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Des katiouchas tirées contre le pouvoir et l’entente interlibanaise !

Quand les katiouchas ont été tirées sur la Galilée, développement grave, les tractations sur le plan intérieur piétinaient, certes. Mais on avait été auparavant, dimanche dernier exactement, tout près d’une solution. Avec la patience que manifeste Siniora, avec le langage de dialogue qu’affirme tenir Nasrallah, avec les efforts conciliateurs de Berry, on pouvait (on peut toujours, espère-t-on) déboucher sur un déblocage à tout moment. En chauffant brusquement le front semi-ouvert du Sud, en provoquant une riposte et des menaces israéliennes réservées cette fois uniquement au pouvoir libanais, en excluant la Syrie, on a fait d’une pierre coup double. D’abord rappeler que Damas tient toujours une carte de contre-pression importante sur le plan régional. Ensuite mettre des bâtons dans les roues d’une majorité libanaise qui cherche, maintenant que l’indépendance est en principe recouvrée, à imposer la logique et le droit d’un État de droit justement. L’exploit est d’autant plus remarquable que nul n’a revendiqué l’action, bien au contraire. Tout le monde a protesté de sa parfaite innocence, personne n’a rien vu, rien entendu ! Ni le Hezbollah ni les différentes fractions palestiniennes, prosyriens compris. Un excellent travail de fantôme, terme familier pendant 15 ans aux oreilles des Libanais dominés. Le seul indice reste que c’est le FPLP-Commandement général d’obédience syrienne, plus précisément sa fameuse base troglodyte de Naamé, qu’Israël a pris pour cible dans sa riposte. Mais en même temps, l’État hébreu a imputé la responsabilité au gouvernement libanais, le sommant d’assumer ses obligations et de contrôler son territoire. Question contrôle du terrain, on commence d’ailleurs à s’interroger sur les capacités de la Résistance locale, entendre du Hezbollah, les tirs de katiouchas lui ayant passé sous le nez, si l’on peut dire. Ce qui est préoccupant dans l’affaire, c’est que la légalité internationale se range pratiquement aux côtés de l’ennemi israélien. Ainsi, Kofi Annan, tout en invitant traditionnellement les divers protagonistes à la plus extrême retenue, a pressé l’État libanais d’étendre son autorité effective sur l’ensemble de son territoire, d’appliquer la 1559 et la 1614, de désarmer les milices libanaises ou palestiniennes. Autre sujet d’inquiétude, à un moment où la situation sur le plan énergétique reste des plus précaires, c’est qu’Israël pourrait éventuellement, comme jadis à Jamhour, attaquer les centrales électriques libanaises. D’une manière plus générale, l’incident des katiouchas, qu’on espère isolé, vient apporter de l’eau au moulin de la majorité parlementaire, qui met en exergue son contre-argument principal : quand le Hezbollah et Amal soutiennent que les décisions doivent être prises par consensus, ils doivent admettre que cela est valable, avant tout, pour la guerre et pour la paix. Et encore, il s’agit là d’une concession de taille. Parce que ce genre de résolution relève constitutionnellement du seul ressort du Conseil des ministres à la majorité des deux tiers. C’est-à-dire, en pratique, de l’alliance du 14 mars. Pour le fond, répétons-le, la bavure du Sud introduit avec encore plus de force l’élément régional dans l’équation intérieure libanaise. Elle va de pair avec les calculs attribués à la Syrie : provoquer, par le truchement d’Amal et du Hezbollah, des élections anticipées écartant l’actuelle majorité qui serait supplantée par une éventuelle alliance du tandem avec les aounistes. Après quoi, Damas récupérerait en partie son influence, sinon son contrôle, sur la scène politique locale. Des cadres de la majorité soutiennent ainsi que les tirs de katiouchas auraient été tolérés par la Résistance, à laquelle l’État a cédé son rôle au Sud sous prétexte qu’il ne veut pas servir de gardien pour la sécurité frontalière de l’ennemi, refusant de la sorte de se soumettre à la 1614 et de déployer l’armée sur la ligne bleue. Ces politiciens ajoutent que s’il y avait vraiment des failles sur le terrain, il est étonnant que la Résistance ne les ait pas signalées à l’État, au nom de la coordination et de la coopération convenues. Ils ajoutent que la Résistance a l’œil généralement bien ouvert, à preuve qu’elle a su intercepter de présumés agents d’Israël et qu’elle a régulièrement livré au commandement de l’armée des informations de terrain importantes. Philippe ABI-AKL
Quand les katiouchas ont été tirées sur la Galilée, développement grave, les tractations sur le plan intérieur piétinaient, certes. Mais on avait été auparavant, dimanche dernier exactement, tout près d’une solution. Avec la patience que manifeste Siniora, avec le langage de dialogue qu’affirme tenir Nasrallah, avec les efforts conciliateurs de Berry, on pouvait (on peut toujours, espère-t-on) déboucher sur un déblocage à tout moment. En chauffant brusquement le front semi-ouvert du Sud, en provoquant une riposte et des menaces israéliennes réservées cette fois uniquement au pouvoir libanais, en excluant la Syrie, on a fait d’une pierre coup double. D’abord rappeler que Damas tient toujours une carte de contre-pression importante sur le plan régional. Ensuite mettre des bâtons dans les roues d’une majorité...