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À Saint-Trop’, le « facteur des stars » raccroche sa casquette

Il connaît mille et un secrets cachés derrière les portails monumentaux et les demeures pharaoniques de Saint-Tropez : après 31 ans de bons et loyaux services, Yves Saval, le « facteur des stars », savoure ses premiers jours de retraite. La carrière de ce Toulonnais de 55 ans avait débuté sous les meilleures étoiles. Monté à Paris en 1968, il commence ses premières tournées dans le XVIIe arrondissement de la capitale : « À l’époque, j’apportais déjà le courrier à Enrico Macias, Marlène Jobert et Gilbert Bécaud », raconte-t-il, l’œil amusé, sous une tempe à peine grisonnante. En 1974, il est muté sur le littoral varois et décroche le secteur numéro 5 de Saint-Tropez, qui couvre les quartiers huppés de la station balnéaire, de la route du Capon au Pinet, en passant par Tahiti et sa plage renommée, Sainte-Anne et Valfère. « Au Capon, il y avait déjà Sheila et Ringo qui y louaient une villa, Claude Chabrol, Stéphane Audran et Elsa Martinelli ». C’est le « Saint-Trop » de la grande époque. Stars du show-biz et du sport, vedettes du petit écran et autres têtes fortunées se pressent dans la cité du bailli de Suffren pour y acheter une propriété ou louer une villa pour les vacances. « C’était déjà la folie. Il y avait beaucoup de riches, beaucoup de fêtes, l’ambiance était très cool », se souvient-il. Dans la lumière rasante du soleil d’hiver, il évoque ces « gens d’avant », comme il les appelle. Le couple Michèle Morgan et Gérard Oury : « Ils venaient de faire construire leur villa, ce sont des gens tellement charmants. » Et la petite Sarah Marshall, futur mannequin : « Elle venait toujours à ma rencontre en courant pour prendre le courrier. Je l’appelais ma petite fée. » Sur sa petite moto 125 cc aux couleurs de La Poste, il apporte les lettres à l’égérie du coin. « Brigitte Bardot, elle était toujours avec ses animaux et toujours très gentille avec le facteur », raconte Yves. Yves, qui connaît le vrai nom des stars, retrouve même Gaston Ghrénassia, alias Enrico Macias. « Il arrosait son jardin pendant que les enfants barbotaient dans la piscine. C’est Madame Enrico Macias qui ouvrait la porte. Je leur apportais les allocations familiales », sourit-il. Il sympathise avec l’ancien champion de ski Jean-Claude Killy, « un vrai gentleman qui n’hésitait pas à traverser la rue pour me saluer lorsqu’il me croisait en ville ». « La plus gentille, dit-il, c’était la femme de Louison Bobet, l’ancien champion cycliste. Elle disait toujours : “Donnez à boire au facteur, donnez-lui des fruits, des tomates” ». Le préposé devient parfois homme de confiance, l’occasion de glaner quelques pourboires. « Je rendais des tas de services, comme aller retirer de l’argent à la Caisse d’Epargne, par exemple, ou garder des propriétés. » Au fil des ans, des amitiés se nouent. « Un milliardaire suisse m’a invité à passer la journée sur son yacht de 25 mètres », raconte Yves Saval. Un autre, patron de Porsche en Suisse, lui prêtera pendant cinq ans sa Harley-Davidson. Ce grand sportif, professeur de karaté et de self-defense, fréquente assidûment la salle de gym locale. « J’ai même fait de la muscu avec Johnny ! » se vante-t-il. Sollicité par les touristes et les paparrazzi, le facteur ne trahira jamais. « Les gens me demandent : “Où est la villa de Bardot, de Johnny ou encore la tombe d’Eddie Barclay”. Je leur réponds : C’est pas journée portes ouvertes ! » Pour sa dernière tournée, Yves Saval n’a pas eu de pincement au cœur. « J’habite ici et je mourrai ici », lâche-t-il, en écho à la devise des Saint-Tropéziens de toujours ou d’adoption, « Ad usque fidelis... » (Fidèle jusqu’au bout).
Il connaît mille et un secrets cachés derrière les portails monumentaux et les demeures pharaoniques de Saint-Tropez : après 31 ans de bons et loyaux services, Yves Saval, le « facteur des stars », savoure ses premiers jours de retraite. La carrière de ce Toulonnais de 55 ans avait débuté sous les meilleures étoiles. Monté à Paris en 1968, il commence ses premières tournées dans le XVIIe arrondissement de la capitale : « À l’époque, j’apportais déjà le courrier à Enrico Macias, Marlène Jobert et Gilbert Bécaud », raconte-t-il, l’œil amusé, sous une tempe à peine grisonnante. En 1974, il est muté sur le littoral varois et décroche le secteur numéro 5 de Saint-Tropez, qui couvre les quartiers huppés de la station balnéaire, de la route du Capon au Pinet, en passant par Tahiti et sa plage renommée,...