur Suez que celle dont a fait preuve Rome dans l’offre lancée par la banque française BNP Paribas sur l’italienne BNL.
Chantre du libéralisme en Europe, le Premier ministre britannique, Tony Blair, a lancé une mise en garde contre ce qu’il considère comme un retour du protectionnisme en Europe. « Ce ne serait pas avantageux pour l’économie mondiale », a-t-il assuré.
Néanmoins, Londres ne s’était pas privé d’avertir qu’il examinerait avec une grande sévérité une éventuelle OPA du géant russe Gazprom sur le distributeur de gaz britannique Centrica, au nom des intérêts des consommateurs du pays.
L’ancien chef de gouvernement espagnol, le conservateur José Maria Aznar, a soutenu son « grand ami »Tony Blair, en affirmant jeudi craindre que l’actuel exécutif socialiste espagnol ne suive une « logique de nationalisme économique » dans l’OPA lancée par E.ON contre Endesa.
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