L’économie mondiale a surmonté avec bien plus d’aisance que prévu la crise pétrolière de cette année, et les conjoncturistes, à l’heure de sonder leur « boule de cristal » pour 2006, parient volontiers sur une troisième année consécutive de forte croissance.
Au moment de faire le bilan de l’année écoulée, force est de constater que le scénario du pire ne s’est pas réalisé et que la spirale des cours du pétrole n’a pas franchement entamé le dynamisme des échanges, en dépit d’un pic à plus de 70 dollars et d’une moyenne 2005 de 56,69 dollars par baril de light sweet crude, contre 41,47 dollars en 2004.
La croissance mondiale devrait caracoler à un taux de 4,3 % en 2005 comme en 2006, selon le Fonds monétaire international.
Son directeur général, Rodrigo Rato, déclarait même à la mi-décembre que l’horizon s’est encore éclairci depuis septembre grâce aux bonnes performances de l’Europe et du Japon.
Ces deux régions, souvent vilipendées pour la faiblesse de leurs performances et leur réticence à se réformer, semblent désormais sur le point de sortir de l’ornière. De leur côté, les États-Unis, la Chine et l’Inde vont continuer d’afficher une robuste croissance. Les autres principaux pays émergents affichent eux aussi de bonnes perspectives.
« La résistance des économies américaine et asiatique aux prix record du pétrole a été la meilleure surprise de l’année 2005 », estime Nariman Behravesh, chef économiste de Global Insight. En d’autres temps, une telle flambée n’aurait pas manqué de provoquer une panne de conjoncture et un surcroît d’inflation, observe-t-il.
Les économistes de Crédit Suisse First Boston sont du même avis : « La période de croissance forte semble devoir continuer. » Et si c’est le cas, on pourrait assister à « la meilleure période de trois ans depuis trente ans », soulignent-ils.
Isabelle Job, du Crédit agricole, pointe néanmoins que « tout irait pour le mieux si la robustesse de la croissance mondiale ne rimait pas avec des déséquilibres financiers croissants ».
Les fautifs sont connus : les États-Unis, en premier lieu, se voient régulièrement reprocher l’ampleur de leurs déficits budgétaire et courant, susceptibles de faire plonger le dollar et ainsi de déstabiliser la planète entière.
D’autant que la flambée du pétrole aggrave ces disparités : outre son impact direct sur la croissance des pays importateurs, elle contribue à alimenter la montagne de devises dont disposent déjà de nombreux pays arabes et asiatiques, et qui leur confère un puissant levier.
Pourtant, jusqu’ici, l’édifice semble tenir : « Les États-Unis vivent certes au-dessus de leurs moyens, mais pourquoi en serait-il autrement puisque le reste du monde semble toujours prêt à financer leurs excès », souligne Isabelle Job.
La Chine devrait, pour sa part, subir en 2006 une nouvelle salve d’appels à adapter son système de taux de change. Les appels à la prudence face aux excès supposés des marchés immobiliers occidentaux se multiplient également.
Lorenzo Codogno, économiste de Bank of America, décerne pour sa part un satisfecit aux banques centrales : leur gestion de la hausse du pétrole a « fortement contribué à l’amélioration des performances de l’économie et des marchés financiers aux États-Unis et dans de nombreux pays européens et émergents », juge-t-il.. Ce diagnostic ne fait pas l’unanimité, du moins en ce qui concerne la Banque centrale européenne, accusée de mettre la reprise en danger. Reste que les banques centrales, dont beaucoup se trouvent actuellement à un tournant dans leur politique, seront sous haute surveillance en 2006 et devront faire preuve de « doigté », prévient Isabelle Job.
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