En Grande-Bretagne, le chanteur Elton John a le droit de se marier avec son compagnon, mais à l’autre bout de l’Union européenne, en Pologne, les homosexuels luttent encore pour avoir le droit de ne pas être considérés comme des malades ou des pervers.
Ces derniers jours, les voyageurs qui sortent de la gare de Cracovie (sud) sont accueillis par une dizaine de panneaux publicitaires successifs proclamant « Stop à la perversion », « Dans une démocratie, il n’y a pas de place pour la perversion et la dépravation ». Pour mieux faire passer le message, l’association chrétienne qui a financé la campagne a placé au milieu de l’affiche un panneau routier rouge, où le mot Stop a été remplacé par le pictogramme de deux hommes qui se tiennent par la main.
L’homophobie ne se cantonne pas aux cercles de chrétiens extrémistes. Selon un récent sondage, 41 % des Polonais considèrent, à l’instar de la puissante Église catholique, que l’homosexualité est une perversion qui ne doit pas être tolérée. Le nouveau Premier ministre Kazimierz Marcinkiewicz lui-même considère qu’elle est un comportement « contraire à la nature », dont il faut, à la manière d’une épidémie, enrayer la propagation. « Si une personne tente de contaminer les autres avec son homosexualité, l’État doit intervenir contre une telle entrave à la liberté », a-t-il déclaré début octobre.
« Nous sommes le mal, ils sont le bien », résume Iga Kostrzewa, une responsable de l’organisation d’entraide homosexuelle Lambda. Pour les homosexuels polonais, il n’est donc pas question de rêver de mariage ou même de pacte civil. « Notre objectif, c’est d’abord de faire cesser les discours de haine et les crimes de haine », explique Robert Biedron, un politologue de 29 ans, qui dirige l’association Campagne contre l’homophobie. « Pourquoi est-il encore permis en Pologne de dire publiquement que nous devrions aller à Auschwitz, qu’Adolf Hitler savait comment nous traiter », dit-il. « Même si on n’aime pas les gays et les lesbiennes, on ne devrait pas avoir le droit de les frapper ou de les insulter », ajoute-t-il.
Les homosexuels ont même des difficultés à organiser des manifestations pacifiques. Lech Kaczynski, qui sera intronisé président de la République vendredi, a tenté en juin d’empêcher le déroulement d’une parade homosexuelle à Varsovie, dont il était alors le maire. En novembre, la ville de Poznan (centre) a invoqué « une menace contre les biens précieux » de la municipalité pour interdire une marche en faveur des droits des homosexuels. Les associations d’homosexuels ont annoncé le dépôt d’une plainte devant la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg. Mais les militants savent qu’il faudra plus d’une condamnation pour vivre normalement leur sexualité. « Il faut beaucoup de temps pour changer la société », explique Robert Biedron, qui se dit optimiste pour le long terme. Depuis trois ou quatre ans, la situation s’est améliorée dans les grandes villes. Les homosexuels ont commencé à s’exprimer publiquement. Les principaux médias ont maintenant une attitude plus objective pour traiter de l’homosexualité. Et pour se conformer au droit de l’Union européenne, la Pologne a adopté une loi contre les discriminations qui protège aussi les homosexuels.
Mais, dans les campagnes polonaises profondément catholiques, les homosexuels préfèrent garder le silence, de peur d’être battus s’ils sont des hommes ou violés s’ils sont des femmes. Certains se suicident, d’autres vont dans des centres spéciaux de l’Église catholique, qui promet de les « guérir » avec force prières. « Ils n’ont personne à qui vraiment se confier. S’ils vont voir le prêtre, il leur dira qu’ils vivent dans le péché, s’ils vont voir l’instituteur, il leur dira qu’ils sont malades, s’ils le disent à leurs parents, ils les rejetteront à cause de la honte pour la famille », raconte Robert Biedron
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