Love it or leave it
Je salue le franc-parler de M. Walid Joumblatt, je salue sa franchise, son courage, sa colère, son patriotisme. Il dit très haut ce que beaucoup pensent tout bas. Il ose crever les abcès, même si cela fait mal. Son franc-parler est un baume sur le cœur.
Quant aux ministres qui veulent démissionner mais ne démissionnent pas, qui veulent quand même revenir mais ne reviennent pas encore, qui attendent les directives de Damas et Téhéran, entendent-ils les appels du peuple libanais qui n’en peut plus de cette situation ? Entendent-ils les derniers souffles du Liban ?
Êtes-vous d’abord libanais, messieurs ? À quel pays va votre allégeance ? Aimez-vous le Liban ? Si oui, servez-le et protégez-le comme la prunelle de vos yeux. Sinon, quittez-le, partez !
Oui partez, là où penche la balance de votre cœur, là où vous pouvez vous exprimer librement et surtout manifester librement. Et n’oubliez pas d’amener vos armes avec vous, parce que là-bas, vous pouvez vous joindre à leurs milices et aider les uns à libérer le Golan et les autres à vaincre les Américains.
Et cette fameuse discussion autour d’une table ronde, mais où en êtes-vous encore, messieurs ? Vous n’avez pas trouvé de table probablement ? Eh bien c’est simple, allez vite vous asseoir par terre sous la statue des martyrs, à la place de la Liberté, serrez-vous les mains, oubliez vos haines, proclamez le serment de Gebran Tuéni, et jurez de servir d’abord le Liban et puis le Liban et enfin le Liban.
Notre Liban est gravement malade, agonisant, ne tardez plus, sauvez-le avant qu’il ne soit trop tard.
Encore une fois, love it or leave it.
Hoda BAZ
Une conversion positive
Décidément, l’année 2006 nous apporte une lueur d’espoir avec la conversion positive, tant attendue, du discours politique du leader druze Walid Joumblatt .
Depuis le début de cette année, pas un jour ne passe sans une déclaration de M. Joumblatt sur le thème « Le Liban d’abord », et surtout sans qu’il demande publiquement à ses alliés (boycotteurs) de proclamer leur allégeance et sans qu’il conditionne leur retour au gouvernement à l’acceptation par eux de toute la déclaration ministérielle, de la création d’un tribunal international et de toutes les résolutions des Nations unies...
Il fut un temps où des leaders politiques étaient taxés d’isolationnistes et de traîtres par MM. Joumblatt père et fils, pour avoir tenu les même propos, qui étaient considérés comme nuisibles à la cause syro-libanaise et la cause arabo-palestinienne dont ils étaient, à l’époque, les farouches défenseurs. Maintenant que cette époque est révolue et que le débat est ouvert, il est temps que l’allégeance au Liban se fasse, obligatoirement et officiellement, par toute la classe politique et que la nouvelle devise « Le Liban d’abord » soit inscrite dans la Constitution, sous peine de poursuite pour haute trahison.
Que les hauts fonctionnaires de l’État, les députés, les ministres et les présidents ne puissent accéder à leurs postes qu’après avoir prêté serment et avoir fait allégeance au Liban, qu’ils soient détenteurs d’une seule nationalité : la nationalité libanaise...
Bienvenue au club, Walid bey, en espérant que les autres récalcitrants suivront, pour que vive le Liban, libre et libanais ; car il n’y a que l’union qui fait la force. En espérant aussi que toutes les décisions nationales se prennent dorénavant au pays du Cèdre, par les enfants du Cèdre, et nulle part ailleurs...
André JABBOUR
Paris
L’invitation à la paix
Un lecteur nous adresse ce poème écrit par Hector Klat en… 1937.
Ô Syrie, ô sœur,
Songe à la douceur.
De vivre ainsi côte à côte,
De vivre, distinct.
Chacun son destin,
Le cœur serein, l’âme haute,
Je suis le Liban
Dont le soir tombant
Ceint le front d’ambre et de mauve ;
Sois de ton côté,
Terre de beauté,
Sultane du désert fauve.
Sois syrienne – et me connais
Le droit d’être libanais.
Te tournant vers l’est,
Laisse-moi l’ouest
Et sa Méditerranée
Qui de mes aïeux,
Aux jours les plus vieux,
Vit fleurir la destinée,
À ses flots baigné,
Mon cœur a saigné.
Sois syrienne et me connais
Le droit d’être libanais.
J’ai toujours vécu,
Farouche, invaincu ;
À ton tour te voici libre.
Toi tendre, moi fort,
Joignons notre effort
Pour mieux faire équilibre.
— vibrant matin
Où ton neuf destin
À mon vieux sort se fiance !
La main dans la main,
Partons vers demain,
Soulevés de confiance…
Sois syrienne – et me connais
Le droit d’être libanais.
N’oubliez pas !
N’oubliez pas votre but
Notre but : rebâtir notre pays!
N’oubliez pas notre raison d’être
Notre liberté, notre souveraineté.
Ne faites pas deux fois la même erreur.
Le peuple ne vous le pardonnera pas.
Ne vous attachez pas aux détails,
Ils vous perdront en cours de chemin,
Le droit chemin est le plus court,
Les chemins sinueux sont à risque,
Pour vous et pour les autres.
Choisissez la clarté
Elle éblouira.
Éliminez le quiproquo
Il vous perdra.
Soyez juste et justice vous sera rendue.
Même si le chemin qui mène à la liberté est long,
Même si le chemin de la réconciliation est difficile
Nous nous devons de les prendre
Par respect pour nos aïeux,
Qui se sont sacrifiés pour nous offrir ce pays
Par souci pour nos enfants,
Afin de préserver ce bijou reçu en héritage.
N’oubliez pas cette priorité!
Nicole ABDUL-MASSIH
Montréal
… Et puis, j’ai compris
Aucune volonté. Aucune aspiration patriotique. Aucun «wanna be ».
Ça a commencé par hasard, pas raseur et parasite :
Je suis tombée – et de très haut –, sur la chanson Liban… celle de quand j’étais enfant, celle que je connaissais par cœur, mais que mon vocabulaire il était pas terrible : à peine de quoi faire une phrase sujet-verbe-COD, même pas interrogative parce que inversion du sujet c’est quoi ?
Aujourd’hui, à 24 ans, je comprends. Je sais maintenant que « ont perdu un jour le secret qui les rassemblait », ce n’est pas le chacun pour soi, mais le chacun contre les autres.
Je réalise que « on peut voir quand le paradis se change en enfer » n’est pas une figure de style.
À « comment peut-on croire à l’humanité », je réponds : je ne sais pas. Je ne sais plus. Je ne veux plus savoir.
Et puis j’ai compris – mes cours de grammaire me le pardonneront : mes « cours toujours » ont eu raison de moi –, que l’inversion du sujet, c’est quand le sujet devient objet. Inanimé. Inavoué.
C’est un peu l’aversion du sujet.
Je ne suis pas nationaliste. J’ai arrêté de l’être le jour où j’ai voté pour le bonheur. Mais je suis humaniste… et terriblement malheureuse. Parce que pourquoi faire ? Parce que pour faire quoi…
Dans les abris, j’ai appris à jouer aux échecs avec mon père, à tricoter avec maman. J’ai voulu être un jour « peinturesse », un autre pédiatre, puis maîtresse d’école… jamais hôtesse de l’air. Aujourd’hui, malgré moi, je plane au-dessus de ruines et débris.
Et si je m’écris, c’est pour mieux me taire demain. Vous ne me le reprocherez pas parce que demain, nous aurons tous appris à être sourds.
Freeda CHEHLAOUI
Merci, Yasmine !
Je voudrais du fond du cœur remercier Mlle Yasmine Gemayel pour sa lettre touchante intitulée : « Et s’il fallait vous le dire, au nom de tous les miens ».
Je suis fier d’appartenir à cette catégorie de citoyens, en attendant de meilleurs jours et en attendant de revenir. Vous parlez de la Békaa comme elle le mérite ! Merci aussi de si bien décrire nos états d’âme face à tous ces drames qui, en même temps, nous ramènent à notre véritable vérité, à notre véritable identité. Le Liban vivra désormais libre, même si cela devait prendre encore du temps. Nous sommes effectivement sur le plus noble des chemins, même s’il est long et emprunté par de faux patriotes.
Faisons honneur à nos héros, nos véritables sauveurs, morts pour nous ramener à la vie.
Merci, Yasmine !
Hamdi EL-HALABY
Paris
Beyrouth
Laisse-moi soigner tes plaies
Ville lumière aux pierres silencieuses
Laisse-moi verser mes dernières larmes
Sur la place de tes enfants abandonnés
Laisse-moi toucher ta survivance
Et qu’ils s’effondrent les murs de l’indifférence
Fille lumière de l’Orient
Tu es triste de tes corps martyrs
Relève-toi ! que leur mort ne soit pas vaine
Relève-toi ! que tes morts ressuscitent avec toi
Le glas lugubre pour les jaloux ne tardera plus à sonner
J’admire ton Être majestueux priant
Au cœur des mosquées et des églises
Infatigable, bravant les chemins escarpés
Jusqu’aux maisons de tes villages millénaires
Je vois la mer se coucher sur ton sable chaud
Et les nuages s’enivrer de tes montagnes
Tes souks et tes citadelles
Je les surprendrai aux murmures de l’amour
Tel cet homme agenouillé qui parle avec ferveur au ciel
Le visage marqué par le soleil de ton antique cité
J’entends déjà monter les chants de la Résurrection
Tes enfants mille fois centenaires
Se dressent pour ton Existence
Tels des cèdres au cœur de ta forêt
Le temps est une infinie page d’histoire
Poètes et prophètes chantent ton cœur et ta mémoire
Ils y puisent la Lumière unique
Qui irradie la face des êtres qui s’aiment
Ils deviennent beaux comme l’aube naissante
Rappelle-toi leurs visages
Rappelle-toi leurs voix
Beyrouth, demain tu resplendiras…
Patricia ÉLIAS
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