C’est l’histoire d’un impromptu politique qui s’est joué en trois actes, dont le dernier est encore en cours mais qui commence déjà à mal tourner.
Acte I : organisez des élections législatives, dans la transparence la plus totale ; cela fait partie du dessein américain d’un Grand Moyen-Orient, avait insisté la communauté internationale à l’adresse de Mahmoud Abbas. Et le président de l’Autorité palestinienne avait aussitôt entrepris de mettre les bouchées doubles pour atteindre l’objectif qui venait de lui être assigné. Dans son souci de bien faire, il avait été, l’inconscient, jusqu’à réclamer et obtenir la participation du Hamas à la consultation du 25 janvier dernier. C’est là que les choses se sont gâtées.
Acte II : au soir du scrutin, c’est la catastrophe, inattendue, aux conséquences incalculables. Contre toute attente, le Mouvement de la résistance islamique enlève la majorité absolue au sein du Conseil législatif, avec 76 sièges sur un total de 132, devançant de très loin le Fateh.
Acte III : affolement dans les chancelleries où, faute de plan prévoyant – comme tout plan qui se respecte – toutes les éventualités, on multiplie les déclarations contradictoires, les petites phrases qui veulent dire tout à la fois une chose et son contraire, et les menaces. Visiblement, l’Occident, qui n’a rien vu venir, refuse dorénavant de jouer le jeu, dont il dénonce les règles par lui édictées. L’air de dire à ce pauvre Abou Mazen, qui n’en peut mais : « Des élections libres, vous a-t-on dit, oui, mais à la condition pour vous de les remporter ! »
Le grand méchant loup islamiste se trouvant désormais dans la bergerie de la paix, que pensez-vous qu’il va arriver ? Les États-Unis, qui n’entendent pas laisser passer l’affront à eux fait, voudraient couper les vivres à l’insolent, en espérant voir l’Union européenne leur emboîter le pas. Raison officielle invoquée : Khaled Mechaal et ses compagnons sont des terroristes qui ont juré de rayer l’État hébreu de la carte de la région. Aussi devraient-ils s’amender et s’engager à coopérer au processus de paix s’ils veulent devenir fréquentables. À l’appui de cette condition, l’argument sonnant et trébuchant a de quoi faire réfléchir plus d’un. En poussant la logique jusqu’à l’absurde, on dira que le quartette aurait été disposé à continuer de verser des fonds aux héritiers de Yasser Arafat – qui avaient, tout comme l’homme au keffieh, élevé la corruption au niveau d’un véritable art – mais qu’aujourd’hui, ils cherchent à punir le peuple pour son choix de l’autre camp, lors d’une consultation à la loyale. Cela, n’est-ce pas, c’est ce que penseraient des esprits malintentionnés qui voient partout la maladresse de ceux qui se sont intronisés arbitres du « penser juste ».
Il reste que la situation est grave, désespérée même, disent certains. Émissaire du quartette, l’ancien patron de la Banque mondiale James Wolfensohn, un homme au franc-parler notoire, est formel : « Les Palestiniens sont au bord de la banqueroute », indiquait-il vendredi dernier au Forum de Davos. Explication : les caisses sont vides, alors qu’il s’agit de verser leurs traitements à 135 000 fonctionnaires, dont 58 000 agents de l’ordre public. Or, ces effectifs assurent le gagne-pain de 30 pour cent de la population. En clair, cela signifie que le chaos est aux portes des Territoires. Sur un budget annuel d’un milliard de dollars, le déficit représente entre 600 et 700 millions, dont près de 320 millions sont couverts principalement par des dons provenant des USA (270 millions en 2005), des pays du Golfe et d’Europe. Il y a quelque temps, Abbas s’en était allé quémander une aide accrue auprès de certains pays arabes. Avec un succès plutôt mitigé. Initialement, il était prévu qu’après une victoire du Fateh, laquelle ne faisait aucun doute, il serait fait appel à Salam Fayad, ancien ministre des Finances, pour former un cabinet ayant pour mission de mettre de l’ordre dans la maison, en procédant à des coupes sombres et à des licenciements dans les rangs d’une pieuvre administrative aux trop nombreuses tentacules. On imagine les dégâts qu’aurait entraînés un maniement de ciseaux aussi inconsidéré.
Il avait été question un moment, sur les conseils de Washington, d’annuler les résultats des élections, mais l’exemple algérien est encore trop frais dans les mémoires quand, en 1992, la victoire du Front islamique du salut avait été sanctionnée par le pouvoir, débouchant sur les boucheries qui , dix ans durant, ont ensanglanté le pays. Maintenant que l’on est revenu à des intentions moins inavouables, on peut parier que le Hamas prépare un de ces virages en douceur dont seuls les Arabes ont le secret. Il y va de sa survie politique. Et de la survie tout court du peuple de Palestine.
Christian MERVILLE
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Acte I : organisez des élections législatives, dans la transparence la plus totale ; cela fait partie du dessein américain d’un Grand Moyen-Orient, avait insisté la communauté internationale à l’adresse de Mahmoud Abbas. Et le président de l’Autorité palestinienne avait aussitôt entrepris de mettre les bouchées doubles pour atteindre l’objectif qui venait de lui être assigné. Dans son souci de bien faire, il avait été, l’inconscient, jusqu’à réclamer et obtenir la participation du Hamas à la consultation du 25 janvier dernier. C’est là que les choses se sont gâtées.
Acte II : au soir du scrutin, c’est la catastrophe, inattendue, aux...